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du Gard, Roger Martin

romancier, auteur des « Thibault » et de « Jean Barois »

[Archive rare] Discours de Roger Martin du Gard pour le prix Nobel

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une longue conférence d'environ vingt-cinq minutes, composée surtout du récit commenté de « Jean Barois » avec lectures de passages ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Après avoir remercié l'Académie suédoise avec modestie (« je n'ai pas conscience d'avoir jusqu'ici mérité cet honneur »), Martin du Gard annonce qu'il va satisfaire à l'obligation de parler de son œuvre en racontant la vie de Jean Barois, son livre commencé en 1910 et paru en 1913, en lisant quelques passages, en demandant l'indulgence pour « un certain ton » reflétant son époque. Barois, enfant de province, élevé dans la religion catholique, commence à penser vers quinze ans : douter, c'est d'abord nier pour comprendre. Il épouse une cousine pieuse qui retarde sa rupture, puis, libre penseur « farouche », rompt avec elle et monte à Paris au début de l'affaire Dreyfus, où il se jette dans la mêlée, fonde la revue de combat « Le Semeur » et devient le champion de la libre pensée, accompagné d'un aîné sage, Luce, à la fois optimiste « vital » et pessimiste raisonné. L'auteur souligne que c'est la force de ne pas s'adapter qui fait la vitalité d'un homme (« le bon nageur nage contre le courant »).

Il lit plusieurs scènes qui dessinent la trajectoire : la fondation de la revue, où Barois cite Lamennais et décrit ses visions de l'avenir (l'argent écrasant les revendications légitimes, la poussée des masses contre un monde capitaliste « usé », le trouble des consciences) ; un dialogue avec Luce où celui-ci défend la tolérance (Barois soutient qu'une conviction qui admet d'emblée la légitimité d'une conviction adverse « se condamne à n'être pas efficace », et Luce répond qu'il faut pourtant établir l'esprit de tolérance entre les hommes) ; la fin de la campagne pour Dreyfus (« la force de la vérité est opiniâtre ») ; la conférence du Trocadéro sur « l'avenir de l'incroyance », où Barois imagine une éthique nouvelle fondée sur la solidarité sociale et la connaissance scientifique. Puis vient la maladie et le basculement : Barois vieillit, se sent abandonné par la jeunesse qui l'entoure, refuse de publier l'article d'un jeune collaborateur sur le sentiment religieux (celui-ci lui rappelle ses propres thèses sur la faillite des dogmes), puis reconnaît que ce sentiment persiste : « le besoin de croire à quelque chose, il est en nous comme le besoin de respirer ». Il démissionne, se retire dans sa petite ville de province, hanté par la mort, et revient à la foi sous l'influence d'un prêtre, auprès de sa femme.

Dans le dernier chapitre, à sa mort, sa femme trouve le testament rédigé à trente ans, qui renie à l'avance toute conversion : il ne croit ni à l'âme immortelle ni à autre chose qu'à un déterminisme universel, et prie qu'on tienne ses derniers actes pour des défaillances ; elle le brûle. Luce, venu voir son ami mourant, discute avec l'abbé : l'abbé juge le paradis une « invention merveilleuse », Luce répond que sa propre espérance repose sur la raison (« la vie naître de la mort, l'énergie de la douleur, la science de l'erreur »). Martin du Gard conclut en affirmant que son roman n'est pas un plaidoyer : l'auteur n'est pas un « auteur à thèse », car « la volonté de prouver détruit presque à tout coup l'œuvre d'art » ; le romancier doit « se borner à créer des êtres vivants » et laisser au philosophe le soin de conclure. Jean Barois n'est, dit-il, « un individu parmi tant d'autres », un Européen de la fin du XIXe siècle, et son livre apporte « la contribution d'un document biographique » à l'étude de l'homme (Montaigne étant son ami).

Excerpts

“« Le bon nageur est celui qui nage contre le courant. »”

“« Le besoin de croire à quelque chose, il est en nous comme le besoin de respirer. »”

“« La volonté de prouver détruit presque à tout coup l'œuvre d'art. »”