Schwarzer, Julien
▶ Watch on YouTubeCoverage note: full (transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres et les passages d'extraits musicaux, dont les textes de chansons ne sont ni résumés ni cités)
Core ideas
L'émission présente « Rooftop » comme un album « à étages » : quatrième album de SCH, plus libre que le précédent, « JVLIVS » (titre transcrit « Julius » ou « Julio »), concept album porté par un personnage qui raconte une histoire. SCH explique que « Rooftop » n'a pas de personnage central, ce qui lui a permis d'explorer des sonorités plus ouvertes et aérées, et de construire un relief pour que l'album s'écoute du début à la fin, en « montagnes russes » d'émotions entre titres. Il ouvre volontiers ses disques par des morceaux de rap « classiques » (comme « Cervelle ») : c'est selon lui une « piqûre de rappel » de ses origines, pour lui et pour les autres rappeurs, entre camaraderie et compétition, dans un milieu où la fréquence de sortie est rapide et où il s'impose un rythme de trois ou quatre ans pour des projets construits. Il évoque l'auto-tune comme un champ de possibles pour sa voix, qui a un peu vieilli, et son plaisir de travailler seul dans le studio de chez lui, en réfléchissant, en écoutant des instrus qui le « choisissent », avec un processus aléatoire (environ cinq morceaux achevés pour deux cents débuts), sans tabous d'écriture, ce qu'il n'aurait pas pu faire avec du monde autour de lui il y a quelques années ; il refuse le « cliché de l'artiste en souffrance » en studio, qui doit rester un moment joyeux, comme le disait Bertrand Burgalat dans une archive de France Culture de 2018.
Il revient sur la tristesse et le tragique : « il n'y a rien de plus beau qu'une chanson triste », la pluie est un conducteur d'émotion, et il se dit pessimiste de base parce que « la fin va être tragique », avec des éclaircies, d'où une « écriture noire » où le thème du mal revient sans cesse. Il dit aimer l'idée que le public adore les « méchants » du cinéma (une scène du « Dark Knight » entre le Joker et Batman illustre pour lui l'ambiguïté du bien et du mal : on fait des choses bien pour certains, mal pour d'autres, et il se méfie de « ceux qui font appliquer la loi », parce que des hommes de loi peuvent aussi être des déviants). Pour lui, la « thug life », citée dans une archive de Tupac, est une manière de vivre, « un état d'esprit insoumis », et le gang, un modèle romanesque. Il dit que ses modèles marseillais comprennent aussi le crime et la pègre, et qu'il aurait voulu réaliser des films, ce qu'il compense par des textes très imagés (influence du hip-hop des années 1990).
Il aborde enfin la réception du rap : il pense que ce sont les textes qui ont fait la force du rap en France, qu'il faut garder la « frontalité du texte » sans nécessairement des dialogues crus, que beaucoup de gens ne distinguent pas la fiction du réel et jugent la personne plutôt que la musique, et il commente avec ironie et un peu de tristesse que des manifestants aient repris ses paroles contre la réforme des retraites : cela lui fait plaisir mais il préférerait un pays où personne n'a besoin de manifester ; il note que le rap est encore pour certains une sous-culture alors que « le peuple le scande », et il rêve qu'on l'étudie à l'université. Le nom de son label, Baron Rouge, vient de Manfred von Richthofen, qu'il présente comme un héros de guerre et un grand combattant avec un palmarès, et l'avion rouge de la pochette de l'album atterrit sur un rooftop ; il raconte qu'une correction malheureuse de la dernière phrase du livret (« on voit plus loin d'un rooftop » devenu « qu'un rooftop ») a été imprimée sur vingt-cinq ou trente mille CD, la phrase évoquant l'aspect contemplatif et l'horizon plus vaste que donne la hauteur.
Excerpts
“« Moi, j'ai vraiment vu ça comme mon album à étages. [...] Il faut du relief : ça monte, ça redescend, aussi dans les émotions, retranscrit sur l'instru. C'est bien de faire un petit peu les montagnes russes entre les morceaux. »”
“« Je suis convaincu qu'il n'y a rien de plus beau qu'une chanson triste. [...] Je trouve ça chouette, la pluie, pour ses conducteurs d'émotion. »”
“« Je suis pessimiste de base, parce que de toute manière la fin va être tragique. Certes, il y aura toujours des moments d'éclaircies dans ma vie, mais je sais où je vais au final. C'est peut-être ce qui me rend pessimiste. »”