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Mbembe, Achille

historien et philosophe camerounais, enseignant à l'université du Witwatersrand à Johannesburg et à Duke, auteur de « Politiques de l'inimitié » et d'« Écrire l'Afrique-Monde »

Achille Mbembe - Entretien sur le racisme et le panafricanisme

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (une émission d'environ une heure, dont l'entretien avec Mbembe occupe une trentaine de minutes, entrecoupé d'une revue de presse, d'une chronique d'Idée culture sur une sculpture de Maillol par Dominique Bona et d'une chronique de Jacky Durand sur le vigneron Jules Chauvet ; transcription automatique par endroits déformée, surtout les noms propres)

Core ideas

Algérie, Soudan et transformation des sociétés africaines. Interrogé sur le titre de « Libération » (« saison 2 des printemps arabes »), Mbembe refuse l'expression, mais voit dans les soulèvements algérien et soudanais la reprise en main par des peuples d'un destin confisqué pendant des années par des « potentats très âgés » (il cite Bouteflika), situation de blocage qui existe ailleurs sur le continent (le Cameroun, l'Afrique centrale, « où l'immobilisme est érigé en mode de gouvernement »). Il note un sentiment panafricain qui suit ces événements de très près (étudiants, activistes à Johannesburg), espère que d'autres suivront, et souligne que les femmes sont en première ligne, ce qui n'a rien d'étonnant : « il n'y a aucune révolution dans l'histoire africaine qui se soit faite sans les femmes », qui sont ensuite souvent « renvoyées à la cuisine ».

La France, le Rwanda et la présence en Afrique. À propos des vingt-cinq ans du génocide des Tutsi au Rwanda et du débat sur le rôle de la France (opposé à l'avis d'Hubert Védrine, qui conteste toute complicité), Mbembe estime que la France était présente au moment du dernier génocide du XXe siècle et « doit des explications au monde, à l'Afrique et à elle-même » ; il décrit sa présence actuelle (Cameroun, Mali, Tchad, soutien à des milices libyennes) et dit que la présence française en Afrique a historiquement reposé sur trois piliers : le militarisme, le mercantilisme et le paternalisme, qu'il faut « remettre à plat ». Les gestes symboliques (restitution d'objets, saison de l'Afrique, francophonie) ne suffisent pas : il faut s'attaquer au « foyer nucléaire » de cette présence. Il précise ne pas vouloir « chasser la France de l'Afrique » mais une présence responsable, qui reconnaisse ses effets bénéfiques comme ses errements, notamment l'appui à des régimes qui détruisent les conditions de vie et provoquent des réfugiés. Pour lui, le travail de vérité (par les historiens, mais pas seulement) est une condition d'un avenir partagé.

Racisme, « blackface » et le mot « race ». Interrogé sur l'expression « racisme d'État » (dossier des Inrocks, Assa Traoré), il dit ne pas aller jusque-là mais refuse de nier que beaucoup d'institutions reposent sur des discriminations raciales « plus ou moins systémiques » et que la culture est infiltrée par des schémas « nous et les autres ». Sur la polémique des « Suppliantes » d'Eschyle (représentation bloquée à la Sorbonne par des militants contre le maquillage sombre des comédiennes, tribune de personnalités comme Ariane Mnouchkine, Wajdi Mouawad, Barbara Cassin), il juge que ce n'est « pas un débat » mais un échange d'anathèmes (« c'est une dispute purement théologique ») et qu'il faut poser les bonnes questions : que signifie le blackface, que demande-t-on (censure, amnistie ?), quel est le statut du public dans l'acte de création. Il ironise sur la France qui a « trouvé la réponse » à la question de la « ligne de couleur » (W. E. B. Du Bois) en effaçant le mot « race » de sa Constitution, ce qui, dit-il, ne fait qu'ajouter à la confusion ; selon lui, le racisme est « notre futur », et la question du XXIe siècle est celle de la mobilité et des frontières. Il pense l'Europe comme une « promesse pour l'humanité » liée à la responsabilité d'un monde qui devient de plus en plus petit.

Choix culturels. Mbembe cite « My Life in the Bush of Ghosts » d'Amos Tutuola (roman « labyrinthe » où l'identité se compose au fil du chemin) comme œuvre marquante, avoue boire peu mais aimer les vins sud-africains du Cap, et choisit en musique un morceau de Richard Bona (plutôt que Salif Keita proposé par la production). Dans les chroniques, Dominique Bona parle de la sculpture « La Méditerranée » de Maillol, et Jacky Durand de Jules Chauvet, précurseur du vin « nature ».

Excerpts

“« Il n'y a aucune révolution dans l'histoire africaine qui se soit faite sans les femmes. »”

“« Nous ne voulons pas chasser la France de l'Afrique, mais nous voulons que sa présence soit une présence responsable. »”

“« Il faut sortir du régime de l'anathème. »”