Handke, Peter
▶ Watch on YouTubeCoverage note: partial (un entretien d'environ vingt-cinq minutes ; les réponses de Handke, données en français hésitant, sont très déformées par la transcription automatique et seules les idées les plus claires sont rapportées ; certaines précisions sont hedgées)
Core ideas
Écrire, marcher, rester disponible. L'animateur rappelle la dernière rencontre (autour de deux livres parus au Bruit du temps, dont des fragments, où Handke laissait entendre qu'il se tournait vers un « jeûne d'œuvre » : le mot est déformé dans le transcript) ; Handke répond qu'il disait « des bêtises » et qu'il écrit toujours : le métier d'écrivain continue tant qu'il y a du souffle et de la joie. Il marche beaucoup, dans la forêt, aux champignons, « pour son âme », sans idéologie, mais aime aussi s'asseoir ou se coucher. Il dit ne pas être idéologue : il part du rêve, de la grâce plus que de l'imagination (rare, « comme la grâce »), de la surprise qui « entre dans le cœur ».
Dialogue, théâtre épique, solitude. Interrogé sur la rareté du dialogue dans ses récits, il explique que le dialogue des « Beaux Jours d'Aranjuez » (une pièce d'été sur l'amour, dans la tradition du « Banquet » de Platon) était dans sa tête depuis très longtemps, mêlant gaieté et mélancolie. Il défend un théâtre épique, qui raconte « comme dans les anciennes pièces grecques », et non pas un théâtre de la distance brechtienne ; il évoque aussi « Toujours la tempête » (mise en scène d'Alain Françon) et le spectacle d'Avignon, et dit qu'il faut trouver l'équilibre entre confrontations, dialogues et monologues, « comme la respiration humaine ». Les acteurs ont parfois peur de ses pièces non conventionnelles. Sa solitude est, dit-il, un mot ambigu : il y a une solitude qui « embrasse le monde » et cherche « l'unité du monde » ; le recueil « J'habite dans une tour d'ivoire » (années 1960) était, avec ironie, une défense de la littérature et de la poésie contre ceux qui les niaient.
« Essai sur le lieu tranquille ». Ce livre fait suite aux essais sur la fatigue, sur la journée réussie et sur le jukebox : il y raconte, dit-il, une sorte d'autobiographie à travers un lieu, ici les toilettes (pensé aussi à partir des temples japonais), « un abri » et un lieu où il retrouve parfois la parole quand le langage s'est arrêté « comme un mutisme douloureux ». Il parle de « fuir pour revenir », évoque un livre qu'il n'écrira peut-être jamais intitulé « Les Héros de la fuite », et affirme qu'on doit transformer sa vie, pas seulement la raconter.
« La Grande Chute ». L'animateur résume le récit : un acteur désœuvré (ancien carreleur, dit l'animateur) traverse une forêt puis une banlieue en direction du centre d'une grande ville (on imagine Paris) où il doit tourner un film ; il observe des inconnus, imagine leur vie et lit sur les lèvres de deux femmes qui parlent de lui, dont celle avec qui il a passé la nuit. Handke dit ne pas savoir exactement ce qu'est « la grande chute » : pas une catastrophe, peut-être la découverte qu'on aime ; il évoque une chute d'eau (Niagara) et dit avoir déjà utilisé ce titre à propos du suicide de sa mère (passage déformé) ; il a écrit le livre vite, d'un « premier jet », puis l'a travaillé en ajoutant (alors qu'il coupait dans sa jeunesse). Le personnage lui est proche sans être un projet autobiographique ; il écrit au fils, qu'il n'a pas vu depuis longtemps, une lettre sans adresse. Il dit qu'on n'écrit que si l'on « touche » l'état du monde, et que l'essentiel est que l'illusion fonctionne : l'illusion, matière fragile mais plus forte que la raison, est la chose la plus réelle que la littérature puisse faire ; il termine sur le « deuxième regard » (l'agneau mystique qui regarde vers le vide) qui l'a « gardé ».
Excerpts
“« Il y a une solitude qui embrasse le monde. »”
“« L'illusion, c'est la matière la plus fragile, mais c'est la plus prometteuse. »”
“« L'essentiel, c'est que l'illusion fonctionne. »”