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Echenoz, Jean

romancier, Éditions de Minuit ; auteur du « Méridien de Greenwich », de « Cherokee » (prix Médicis 1983

Jean Echenoz - Entretien (Masterclasses)

Artesquieu · Jun 9, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (un entretien d'environ quarante minutes ; transcription automatique par endroits déformée, surtout vers la fin ; les passages incertains sont omis)

Core ideas

Écrire « sans savoir quoi » : le roman policier comme porte d'entrée. Echenoz raconte l'envie d'écrire (verbe « intransitif ») bien avant de savoir quoi : dans les années 1970, la théorie et les avant-gardes occupaient le terrain et le roman lui paraissait en mauvais état ; il lisait beaucoup de romans policiers et a cru pouvoir écrire un polar de collection, avant de s'apercevoir que le projet ne cadrait pas avec les canons du genre (« je me suis trouvé en train de faire un truc qui ressemble à rien »), d'où le premier livre publié chez Minuit. Il revient aussi sur la réputation de Jérôme Lindon, qui refusait souvent le deuxième texte de ses auteurs (un « test »), et sur le petit livre qu'il lui a consacré. Il refuse l'idée d'un projet d'explorer tous les genres : Nous trois a fusionné deux projets abandonnés (un film catastrophe, un space opera), et ce n'est pas vraiment un roman fantastique.

Partir de deux choses, documenter, mais ne pas tout vérifier. Un roman, dit-il, « ne part jamais d'une unité mais plutôt de deux » : deux éléments sans rapport (un pays, un métier, un lieu, une branche scientifique) qui le séduisent d'autant plus qu'il n'en sait rien, et dont la rencontre crée un « petit moteur de fiction ». Pour Envoyé spécial, plusieurs éléments mûrissent : un projet abandonné sur le baron Empain, une histoire de doigt coupé (qui fait écho à un film, selon lui des frères Coen), une maison isolée en pleine campagne, la Corée du Nord comme « horreur anachronique » dont on sait à la fois tout et rien. Il ne va pas sur place si les récits de voyage suffisent (il n'est pas allé en Corée), mais pour d'autres livres il voyage (Inde du Sud, une ville péruvienne) ou travaille en bibliothèque (plusieurs mois dans une salle de microfilms pour Courir, chiffres incertains dans le transcript). Il prend des notes et des photos sans jamais les relire, cherche physiquement un immeuble parisien pour y loger un personnage (orientation au sud, dernier étage) parce que « tout ce qu'on écrit passe d'abord par une anticipation visuelle ». La première phrase de Ravel, située dans la salle de bains de Montfort-l'Amaury, a connu dix à quinze versions ; il avoue avoir changé les pieds de la baignoire.

Musique, cinéma, visuel et auditif. Il évoque deux chocs d'enfance (Le Sacre du printemps et l'œuvre pour piano de Ravel), la découverte de Thelonious Monk à l'adolescence (dissonances, déséquilibres), l'usage de la musique comme marqueur social de personnage (comme une marque de stylo), les chansons d'un compositeur dans Envoyé spécial (dont un titre, « Dents de sagesse », qu'il avoue avoir imaginé) et son fils musicien. Il ne peut écrire ni scène sans la voir ni phrase sans en entendre le bruit (« rythme, césures, syncopes »). Il a passé une longue période oisive au cinéma vers 25 ans, d'où l'importation de techniques (champ/contre-champ, travellings, plans rapprochés), cite Hitchcock, et dit avoir trouvé le cinéma incompatible avec son goût de la solitude (un scénario coécrit dans les années 1970, Le Rose et le Blanc d'après le transcript, ne l'a pas stimulé mais lui a servi de « petit tremplin » vers son premier roman).

Angoisse, répétition, éditeur. Le plus effrayant, dit-il, est qu'à chaque blocage on est persuadé que « ça ne marchera plus jamais », même après presque quarante ans ; chaque livre ressemble à un premier livre, avec la contrainte de ne pas refaire les précédents. Il croit qu'on écrit toujours « le même livre » à travers des « prête-noms » du livre imaginaire qu'on n'écrira jamais, évite de relire ses livres (honte ou satisfaction, deux sentiments pénibles) et a abandonné son système de fiches colorées au profit d'un plan « dans la tête ». Il ne parle pas de son travail à ses proches, travaille le matin, seul, et voit l'éditeur comme un interlocuteur sur le mot, la répétition, la phrase, dans un « biotope » (Minuit) où il se trouve bien. Il revient sur la difficulté de Ravel (vie réelle, ligne de crête entre le vrai et le vraisemblable, abandonné deux fois avant d'aboutir), sur le prix Goncourt (utile surtout comme liberté matérielle, alors qu'il avait demandé une bourse six mois avant) et sur la mystification de sa biographie, où il avait inventé des études de « génie civil » parce que cela lui paraissait avoir plus d'allure (il a bien commencé par de la sociologie).

Excerpts

“« Un roman, on ne part jamais d'unités, mais plutôt de deux. »”

“« Chaque fois que ça ne marche pas, ça ne marchera plus jamais. »”

“« Tous les livres qu'on peut écrire sont chacun des prête-noms du livre imaginaire qu'on voulait faire depuis toujours, qu'on n'écrira jamais. »”