Caillaux, Maud & Larchevêque, Éric
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Le débat oppose deux entrepreneurs de la finance sur l'avenir d'un système monétaire qui, depuis la fin de Bretton Woods en 1971, ne repose plus que sur la crédibilité des banques centrales. Maud Caillaux décrit la monnaie comme « le sang de l'économie ». Elle rappelle que 90 % de la monnaie est créée par les banques commerciales sous forme de crédit, et juge anachronique la « neutralité » monétaire : prêter à une entreprise polluante coûte aujourd'hui autant à une banque que financer la transition. Elle propose de flécher le crédit par la régulation, en modulant les ratios de fonds propres selon la taxonomie verte européenne, sur le modèle du New Deal ou du plan Marshall. Éric Larchevêque situe le problème dans la « préférence temporelle ». Une monnaie « basée sur rien », gonflée par la dette et grignotée par l'inflation, pousse à dépenser tout de suite et empêche une société de « construire des cathédrales ». Il plaide pour un retour à une monnaie « dure », l'or ou le bitcoin.
Sur l'inflation, Larchevêque l'attribue d'abord à la création monétaire, notamment au « quoi qu'il en coûte » du Covid, et juge les indices officiels sous-évalués. Caillaux ajoute les chocs de rareté, comme l'énergie après la guerre en Ukraine, et souligne que la relation entre masse monétaire et prix est loin d'être linéaire. Larchevêque explique pourquoi le bitcoin aurait de la valeur : un réseau infalsifiable depuis quinze ans et un plafond de 21 millions d'unités. Il présente sa société de trésorerie comme l'embryon d'une « banque centrale privée » appelée à émettre des instruments monétaires concurrents, comme la Banque d'Angleterre fondée par des détenteurs d'or. Il prédit un bitcoin au-delà du million dans cinq ans et demande ce que vaudra alors un euro. Il juge que le poste de Christine Lagarde « ne devrait pas exister » et le compare à la planification soviétique. Il défend, avec Hayek et Mises, une concurrence des monnaies arbitrée par le marché.
Caillaux juge au contraire qu'un tel dirigisme a fait ses preuves et que les limites planétaires constituent une circonstance exceptionnelle. Elle relève que la Chine, État dirigé, investit massivement dans la décarbonation. Ils se rejoignent sur un point : l'énergie bas carbone est aussi un enjeu économique et d'autonomie stratégique face au gaz russe et au pétrole américain, et seule l'économie, non la morale, fera avancer l'écologie. Interrogé sur la consommation du minage, comparable à celle d'un pays comme l'Argentine, Larchevêque défend la preuve de travail. Selon lui, les mineurs valorisent une énergie fatale et rentabilisent des barrages, et seule la thermodynamique garantit une décentralisation durable, la preuve d'enjeu étant plus centralisable. Caillaux estime que le bitcoin, très volatil, ne remplit pas encore la fonction de réserve stable, et qu'un pouvoir monétaire confié à des entreprises privées revient à « changer de maître ».
Le débat s'élargit ensuite à l'Europe et à la liberté. Larchevêque critique une Europe « technocratique » productrice de normes, préfère la décentralisation et l'idée d'une monnaie par pays. Caillaux défend l'euro comme levier de puissance, mais reconnaît l'excès de normes et réclame une harmonisation fiscale. Tous deux se méfient de l'euro numérique de la BCE. Larchevêque y voit un outil « dystopique » de contrôle des dépenses, comparable au yuan numérique et au crédit social chinois. Caillaux reconnaît le risque d'ingérence, tout en notant que les stablecoins autorisés par Trump renforcent la dette américaine. En conclusion, Larchevêque défend la responsabilité individuelle contre un État qui décide pour chacun, et Caillaux une liberté qui suppose une monnaie stable et un euro mis au service de l'autonomie énergétique européenne.
Excerpts
Maud Caillaux sur la neutralité monétaire :
“notre système monétaire est a priori neutre et que cette neutralité euh est complètement anachronique et que aujourd'hui ça coûte le même argent, la même rentabilité à une banque de prêter 100 € à une entreprise qui fait de la merde, qui pollue qui détruit à que prêter 100 € à une entreprise ou un projet qui va permettre la transition écologique [...] Et donc, je dirais que le plus gros problème aujourd'hui qu'on a sur notre système monétaire, c'est cette soi-disant neutralité qui n'a plus aucune raison d'être.”
Éric Larchevêque sur la préférence temporelle :
“le problème il est il se résul c'est celui de la préférence temporelle. C'està-dire qu'aujourd'hui on sacrifie le futur au profit du présent et tout est fait dans notre monnaie pour penser court terme. Aujourd'hui épargner sert pas à grand-chose parce que l'inflation va grignoter va détruire. [...] Aujourd'hui, on a une monnaie qui n'est plus ancrée, qui est basée sur rien et qui va favoriser le fait de dépenser tout de suite d' court terme et pas de tésoriser et pas de viser long terme.”
Éric Larchevêque sur l'euro numérique :
“c'est complètement dystopique. C'est-à-dire que là, c'est la là pour le coup, c'est la banque centrale qui va émettre elle-même sa propre monnaie [...] Et de le fait d'avoir une monnaie qui est entièrement contrôlée sur ces transactions va immanquablement aller vers un un contrôle de la société et une approche complètement dystopique euh comme on peut avoir en Chine”