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Anouilh, Jean

dramaturge et metteur en scène

Jean Anouilh à propos de la pièce "Victor" de Roger Vitrac

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quatre minutes ; la transcription automatique est par endroits déformée, surtout au début, et les passages incertains sont omis)

Core ideas

Anouilh dit aimer et admirer « Victor » depuis très longtemps ; ami de Roger Vitrac (qu'il a connu vers 1937-1938 après une de ses pièces dont il ne sait plus le titre, où figurait « un prisonnier »), il a relu la pièce après la mort de l'auteur et a senti, deux ans plus tôt, « qu'il fallait la faire vivre » car on la connaissait mal. Il la décrit non comme une satire de la bourgeoisie (le milieu petit-bourgeois, les scènes outrées et ridicules en sont le cadre) mais comme une pièce sur la condition humaine et sur la « réalité crue », que la vie nous donne en général sous une forme conventionnelle. Il juge l'influence du surréalisme (que Vitrac a quitté très vite) très mince sur cette pièce.

Interrogé sur sa mise en scène, il dit ne pas « concevoir » une mise en scène au sens de théoricien : devant une pièce de lui il vit dans l'incertitude, alors que devant celle de Vitrac le texte lui a été donné de façon si précise qu'il n'a plus qu'à réaliser, avec les comédiens et « quelques bouts de bois sur le plateau », la vision qu'il en a eue à la lecture. Il s'étonne que le « comique moderne » que le théâtre cherche à retrouver ait déjà été senti par Vitrac en 1928, probablement de façon inconsciente selon lui, en croyant faire un canular pour épater le bourgeois : une vérité humaine mêlée de moyens comiques « moliéresques » proches de Jarry, que personne n'a entendus, d'où, dit-il, « trente-quatre ans perdus » pour l'évolution du théâtre.

Il se dit peu influencé par Vitrac à ses débuts (il le connaissait trop tard), mais il a maintenant l'impression, en voyant la pièce, de voir ce qu'il aurait voulu faire et n'a pas tout à fait réalisé dans « La Valse des toréadors » ou dans une autre pièce dont le titre est transcrit « Arbel » (peut-être « Becket ») : cette influence viendra « maintenant ». Il refuse l'idée que le théâtre de demain puisse venir des théoriciens ou de l'évolution préalable : ce sera le fait d'un auteur de génie qui, à dix ans, écrira sa première pièce à vingt-cinq. Il s'étonne de l'obstination des directeurs de théâtre parisiens à perdre l'argent des autres, et explique que la mise en scène lui apporte autant de joie que l'écriture, puisque monter une pièce, c'est « la fin de l'accouchement » : il cite « Tartuffe » (monté deux ans plus tôt) et « Victor », deux textes qui ne sont pas de lui, comme des plaisirs encore plus grands.

Excerpts

“« C'est une pièce sur la condition humaine, sur la réalité, car je prétends que dans cette pièce où les outrances comiques [...] c'est la vraie réalité que l'on voit. Alors que la réalité de la vie, nous sommes habitués à lui donner une forme conventionnelle, là c'est la réalité crue. »”

“« Le texte m'a été donné d'une façon si précise, si nette, que je n'ai plus qu'à essayer de réaliser, à travers les comédiens et en mettant quelques bouts de bois sur le plateau, une vision absolument précise de la pièce que j'avais eue dans les dernières lectures. »”

“« Le théâtre de demain ne sera pas le fruit d'une évolution très précise : il y a l'accident de l'homme qui aura du génie, et qui a en ce moment dix ans. Le jour où il aura vingt-cinq ans, il écrira sa première pièce, c'est lui qui fera le théâtre de demain. »”