Calaferte, Louis
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (deux entretiens : la poésie et le théâtre, puis *Septentrion* et l'approche de la femme)
Core ideas
Dans le premier entretien, Calaferte se définit avant tout comme poète, la poésie étant pour lui non une question de forme mais « sanglots des violons de l'automne », un charme « fait plus pour être senti que pour être compris », qui traduit des images et des sensations fugaces ; elle ne va pas sans mélancolie ni musique. Il déplore le « saccage » de la poésie après 1968 par le formalisme et les « aliénages de mots », qui aurait détourné le public de la poésie, et refuse le conseil de substituer « au cri le temps glacial » du constat d'huissier. Il explique qu'il publie peu de poésie parce qu'il ne connaît personne dans le milieu parisien et n'a jamais sollicité d'éditeur : ses recueils se sont toujours publiés parce que quelqu'un le lui demandait, et il a toujours été joué au théâtre de la même façon (Jean-Pierre Miquel l'a monté au Petit Odéon après lecture d'un manuscrit passé par la Comédie-Française ; un jeune metteur en scène, Victor Viala, prépare un troisième spectacle). Son théâtre est un « comique de constat », fondé sur la dérision, un côté baroque et poétique, sans construction ; il écrit « par instinct et par instant », vite, un « éclat » ; une grande part de ses livres en prose, dit-il, est de la « poésie déguisée ». Sa « bête noire » est la petite poignée de gens de l'édition et de la presse (y compris la télévision) qui décident pour tout le monde de ce qu'il faut lire ou non, un pouvoir qu'il juge usurpé.
Il évoque une expérience marginale de scénariste (un film qui s'est « rétréci » au fil des années et dont il a laissé le nom à l'affiche), le nombre important de ses publications récentes (carnets, recueils de poèmes, poèmes pour enfants illustrés par Jacques Prévienus) et la façon dont il écrit : par à-coups, « quand j'écris pas, je m'emmerde », avec peu de retouches. Dans le second entretien, il revient sur Septentrion (1963) : un livre écrit pendant cinq ans à Lyon, tout en travaillant à la radio, pour lequel il garde un souvenir de « boulimie de lecture » et de libération (« transmutation du dégoût en or »), un travail de langue lyrique, « sanguin » et nocturne. Il raconte que l'éditeur René Julliard, qui attendait le manuscrit, est mort la nuit où il l'a repris du tiroir ; la maison de Julliard ne l'a pas pris, le livre a été publié par un petit éditeur, aussitôt interdit par le ministère de la Santé puis par l'Intérieur, avec un seul article malgré la censure (Robert Kanters) ; il faudra attendre 1984 pour une réédition, chez Bourgadier, qui n'a pas non plus eu de presse, bien que le livre circule comme un secret chez de jeunes lecteurs. Il refuse les comparaisons avec Miller, Céline ou Kafka (« ils ont besoin de références pour se fixer »), reconnaît l'admiration pour Miller, et dit que les femmes lui apparaissent comme un « baromètre » des secousses collectives (l'exemple de la minijupe avant 68).
Il parle aussi de son rapport difficile à la femme (fascination et répulsion, lié à son tempérament et à la promiscuité d'usine dans sa jeunesse), de L'Incarnation, construit après qu'il a compris le lien entre certaines situations corporelles de sa vie d'adulte et des moments d'enfance, d'un regard d'enfants sur une boucherie, de sa solitude de tempérament (« trois amis dans ma vie ») et de la place de la littérature face à la télévision : celle-ci fournira la « dose de fiction » et la littérature reprendra sa fonction spécifique, « ce qui est intraduisible autrement que par les mots ».
Excerpts
“« La poésie, c'est effectivement les sanglots longs des violons de l'automne, point : c'est ça, la poésie, c'est rien d'autre, ça ne signifie pas grand-chose, mais c'est une chose qu'on reçoit comme ça. [...] La poésie n'a pas à traduire des choses à comprendre : elle traduit des images, des sensations, des choses fugaces. »”
“« C'est une poignée de gens, des gens de l'édition, beaucoup de gens de la presse [...] qui décident pour la France entière de ce que les gens doivent lire, ne pas lire, voir, ne pas voir, savoir, ne pas savoir. [...] Quand on a l'occasion d'approcher l'un d'eux et qu'on voit que ce sont des nuls, ça devient un petit peu dramatique : ils ont un pouvoir qui est complètement usurpé. »”
“« La connaissance, c'est la vie. [...] La connaissance s'acquiert quand même par un seul moyen jusqu'à maintenant, c'est le livre, parce que le reste, l'image, ça passe. Si on n'a pas ça dans la tête, on est foutu d'une manière comme de l'autre. »”