MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Artesquieu/Dubillard, Roland

Dubillard, Roland

écrivain, poète, dramaturge et comédien

Roland Dubillard - Entretien (Tous les plaisirs du jour sont dans la matinée)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (transcription automatique souvent déformée, surtout dans les extraits de pièces et pour les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Dubillard commence par ses souvenirs d'enfance : un souvenir désagréable de cours de violon (menacé par son professeur, il se rappelle la récréation passée seul sous le préau, extrêmement malheureux), des peurs nocturnes, des fièvres avec « une espèce de délire » qui le fascinait. Il se décrit comme un enfant très sage et replié, jouant seul ; vers dix ans il écrit l'histoire d'une armée (carnets de récits de bataille, de révolutions, d'exécutions avec des appareils de « mécano »), et songe à Saint-Cyr jusqu'à quinze ans, quand un professeur l'amène à écrire pour faire rire. Il fait une licence de philosophie ; son « intuition centrale » est qu'il « joue la comédie » en permanence, y compris dans ses sentiments (faire exprès d'avoir des sentiments, faire semblant d'en avoir). Il dit peu s'intéresser aux guerres et aux journaux. Il évoque son père mort quand il avait douze ans et la question de l'argent (il dit avoir eu de l'argent tant qu'il vivait avec sa mère, puis avoir cessé d'être riche en la quittant), pour lequel il refuse d'écrire « pour rien » ou d'éditer ses poèmes à compte d'auteur.

Il raconte son passage de la philosophie au théâtre : un groupe d'étudiants sous l'Occupation, le groupe d'amateurs pour lequel il écrit, puis la mobilisation (il parle d'une époque désagréable de la guerre) et un groupe dont il se sépare quand on lui demande de cambrioler un bureau de tabac (récit confus dans le transcript, où il évoque des amis morts). Après la guerre, il vit plus comme comédien que comme écrivain (télévision, commentaires de film, pièces d'autres auteurs).

Sur son écriture, il dit chercher à dire des choses graves par la voie comique : « Naïves hirondelles » est une comédie sur quatre personnages (un jeune homme et une jeune fille, un vieil homme et une vieille femme) qui cherchent à la fois des raisons et des moyens de vivre dans une boutique de chapeaux ; ils s'intéressent successivement à la porcelaine, à l'horlogerie, etc., sans profiter de leurs expériences, les épisodes pouvant s'enchaîner indéfiniment, et les spectateurs devant sortir avec l'impression « que le sentiment ça ne sert à rien ». Il lit des extraits (madame Séverin, Fernand, Bertrand, Germaine, les horloges, les paravents). « La Maison d'os », sa pièce suivante, est « réaliste » et plus poétique, construite « picturalement » plutôt que musicalement : un vieux maître riche, seul, dont les domestiques ne savent plus s'il est mort ou vivant, la maison étant « le seul personnage » et les autres des fonctions. Il lit aussi un passage sur le « plan » de la pièce, et un monologue du maître sur sa main gauche. Il dit enfin vouloir continuer à écrire pour le théâtre et le cinéma, ne pas « agir » sur les problèmes du monde mais se tenir au courant, et aspirer à une modification de soi-même, volontiers bouddhiste.

Excerpts

“« J'avais cette intuition centrale que je jouais la comédie toujours, que je ne pouvais rien faire qui ne soit de la comédie, par rapport aux autres, par rapport à moi. Quand j'ai des sentiments, par exemple, je faisais exprès d'avoir des sentiments, ou je faisais semblant d'avoir des sentiments. »”

“« Finalement j'ai une chance pour les dire d'une manière comique : j'avais quelque chose de grave à dire, par des trucs comme la tristesse ou l'amour, et je le dis d'une manière comique. »”

“« C'est le plaisir de se faire servir, de ne rien faire, plaisir très sain mais impossible : il faudrait quelqu'un qui respire à ma place. D'autre part, la solitude où l'on est quand on se fait servir à long terme, et la mort. »”