Merzeau, Louise
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (un entretien d'environ vingt-cinq minutes ; le transcript s'interrompt au milieu d'une phrase, avant la fin de l'émission ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis ou hédgés)
Core ideas
Moine copiste, plagiaire, lecteur-contributeur. Merzeau distingue d'emblée le moine copiste du plagiaire : le premier est un vecteur de la production, de la conservation et de la transmission des textes (sans lui, pas de manuscrits, donc pas de culture), tandis que la notion de plagiat n'a de sens qu'avec l'institution de l'auteur et du droit d'auteur, apparue surtout à partir du XVIIIe siècle (elle évoque Beaumarchais, 1777). Dans l'environnement numérique, les lecteurs sont de plus en plus appelés à contribuer à la reproduction, à la diffusion et même à la production des contenus ; l'information, découpée, indexée, standardisée, peut se recomposer « à la volée » et le document perd sa stabilité et sa clôture. Ce n'est pas un dysfonctionnement mais le fonctionnement même de la circulation des contenus culturels.
Le copier-coller, une technique d'écriture héritée du graphisme. Elle rappelle que le copier-coller a été mis au point à la fin des années 1960 ou au début des années 1970 par des chercheurs du laboratoire Xerox, puis popularisé par Apple (Lisa, Macintosh, raccourcis pomme-C, pomme-V), puis décliné en glisser-déposer et sur les interfaces tactiles. Son vocabulaire (couper, coller, icônes de ciseaux ou de pot de colle) vient du monde du maquettiste et de la mise en page, ce qui illustre ce que les médiologues appellent l'effet diligence : une technique nouvelle se glisse d'abord dans la peau d'une technique ancienne pour s'implanter (le train imite la diligence, l'incunable imite le manuscrit) avant de devenir le modèle. Elle cite un petit film humoristique en ligne où un codex est présenté comme une innovation (« sans électricité, sans réseau »).
Pourquoi le copier-coller pose problème à l'école. Pour Merzeau, le copier-coller est d'abord une technique d'écriture, de montage et d'archivage : « on ne peut plus penser et écrire sans copier-coller », aucun chercheur ne peut prétendre l'inverse. Les effets déplorés chez les élèves viennent plutôt de son association avec les moteurs de recherche, qui court-circuitent le cheminement de la recherche et installent l'idée que le savoir se trouve sous forme de questions-réponses, sans va-et-vient entre ce que l'on construit et ce que d'autres ont écrit. Elle propose de réapprendre à copier (la copie est essentielle à l'apprentissage), de réintroduire des procédures indirectes, et prend l'exemple de Wikipédia : plutôt que de l'interdire à l'école (ce qu'elle juge absurde), il faut apprendre aux élèves à y contribuer, l'encyclopédie participative n'étant ni anarchique ni validée de manière verticale.
Plagiat, remix, appropriation et style. Interrogée sur des étudiants qui se prendraient pour de « petits Duchamp », elle n'a pas rencontré cette revendication chez les siens, mais la voit dans les pratiques de remix autour de l'offre des industries culturelles (YouTube, où, selon une étude d'André Gunthert dont le nom est déformé dans le transcript, la grande majorité des vidéos recyclent des contenus des médias de masse). Ce droit d'appropriation n'est pas une prétention à être l'auteur, donc n'a rien à voir avec le plagiat, même s'il contrevient souvent au droit d'auteur au sens juridique. À l'objection sur le style (Baudelaire, le « vampirisme » sans subtilité), elle répond que le style peut survivre au copier-coller, et qu'un emprunt devient créatif lorsqu'il introduit une distance (ironique, poétique, critique), comme lorsque des opposants politiques publient en miroir, quelques heures après, une copie parodique d'un texte de François Hollande publié en une de Libération.
Droit d'auteur, copy parties et contrefaçon. Elle regrette que les usages créatifs de la copie soient encore stigmatisés comme piratage par l'école, l'université, la presse et le droit, alors qu'il s'agit souvent d'appropriation de la culture. Elle cite comme exemple l'organisation d'une « copy party » à la bibliothèque de La Roche-sur-Yon par des bibliothécaires et chercheurs (dont, d'après le transcript déformé, Olivier Ertzscheid et Lionel Maurel), qui ont invité les usagers à venir copier des œuvres pour leur usage privé en s'appuyant sur le régime de la copie privée, avec une forme d'euphorie de ne plus être culpabilisés. Enfin, la contrefaçon est avant tout une forme de mensonge (se dire l'auteur) qui joue pleinement le jeu de l'originalité ; les pratiques qu'elle décrit relèvent d'une autre culture, qui « sans nier l'importance des auteurs » (le transcript s'arrête là).
Excerpts
“« le moine copiste n'est pas un plagiat c'est un vecteur »”
“« on ne peut plus penser et écrire sans copier coller »”
“« il faut réapprendre à copier »”