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Bachelard, Gaston

philosophe

Gaston Bachelard - Entretien (Dormeurs éveillés)

Artesquieu · Oct 17, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique approximative, avec quelques déformations de mots ; le texte est un exposé continu)

Core ideas

Bachelard part de l'idée que la philosophie traditionnelle s'occupe de l'homme qui pense, comme si l'homme trouvait tout son être dans la pensée, et qu'elle oublie qu'« avant la pensée il y a le songe » : « l'homme est un être qui non seulement pense, mais qui d'abord imagine ». Il décrit une « zone moyenne » où les songes nourrissent nos pensées et nos pensées éclairent nos songes, où les caractères nocturnes et diurnes s'unissent : dans les heures de grande solitude, la rêverie nous rend « notre être total » et nous fait « dormeurs éveillés, rêveurs lucides ». Il écarte volontairement les états artificiels provoqués par la drogue (Thomas de Quincey, Baudelaire), pour étudier le caractère profondément naturel de ces instants de synthèse où l'on est à la fois esprit songeur et esprit clair : la rêverie n'est pas un abandon, elle est active et « prépare des forces et des pensées ». Il revendique de donner à l'imagination sa pleine valeur, trop souvent tenue pour une puissance secondaire, occasion de dérèglement ou moyen d'évasion, alors qu'elle est la fonction dynamique et majeure du psychisme humain, la « fonction de possibilités » sans laquelle on ne ferait aucune œuvre.

Le dormeur éveillé éveille en lui une « conscience de poète » : il répond à la définition d'Éluard, le poète est celui qui inspire ; il nous donne l'« exacte énergie de l'imagination » et un besoin de poésie, c'est-à-dire l'adhésion, corps et âme, à des images privilégiées, simples et renouvelantes. Bachelard évoque les sollicitations de Novalis et de Mallarmé (Mallarmé dit être éveillé vingt-quatre heures par jour, ce qui est « terrible », et que le sommeil n'est pas une nécessité mais « une grâce ») vers une rêverie consciente, et oppose à la psychanalyse, qui n'étudie que des souvenirs de rêves, des « imaginations à retardement » et un désir différé, la conscience actuelle qui accompagne une rêverie en cours. L'image privilégiée sert de « centre de synthèse » entre valeurs nocturnes et diurnes, et son exemple est celle de l'eau dormante : pourquoi la langue dit-elle qu'une eau « dort » plutôt que d'« immobile » ? parce que l'image poétique ne décrit pas, elle évoque, appelle des souvenirs, provoque des songes et s'ouvre sur un monde infini ; devant un étang, on est « le miroir de [son] être profond », « la conscience de [son] inconscient », visité par une lignée de songeurs et d'ancêtres, entre vie et mort. Le dormeur éveillé écoute le silence et se trouve à l'origine du langage : l'image poétique doit être à la fois ancienne (résumé d'un songe ancien) et nouvelle (ouverture sur l'avenir de la langue), et il cite Le Monde du silence de Max Picard : le silence n'est pas le contraire du bruit ni la nuit du jour, mais le principe positif de la méditation.

La seconde partie étend la notion au domaine de la pensée : le réflexif lui aussi se met à l'écart et la synthèse de l'idée et de l'image s'anime dans une dialectique incessante. Bachelard cite l'exemple d'un grand mathématicien (dont le nom est mal transcrit) qui, pour retrouver la fraîcheur de son esprit, prend un court sommeil dans son fauteuil et en sort avec une figure géométrique « devenue idée claire » : le sommeil et le réveil se vivent « au niveau de l'esprit », ce qui donne une pensée libre et pure. Nous écoutons moins bien l'idée neuve que le poète, et trop souvent « penser, c'est se souvenir d'anciennes pensées » (ruminer sa culture). Le dormeur éveillé doit se reconnaître à une transformation de l'esprit : s'il revient inchangé à la vie subalterne, il n'est qu'un « fantôme qui passe ». Les drogues anatomisent les fonctions spirituelles et ne donnent pas la vraie « conscience de solitude » ni la santé qui unit l'être nocturne et l'être diurne ; ce qui compte, c'est que ce soit l'idée ou l'image, non la drogue, qui nous élève. Le dormeur éveillé « dort pour y voir clair » : il entre dans une nuit éphémère pour apprendre la dynamique de l'éveil, et le jour apparaît comme une transcendance de la nuit ; il ne peut cependant nous faire de confidences que sur son éveil, la perte d'être du sommeil ne pouvant être décrite.

Excerpts

“« La philosophie oublie souvent qu'avant la pensée il y a le songe, qu'avant des idées claires et stables il y a les images qui brillent. [...] L'homme est un être qui non seulement pense, mais qui d'abord imagine. »”

“« La véritable image poétique ne décrit pas, elle évoque : elle appelle des souvenirs, elle provoque des songes et s'ouvre sur un monde infini. [...] L'eau dormante est pour moi sans fond, le miroir de mon être profond, le double de mon être caché dans sa pénombre intime : elle est la conscience de mon inconscient. »”

“« Le dormeur éveillé dort pour y voir clair, pour nous révéler des idées claires, des images lumineuses. [...] Il entre dans une nuit éphémère pour apprendre la dynamique de l'éveil, la promotion d'être que l'on reçoit avec la conscience d'être bien éveillé : alors le jour apparaît comme une transcendance de la nuit. »”