Diop, Cheikh Anta
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits très déformée, surtout les noms propres et les chiffres ; les passages incertains sont omis ou signalés)
Core ideas
Diop commence par poser que l'Afrique, présentée comme un continent n'ayant rien apporté, est au contraire à l'origine de la civilisation. Il rappelle qu'il y a une trentaine d'années il fallait un « grand courage intellectuel » pour dire que l'Afrique est le berceau de l'humanité, ce que la recherche préhistorique a depuis confirmé (le berceau d'abord placé en Asie pour des raisons liées à la tradition biblique) : six « spécimens » humains sont apparus en Afrique (trois premiers, australopithèques et homo habilis, restés sur place ; puis homo erectus, homo sapiens archaïque et homo sapiens sapiens, sortis par l'isthme de Suez et le détroit de Gibraltar). Pour lui, la race est une notion géographique : l'humanité d'origine, née sous la latitude du Kenya, était nécessairement pigmentée (écran de mélanine contre les rayons ultraviolets) donc « négroïde », et ce n'est qu'en s'adaptant à l'Europe pendant la dernière glaciation que l'homo sapiens sapiens se serait « blanchi », sur environ vingt mille ans (type de Cro-Magnon, puis type asiatique), les migrations ayant ensuite peuplé les Amériques par le détroit de Béring. Il soutient la thèse monogénétique de l'humanité, confirmée selon lui par l'absence d'homo erectus et d'australopithèques en Amérique, contre la thèse polycentrique qu'il juge « improbable » et sous-tendue par des préoccupations raciales ; il précise que ce récit ne doit pas servir à tirer un orgueil racial. Les premiers hommes sortis d'Afrique auraient emporté des industries lithiques (par exemple l'aurignacien), c'est-à-dire des techniques qui étaient « le sommet du progrès » à l'époque.
Dans la période historique, il affirme que l'Afrique (la vallée du Nil) a précédé le reste de l'humanité, l'Europe ayant été retardée par la glaciation : écriture dès la fin du IVe millénaire avant J.-C., calendrier sidéral fondé sur le lever héliaque de Sirius (autour de 4236 av. J.-C., cycle de 1460 ans), supériorité de l'astronomie égyptienne sur celle de la Mésopotamie (« astrologie » plutôt qu'astronomie) ; sciences et techniques en place dès l'Ancien Empire (mathématiques, géométrie, algèbre, trigonométrie, mécanique, plans inclinés pour construire les pyramides en 30 et 19 ans pour Khéops et une autre). Il s'appuie sur le papyrus de Moscou (volume d'un tronc de pyramide, surface d'une sphère ou demi-sphère, qu'il compare à des formules grecques ou mésopotamiennes) et un autre papyrus de mathématiques (nom déformé dans le transcript), sur la décomposition des fractions retrouvée par un ordinateur américain en 1967 (« la machine n'a pas battu le scribe d'il y a 4000 ans »), et sur la médecine égyptienne (spécialisations, papyrus de chirurgie, nom transcrit « mythe », première désignation du cerveau et de ses fonctions).
Il en déduit un schéma de transmission : l'Afrique transmet à l'Égypte, qui transmet à la Grèce, qui transmet à l'Occident. Selon lui, Thalès, Pythagore, Platon ou Archimède se sont formés en Égypte ou y sont allés s'initier, la Grèce étant « à l'état fruste » ; les Grecs n'auraient pas laissé d'écrits mathématiques attestés de Thalès ou de Pythagore. Il oppose l'État territorial égyptien, qui protégeait la science, à la cité grecque, dont il dit qu'elle réprimait les novateurs (Anaxagore, nom déformé dans le transcript, Socrate, Platon, Aristote) et qu'elle a été « la société la plus intolérante de l'antiquité » jusqu'à la laïcisation par la révolution populaire. Il se propose de mettre au point des acquis qui, faute de vulgarisation, restent peu connus.
Excerpts
“« Nous savons aujourd'hui que l'Afrique est bien le berceau de l'humanité. [...] Il y avait une trentaine d'années, il fallait même faire preuve d'un grand courage intellectuel pour avancer une telle pensée. »”
“« La race est une notion géographique. [...] C'est parce que l'homo sapiens sapiens est sorti de l'Afrique pour aller peupler l'Europe dans ces conditions très spécifiques qu'il s'est opéré une différenciation raciale. »”
“« On a l'habitude de dire que la mathématique égyptienne était une mathématique empirique et que seule la Grèce a fait la théorie : c'est absolument inexact. [...] La machine de 1967 n'a pas battu le scribe d'il y a 4000 ans. »”