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Genevoix, Maurice

écrivain, de l'Académie française, auteur de « Raboliot »

Maurice Genevoix - Entretien (La mort de près)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (transcription automatique de bonne qualité, quelques noms propres et mots déformés)

Core ideas

Genevoix explique d'abord ce qui l'a poussé à écrire « La Mort de près » : le sentiment, avec l'âge, qu'il est « temps de faire son paquet », de choisir ce que la mémoire elle-même a retenu et de délivrer un message dont on est « comptable » (la première phrase du prologue : « tout homme est solidaire »), d'autant que le temps qui reste est limité comme une peau de chagrin. Il tient pour une expérience très rare et importante pour tous les mortels d'avoir vécu « sa propre mort » et d'avoir survécu : il en tire la conviction que le soleil et la mort « ne se peuvent regarder fixement » à condition d'ajouter « de loin », car « lorsqu'on a le nez dessus, cela cesse d'être effrayant », ce qu'il dit réconfortant et bénéfique pour ses « frères mortels ». Interrogé sur sa mémoire, il évoque la loi de régression (loi de Ribot) : les impressions d'enfance, les plus anciennes, sont celles qui reviennent le plus vivement avec l'âge, comme un serpent qui se mord la queue.

Le livre compte quatre chapitres. Dans le premier, « La Mort bourdonne », il décrit l'approche de la mort et surtout le contact avec la mort des autres : devant un grand blessé ou un agonisant, on réagit « en homme debout », avec un privilège de vitalité et une pitié altruiste qui ne peut jamais vraiment se mettre à sa place ; il y a une « immense différence entre voir un grand blessé et être vu grand blessé », car de l'autre côté de la barrière la communication ne passe plus. Il rappelle qu'il fut au front de août 1914 au 25 avril 1915 (sous-lieutenant puis lieutenant puis commandant de compagnie) et qu'il a connu toutes les formes de la guerre : mouvement, fixation des fronts, tranchées, guerre de mines. Le titre initial, « La Mort en face », étant déjà pris, il choisit « La Mort de près », plus juste et moins « rodomont » : la mort « avec le nez dessus ». Il insiste sur sa méticulosité, presque seconde par seconde, dans l'espoir que la véracité de la relation emporte la conviction.

Il distingue trois fois où il a vu la mort de près. La première est une « fausse mort » : une balle tirée d’environ trente mètres en plein ventre, qu’il croit mortelle, déclenche un défilé d'images rapides de son enfance (le jardin de ses grands-parents, l'école communale), alors que la balle a frappé un bouton de sa capote d'officier et son ceinturon, ne laissant qu'une ecchymose ; il en garde la mémoire d'un effroi d'autant plus intolérable que sa vitalité était intacte, revenu dans ses cauchemars. La deuxième, aux Éparges, un obus de rupture énorme tombé devant lui, dont il fut le seul épargné sur dix-sept hommes dans la tranchée, avec la sensation d'avoir les poumons et le thorax brûlés. La troisième est la blessure à l’artère humérale (il décrit trois balles d’un même tireur, deux dans le bras gauche et une dans la poitrine) : on dispose d'environ trente-cinq minutes pour une ligature, mais ses camarades l'ont pansé et la jeunesse et le caillot l'ont sauvé ; dans l'ambulance de plusieurs heures, vers minuit à l'hôpital, il éprouve une approche de la mort « miséricordieuse » : acuité extrême des sensations, puis flottement, abolition de la souffrance, sensation de descendre sans angoisse « au-dessous de la limite », avant d'émerger. Son chef de bataillon le disait « intuable » (il était l'un des rares survivants d'un régiment, le 106e d'infanterie du 6e corps, dans lequel les officiers avaient été largement renouvelés), ce qui ne voulait rien dire.

Il conclut que, selon lui, dans une chambre mortuaire, le plus serein est celui qui s'en va, car les vivants autour de lui ne peuvent se mettre à sa place et sont dominés par le déchirement, la peine ou les intérêts, tandis que celui qui meurt est déjà « détaché », « remis », et que presque tous les morts ont un visage paisible (sauf les agonies douloureuses liées à un accident ou une agression). Les réactions du public ont été diverses, mais de nombreux lecteurs inconnus lui ont écrit pour le remercier, et il espère que ce témoignage sera bénéfique à ses semblables.

Excerpts

“« Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement, à condition qu'on ajoute : de loin. Mais lorsqu'on a le nez dessus, cela cesse d'être effrayant. Je trouve que c'est une constatation très importante et de nature à être bénéfique pour tous les hommes. »”

“« Quand vous voyez un grand blessé, même un agonisant, vous réagissez en homme debout. [...] Il y a une immense différence entre voir un grand blessé et être vu grand blessé, car alors les rôles sont interchangés [...]. Vous êtes dans un autre monde, et la communication ne passe plus. »”

“« Progressivement la souffrance s'abolissait, c'était déjà une première miséricorde. On cessait de souffrir et d'entendre, tout en gardant conscience, et puis on descendait petit à petit et sans angoisse [...]. Si on n'était pas remonté, je crois que c'est ça, la mort : non pas brutalement saisie, mais recueillie, acceptée dans ses bras. »”