Guetta, Bernard
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Core ideas
L'émission part de l'actualité : Bernard Guetta, à qui La République en marche a proposé d'être candidat aux élections européennes, dit qu'il répondra très vraisemblablement oui si on lui renouvelle l'offre, après avoir vu Nathalie Loiseau, qu'il juge « combative » et plus à gauche que prévu, et il récuse l'idée de perdre son indépendance : il se dit journaliste « engagé » du côté de la liberté, non « objectif » (« je sais ce qu'est l'honnêteté »), et défend depuis trente ans, depuis la chute du mur, la cause de l'unité européenne. Pour lui, l'unité européenne n'est pas un « projet » mais une nécessité absolue : face à un allié américain qui « ferme le parapluie », au « revanchisme » de Poutine, au chaos du monde musulman, aux multinationales du numérique et à la Chine, l'Europe ne fera le poids qu'unie.
Tatiana Ventôse et Salomé Saqué répondent en critiquant l'Union européenne telle qu'elle fonctionne. Ventôse reproche à nombre de médias et d'experts d'être les « porte-voix » d'une « Europe de la paix » qui, selon elle, « impose la démocratie à coups de rejet de la parole du peuple » et crée le chaos (Grèce, Espagne), et elle dit avoir fondé « Fil d'actu » et un mouvement politique pour faire autrement, ayant quitté le Parti de gauche. Saqué se dit « ancienne europhile » : née avec l'euro, étudiante en sciences politiques, elle a « basculé » lors d'un Erasmus à Madrid en 2016, au contact d'étudiants espagnols brillants confrontés à 40 % de chômage des jeunes ; elle continue de croire en l'unité européenne, mais pense que les politiques actuelles sont « plus néfastes que bonnes » et qu'il faudrait tout refonder. Guetta répond qu'il faut distinguer l'Europe (le continent), l'Union (des États) et ses politiques : on change les politiques en changeant ceux qui décident, c'est-à-dire le Conseil européen (les dirigeants élus dans chaque pays) et la majorité du Parlement européen, et non la Commission, contrairement à ce que dit Marine Le Pen ; il demande « où avez-vous entendu » que le couple franco-allemand soit « l'amour fou » sans défense d'intérêts nationaux.
Les invités présentent ensuite leurs lectures. Ventôse recommande Le Couple franco-allemand n'existe pas de Coralie Delaume (Michalon), pour qui la France est « à la remorque » de l'Allemagne, imitant un modèle allemand « d'après Schröder » (réformes de 2005, jobs à un euro) dont la croissance tiendrait plutôt à l'euro sous-évalué, au marché unique et à la demande des émergents ; elle y voit l'illusion d'une Europe sans rapports de force. Saqué choisit Il faut achever l'euro de Jean Quatremer (Calmann-Lévy) : elle s'étonne qu'un « europhile » écrive sur le « vice originel » de la monnaie unique et parle de « hold-up démocratique », sans suivre sa solution fédérale ; Guetta répond que lui et Quatremer disent depuis vingt ans que l'euro est inachevé faute de politiques sociales et fiscales harmonisées. Guetta choisit Le Monde d'hier de Stefan Zweig : en Autriche, en Hongrie, en Pologne et en Italie, il a constaté une nostalgie d'un monde stable (le communisme, les Trente Glorieuses) qui nourrit les extrêmes droites, comme celle de Zweig pour l'empire des Habsbourg avant le chaos des années 1930, et recommande rapidement les livres d'un dessinateur-géopolitologue (nom déformé dans le transcript) et Jeunesse rebelle d'Henri Weber. Ventôse recommande de lire directement les traités, pour voir la distance entre ce que l'Europe est devenue et ce qu'on veut, et conclut qu'« il faut la reconstruire ».
Excerpts
“« L'ambition d'unité européenne, ce n'est pas une question de projet, c'est une question de nécessité absolue. Nous sommes entourés, à l'ouest, par un allié américain qui est en train de nous lâcher, à l'est par un revanchisme de monsieur Poutine, au sud par les chaos des mondes musulmans, et nous avons en face de nous des multinationales qui se rient de nos réglementations. Ce n'est pas en ordre dispersé que nous ferons le poids. »”
“« Je continue à croire que l'unité européenne est importante, mais aujourd'hui l'Union européenne telle qu'on la connaît, les politiques européennes telles qu'elles sont menées, c'est plus néfaste que bon, et il faudrait tout refonder. »”
“« Comment est-ce qu'on fait, dans une démocratie, pour changer les politiques ? Eh bien on change les gens qui décident. Ce n'est pas la Commission européenne qui décide, c'est le Conseil européen, c'est-à-dire l'assemblée des dirigeants que nous élisons démocratiquement dans chacun de nos pays, et le Parlement européen. »”