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Merleau-Ponty, Maurice

philosophe

Maurice Merleau-Ponty - Entretien : Heure de culture française

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une causerie d'environ sept minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

L'unité de la chose. Après avoir parlé de l'espace, Merleau-Ponty s'intéresse aux choses qui le remplissent. Il récuse l'analyse d'un manuel de psychologie classique selon laquelle la chose serait un système de qualités offertes aux différents sens et réunies par un acte de synthèse intellectuelle (le citron, c'est une forme ovale, plus un jaune, plus un contact frais, plus une saveur acide). Cette analyse laisse insatisfait, car on ne voit pas ce qui lie ces qualités, alors que le citron nous apparaît comme un être unique dont les qualités sont des manifestations.

Les qualités ont une signification affective et se répondent. S'appuyant sur la psychologie moderne et sur Goethe, il montre que chaque qualité sensible n'est pas isolée mais porte une signification affective qui la met en correspondance avec les autres sens : une couleur dégage une atmosphère morale (triste, gaie, tonique), ce qui permet à un aveugle de se représenter une couleur par analogie avec un son. L'exemple central est le miel, que Merleau-Ponty reprend de Sartre (L'Être et le Néant) : fluide ralenti, il se laisse saisir puis coule des doigts, et inverse les rôles en « s'emparant » de la main qui voulait le saisir. Dire qu'il est visqueux ou qu'il est sucré revient à dire la même chose : un certain rapport de la chose à nous, une manière de séduire et de fasciner.

La chose, un comportement du monde envers le corps. L'unité de la chose n'est donc pas « derrière » ses qualités : chacune la manifeste tout entière, comme chez Cézanne (nom déformé dans le transcript), qui voulait qu'on puisse peindre l'odeur des arbres, ou chez Sartre pour qui l'acidité du citron est jaune et le jaune est acide. Les choses ne sont pas des objets neutres mais symbolisent des conduites et appellent en nous des réactions favorables ou défavorables : les goûts d'un homme, son caractère et son attitude envers le monde se lisent dans les objets dont il s'entoure ; Merleau-Ponty évoque les jardins de pierre chinois, qui, selon Claudel, expriment un refus de la moiteur vitale. L'homme est « investi dans les choses » et les choses en lui, au sens du psychanalyste : les choses sont des complexes.

Ponge, Bachelard, le surréalisme. Il illustre cette idée par Francis Ponge, que Sartre commente : l'eau décrite comme blanche, brillante, informe, passive et obstinée, « folle » de son besoin d'obéir à la seule pesanteur, révèle l'essence des éléments moins par leurs propriétés observables que par ce qu'ils nous disent. Il rapproche ces analyses de Gaston Bachelard (l'air, l'eau, le feu, la terre comme « patries » de l'imagination) et de la tentative surréaliste, où les objets trouvés sont des « catalyseurs du désir » (Breton). Il y voit une tendance générale de l'époque à reconnaître entre l'homme et les choses non plus un rapport de distance et de domination, comme entre l'esprit souverain et le morceau de cire de Descartes, mais une « proximité vertigineuse » qui interdit de se penser comme pur esprit ou de définir les choses comme purs objets.

Excerpts

“« Chacune d'elles est la chose entière. »”

“« Le miel est un certain comportement du monde envers mon corps et moi. »”

“« L'homme est investi dans les choses et les choses sont investies en lui. »”