Durrell, Lawrence
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Core ideas
Durrell dit que, plus que les livres, ce sont les hommes qui l'ont formé, et qu'il a eu un « grand coup de veine » : à vingt ans, son premier éditeur fut le poète T. S. Eliot, avec lequel il a entretenu une correspondance sur ses poèmes ; Eliot, homme très modeste, l'a guidé, souvent en lui déconseillant de publier, et c'est, dit-il, grâce à ces sélections s'il a une petite réputation de poète. À vingt-deux ans, il tombe sur Henry Miller, « camarade littéraire », dont il admire l'exemple de vie, le courage de rester fauché pour faire ce qu'il veut, puis sur la Grèce, qui l'a beaucoup marqué, à travers le Colosse de Maroussi de Miller et le poète Georges Séféris, dont il a gardé l'amitié pendant trente ans. Il ne peut dire ce qu'il doit à ces trois-là, d'un point de vue littéraire, plus qu'à n'importe quel livre.
Sur la lecture, il évoque la formule de Miller (« je voudrais lire tel livre, mais le moment n'est pas venu ») et en tire que l'expérience d'un livre est si précieuse qu'il ne faut pas la forcer : si l'on ne « prend » pas au premier pas, il faut laisser le livre, peut-être parce qu'on n'est pas assez mûr pour le recevoir. À cinquante-six ans, il constate que le livre « absolument nécessaire » arrive souvent tout seul, par un ami qui le conseille ou une découverte fortuite : il raconte avoir redécouvert, sur la table d'un restaurant, un livre de Chestov (Les Révélations de la mort) lu à vingt ans sans le comprendre, qu'il jugeait alors trop russe et trop mystique, et qu'il a compris « tout de suite » à cet instant. Parmi ses goûts, il cite Balzac et Proust, adore Stendhal, notamment le côté « pudique, timide » de l'auteur et les ratés d'un grand écrivain qui cherche son chemin (les écrits autobiographiques, les Mémoires d'un touriste dans le Midi, « très colérique, avec son snobisme anglais »). Pour ses enfants (une fille de 27 ans, une fille de 15 ans), il laisse tous les livres dans la maison, sans interdit, convaincu que quand « les bouquins sont regardés comme des amis », ils s'en servent librement ; sa fille de quinze ans, l'intellectuelle, l'a récemment contredit avec humour.
Excerpts
“« J'ai eu un grand coup de veine : mon premier éditeur, à l'âge de vingt ans, c'était Eliot le poète, qui m'a guidé. [...] Si j'ai une petite réputation comme poète, c'est grâce aux sélections qu'il avait faites, parce qu'il m'a souvent déconseillé de publier des choses. Puis tout d'un coup, à vingt-deux ans, je tombe sur Miller comme camarade littéraire : l'exemple de sa vie est un grand exemple pour moi, son courage de rester fauché et de faire ce qu'il a voulu faire. »”
“« L'expérience d'un livre est tellement précieuse qu'il ne faut pas la forcer. Si au premier pas je n'ai pas pris, il faut le laisser, parce que peut-être vous n'êtes pas assez mûr pour le recevoir. [...] À l'âge de cinquante-six ans, je commence à constater que le bouquin absolument nécessaire pour moi arrive tout seul : souvent, c'est un ami qui vous dit "tenez, vous n'avez jamais vu ça". »”
“« Ils sont complètement libres, il y a toutes sortes de bouquins dans la maison, rien n'est enfermé. On compte sur [le fait que], quand on vit dans une maison où les bouquins sont regardés comme des amis, quelque chose de sérieux, [ils s'en servent librement]. »”