Yourcenar, Marguerite
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Core ideas
Yourcenar dit d'abord qu'elle est tout à fait d'accord avec le féminisme sur l'égalité des salaires à mérite égal, mais qu'un élément la gêne : la revendication contre l'homme, la tendance à se dresser contre lui « en tant que femme », qu'elle juge ni naturelle ni nécessaire et qui tend à établir des « ghettos » dont, dit-elle, on a déjà trop. Elle voudrait que les femmes pensent à une « fraternité humaine » plutôt que d'opposer un groupe à un autre ; c'est pourquoi elle refuse de signer les manifestes de la plupart des organisations féministes. Elle n'aime pas les étiquettes (« femme » en est une) ni ce qui réduit les êtres à certaines attitudes : une femme devrait être libre d'être aussi femme ou aussi peu femme qu'elle le veut.
Elle estime ensuite que, comme beaucoup de minorités, les féministes luttent pour des libertés qui auraient été utiles il y a cinquante ou deux cents ans (à l'époque des « Femmes savantes » de Molière, où l'on enfermait les femmes à la cuisine) plus que pour celles dont on a besoin aujourd'hui, où les femmes font davantage ce qu'elles veulent, même dans la vie ménagère. Elle regrette que beaucoup de femmes se fassent de la vie masculine un idéal (le monsieur qui se lève à 7 h 30, avale son café et se précipite au bureau) : l'idée de carrière, de succès d'argent et de domination, devenue « l'idéal du succès humain » dans certaines revues féministes, lui paraît « une défaite épouvantable » pour les deux sexes. Elle appelle un « nouvel idéal humain » offrant plus de liberté d'activité et de choix et moins d'emprisonnement dans un travail devenu « sacro-saint », forme hypocrite d'esclavage. Elle ironise sur les revues féministes qui publient un article brûlant sur la condition des femmes puis, à la page suivante, des publicités de cosmétiques, de soutiens-gorge et de talons hauts, « vieil arsenal de la femme-objet », comme si elles jouaient « sur les deux tableaux ».
Interrogée sur ce que les femmes ont de spécial à apporter à la civilisation, elle répond que oui : la femme du passé, malgré sa condition limitée, a mis au monde, nourri, habillé et éduqué les enfants, donnant « leurs premières leçons d'humanité » ; elle est donc restée plus proche des réalités de base (physiques, charnelles, physiologiques) que beaucoup d'hommes. Les femmes pourraient, selon elle, apporter ce sens profond des réalités et en montrer l'importance et le « sacré », ce qui jouerait même un rôle pour le pacifisme et les droits civiques, parce que l'on comprendrait mieux le mécanisme de la vie et de la mort dont la femme a été si proche depuis des siècles.
Excerpts
“« Je voudrais qu'une femme ait la liberté d'être aussi femme ou aussi peu femme qu'elle le veut. »”
“« L'idée de la carrière, l'idée du succès [...] devient pour la femme l'idéal du succès humain. À mon avis, c'est une défaite épouvantable dans les deux sexes. »”
“« Elle pourrait apporter ce sens profond des réalités, des réalités physiques, des réalités charnelles [...] qui manquent tellement dans notre civilisation. »”