Trinquand, Dominique & Collin, Jean-Marie
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Core ideas
Que fait l'arme nucléaire ? Le général Trinquand soutient que la bombe n'empêche pas la guerre mais « empêche la guerre entre les puissances qui détiennent l'arme nucléaire », que la Russie fait la guerre en Ukraine sous un parapluie nucléaire qui sanctuarise son territoire, et que depuis 1945 les États nucléaires se sont retenus ; il affirme que l'usage de la bombe a contribué à arrêter la guerre du Pacifique (ce que Collin qualifie de « mythe ») et admet qu'un monde sans armes nucléaires serait un « monde parfait ». Collin répond que la dissuasion « n'assure pas la paix » et engendre des guerres périphériques, repose sur la menace d'utiliser l'arme contre des populations civiles, contredit le droit humanitaire, et présente un risque réel d'accident ou de mauvaise interprétation (Palomares, Petrov en 1983, crise de Cuba) ; il estime que le rôle d'Hiroshima dans la capitulation japonaise est discuté par les historiens (autres bombardements, entrée de l'URSS en guerre).
Crédibilité, doctrine française et désarmement. Trinquand défend la crédibilité de la dissuasion : seules les attaques contre les intérêts vitaux (volontairement non définis) déclencheraient la riposte, le nucléaire ne dissuadant que du nucléaire, d'autres forces devant répondre aux menaces sous ce seuil (terrorisme, menaces hybrides) ; il juge périlleuses les armes tactiques et la « gradation », tandis que Collin rappelle la notion française d'« ultime avertissement ». Collin dénonce le non-respect de l'article VI du Traité de non-prolifération par les cinq États dotés (modernisation des arsenaux, budget français porté vers sept milliards, arsenal chinois qui approcherait les mille têtes), plaide pour des vérifications (bilatérales, AIEA, société civile) et rappelle que 115 États refusent l'arme ; Trinquand répond que la Russie et la Chine ne désarment pas, qu'il serait « suicidaire » que la France le fasse seule et que la modernisation est obligatoire pour rester crédible.
Morale et ordre mélien. Une question sur l'« ordre mélien » (Thucydide) oppose le monde des rapports de force à la naïveté supposée des désarmeurs ; Collin répond que l'ONU a été créée « pour éviter l'enfer », que plus de cent États basent leur sécurité autrement et que la France devrait au moins assister comme observatrice au Traité d'interdiction des armes nucléaires, ratifié par le Vatican en 2017. Trinquand, catholique, répond que l'Église est dans son rôle en réduisant la guerre, mais que « pour sauvegarder la sécurité des citoyens » il doit y avoir une dissuasion, qui est le non-emploi. Chacun conclut en maintenant sa position (le monde « parfait » sans arme nucléaire pour l'un, le refus que la France soit la première à désarmer pour l'autre) et en reconnaissant la difficulté de faire asseoir les puissances à la table.
Excerpts
“« l'arme nucléaire n'empêche pas la guerre elle empêche la guerre entre les puissances qui détiennent l'arme nucléaire »”
“« la dissuasion n'assure pas la paix engendre même la guerre des conflits périphériques »”
“« un monde parfait serait un monde sans armes nucléaire »”