Giraudoux, Jean
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (une allocution d'environ cinq minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout dans le milieu du texte ; les passages incertains sont omis ; les affirmations sur l'enseignement dans l'Allemagne nazie sont rapportées comme celles de l'orateur)
Core ideas
Giraudoux s'adresse aux élèves de France comme à une « génération de la paix » : leur rentrée est une mobilisation de l'éducation et de la culture, la seule que devraient connaître les peuples civilisés, alors que leurs frères sont appelés aux frontières pour faire face « à la guerre la plus monstrueuse ». Il rappelle qu'une grande partie des instituteurs et des maîtres (il cite des chiffres que le transcript restitue de façon approximative) ont dû prendre les armes, que certains sont déjà blessés ou ont disparu, afin que les enfants puissent continuer d'apprendre que leur pays est celui de « la douceur de vivre ». Il demande que les armes de la paix (les atlas, les méthodes, les tableaux, les grands auteurs) ne soient en rien changées par la guerre : chaque livre ouvert dans les classes françaises doit rester un témoignage de la bonne volonté humaine.
Il oppose ensuite ce qu'il présente comme l'éducation donnée aux jeunes Allemands, pour montrer l'enjeu de la guerre : selon lui, quinze millions d'élèves y apprennent une histoire où les Germains seraient seuls à l'origine de toute civilisation, où les grands hommes (Dante, Léonard) sont d'origine germanique, où les Français sont décrits comme vaniteux, cruels et vindicatifs ; il affirme que les grands penseurs allemands ont été bannis, leurs livres brûlés ou eux-mêmes exilés, que les écoliers doivent vérifier leur arbre généalogique et leurs « particularités raciales », que les mathématiques sont mises au service de la guerre (problèmes de bombes incendiaires), que la punition physique et la préparation à la « guerre totale » font partie de l'éducation, et que les enfants réciteraient à la place du credo un texte à la gloire du chef et seraient arrachés à leurs parents s'ils refusaient. Il se demande si la jeunesse allemande pourra longtemps résister à de telles contraintes sans « dommages irrémédiables pour l'humanité ».
Il conclut en rassurant les enfants français : leurs classes accueilleront peut-être les enfants évacués, mais rien dans leurs enseignements ne sera touché par la guerre ; ils continueront d'apprendre les mêmes textes et une arithmétique « innocente » (les problèmes des deux robinets, que Colbert et Pasteur cherchaient déjà à résoudre). Il leur donne une mission : être de « jeunes sentinelles » de « l'histoire vraie, de la géographie vraie, de la morale sans haine », conserver, tandis que la France est aux travaux de la guerre, les deux biens d'où son âme est issue : la gaieté et l'étude.
Excerpts
“« C'est à une mobilisation que vous répondez, vous aussi, la seule que devraient connaître les peuples civilisés : la mobilisation de l'éducation et de la culture. »”
“« Jeunes sentinelles auprès de l'histoire vraie, de la géographie vraie, de la morale sans haine. »”
“« La gaieté et l'étude. »”