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Furet, François

historien de la Révolution française, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, auteur de Penser la Révolution française et du Passé d'une illusion

(Vidéo) François Furet - Histoire de la Révolution Française et Révolution dans l'histoire

Artesquieu · May 4, 2021 · partial coverage

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Coverage note: full - entretien d'itinéraire mené par plusieurs historiens, collègues de Furet, dont les noms ne sont pas audibles dans les sous-titres.

Core ideas

Furet revient sur sa formation. Il hésite entre lettres, droit et philosophie, puis choisit l'histoire comme « discipline la plus générale », d'autant qu'il est attiré par le marxisme. Il garde de la guerre et de la Libération des souvenirs « mauvais » : la mort de sa mère, un passage dans un maquis du Cher, et le sentiment que gaullistes et communistes reconstruisaient un « mensonge collectif » qui effaçait juin 1940. Il adhère au Parti communiste en 1949, au « pire moment », celui de la guerre froide et de l'excommunication de Tito. Il étudie Marx et la dialectique dans un petit groupe d'agrégatifs (Maurice Agulhon, Denis Richet) et regarde du côté des Annales et de Labrousse plutôt que de la Sorbonne. Il quitte discrètement le parti en 1956 et se dit depuis « vacciné » contre le communisme. Il s'engage pour l'indépendance de l'Algérie tout en polémiquant dans France Observateur contre ceux qui voyaient dans le FLN un nouveau bolchevisme. Il regrette ses années de jeunesse perdues à lire L'Idéologie allemande plutôt que Machiavel, et souligne qu'il n'a écrit l'essentiel de son œuvre qu'entre 45 et 65 ans.

Entré à la VIᵉ section de l'École pratique des hautes études sous Braudel, il travaille dans l'orbite de Labrousse, maître affectueux avec qui il ne pourra plus jamais parler de ses ruptures intellectuelles. Il signe des travaux d'histoire sociale et quantitative : la bourgeoisie parisienne du XVIIIᵉ siècle, qu'il découvre précapitaliste, Livre et société, et l'enquête sur l'alphabétisation des Français avec Jacques Ozouf. Il juge les méthodes quantitatives précieuses pour établir des faits non ambigus et poser de nouvelles questions, par exemple la baisse précoce de la natalité française. Elles ne disent pas pourquoi : les mathématiques sont un langage rigoureux mais pauvre. Il récuse le structuralisme et l'althussérisme, qui méconnaissent la liberté humaine. Il interprète la vogue de l'anthropologie comme un « masochisme européen » après la perte par l'Europe de sa centralité. Il nuance son ancien plaidoyer pour l'« histoire-problème » contre l'« histoire-récit » : l'essentiel est d'avoir un vrai sujet, et un récit peut être construit sur une question.

Sur la Révolution, il juge rétrospectivement son livre de 1965 avec Denis Richet, écrit en deux étés sur commande, encore déterministe. Ce livre avait fait scandale en recentrant la Révolution sur 1789 et en traitant 1793 comme un « dérapage » par rapport à la ligne d'une révolution bourgeoise. Le tournant vient avec la lecture approfondie de Tocqueville à Princeton, puis avec l'article polémique « Le catéchisme révolutionnaire » (1971) publié dans les Annales. Il y démolit l'assimilation de 1789 à 1917 qui structurait l'historiographie marxiste et montre qu'aucune « cause » sociale ne suffit à expliquer la Révolution. Penser la Révolution française (1978), fondé sur Tocqueville et Augustin Cochin, fait de la Révolution le laboratoire de la politique démocratique moderne. La révolution sociale est accomplie dès la nuit du 4 août, alors que l'impuissance à former un corps politique stable se prolonge deux siècles. Il faut, dit-il, restaurer l'« étrangeté » de 1789 et l'énigme de son surgissement.

Furet précise le sens de sa formule « la Révolution française est terminée ». Elle ne signifie ni la fin de la démocratie, ni celle de l'histoire, ni celle du conflit, mais l'épuisement de deux idées : changer la société par l'État, et fabriquer un homme nouveau par la politique. La chute de l'Union soviétique leur a porté le coup final. Son livre du bicentenaire suit ainsi la Révolution comme « objet » tout au long du XIXᵉ siècle, chez des élites politiques qui en écrivent l'histoire (Guizot, Michelet, Lamartine, Tocqueville) et tentent d'« amadouer le monstre », jusqu'à la synthèse républicaine de Jules Ferry. Il se dit intrigué par Israël, nation moderne et pourtant fondée sur un texte religieux et l'idée d'élection, et dont les débuts évoquaient l'Amérique du XVIIIᵉ siècle. Il conclut sur le chantier collectif qu'il mène avec d'autres chercheurs, dont Mona Ozouf, coautrice du Dictionnaire critique de la Révolution française : repenser la part du politique dans des sociétés libérales fondées sur l'individu économique, structurellement en déficit politique, après les échecs du volontarisme fasciste et communiste.

Excerpts

Furet décrit la tristesse de la Libération et le choix imposé entre gaullistes et communistes :

“j'ai des souvenirs de la libération de la france et de la guerre qui sont des souvenirs mauvais je n'ai pas du tout éprouvée par exemple et je crois beaucoup de contemporains sont comme moi le sentiment de 2 d'épanouissement de libération à la fin de la guerre [...] le vrai drame de la france qui juin 40 dont nous vivons toujours était magiquement effacés par les deux familles que je mentionne les gaullistes et les communistes j'ai eu ce sentiment là [...] que nous étions en train de reconstituer un mensonge collectif”

Sur ce que les méthodes quantitatives prouvent et ce qu'elles ne disent pas :

“le grand avantage de la méthode quantitative sais que ça vous donne une description du fait qu'il n'est plus ambigu qui n'est même plus discutable [...] l'inconvénient des méthodes quantitatives en inconvénients possibles c'est d'avoir des ambitions plus inatteignable plus élevées que ce qu'elles peuvent donner parce que vous ne trouvez pas le sens des comportements [...] il y avait une illusion à penser que que l'on peut mathématisée l'histoire en plus des mathématiques c'est un langage extrêmement rigoureux mais extrêmement pauvres”

Ce que signifie la formule « la Révolution est terminée » :

“c'est tout simplement dire que la modalité de changement auquel les français étaient tellement habitués qu'ils en avaient fait la modalité privilégié du changement c'est à dire le changement de la société à partir de l'état et la visée de fabriquer un homme nouveau à partir du politique ses idées il me semble sont mortes [...] la chute de l'union soviétique a été le coût final à cette a7 à cette croyance”