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Buéno, Antoine & Hamant, Olivier

Buéno, Antoine: essayiste, conseiller au Sénat chargé de la commission du développement durable et de la délégation à la prospective, auteur de L'effondrement du monde n'aura probablement pas lieu et de Faut-il une dictature verte ?

Hamant, Olivier: chercheur en biologie et biophysique, directeur de l'Institut Michel Serres, coauteur de L'entreprise robuste

Le débat est animé par un intervieweur non nommé dans la transcription.

La science va-t-elle nous sauver ? avec Antoine Buéno et Olivier Hamant

Collège des Bernardins · Sep 23, 2025

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Core ideas

Antoine Buéno rappelle d'abord que la science a besoin d'autonomie, mais admet que la société peut orienter la recherche. La transition environnementale en aura un besoin « colossal » : stockage de l'électricité, nucléaire de quatrième génération, captage du carbone, nouvelles variétés (OGM et NBT) et robotique pour l'agroécologie, écoconception et recyclage pour l'économie circulaire. Olivier Hamant distingue la recherche, science en construction faite de doute, du fait scientifique établi, qui pacifie le débat. Il défend la recherche participative, où citoyens et scientifiques formulent ensemble les questions plutôt que les réponses. Il cite la Convention citoyenne pour le climat et estime qu'avant de choisir un mix énergétique il faut se demander de combien d'énergie un pays a besoin, y compris en « mode dégradé ».

Hamant expose son concept de robustesse. Tous les rapports scientifiques (GIEC, IPBES, OCDE, Davos) annoncent un monde de plus en plus fluctuant : on quitte « le monde de la moyenne » pour celui de l'« écart-type », pour deux ou trois siècles. Les êtres vivants, qui vivent depuis des millions d'années dans les fluctuations, sont robustes, c'est-à-dire stables et viables malgré elles, précisément parce qu'ils ne sont pas performants. Ils sont redondants, hétérogènes, gaspilleurs et circulaires, comme l'arbre qui perd ses feuilles, la lionne qui rate 95 % de ses chasses ou le corps qui vit à 37 °C et ne passe qu'en « mode performant » lors des fièvres. Les sociétés modernes ont fait l'inverse : le « culte de la performance » produit un « burn-out » généralisé, et la transition est donc d'abord culturelle. Hamant préfère la robustesse à la résilience, terme qu'il juge ambigu et « désastrodépendant ». La robustesse n'est pas une trajectoire mais un espace de viabilité.

Buéno conteste l'observation (le cerveau est très efficient), l'extrapolation et surtout le passage du naturalisme à la politique, qui selon lui « a toujours donné des catastrophes ». Il refuse surtout l'idée que « ça craque de toutes parts ». Il cite l'espérance de vie record, y compris en Afrique, le recul de l'extrême pauvreté et de la violence, et l'extraordinaire résilience du système après 2008 et le Covid : « un âge d'or ». Hamant réplique par des exemples de suroptimisation fragile : le canal de Suez, la pénurie de moutarde de 2022, la panne CrowdStrike, la baisse de l'espérance de vie en bonne santé aux États-Unis depuis 2012, un Covid aggravé par l'aviation, les comorbidités et les lits supprimés, des terres agricoles américaines polluées aux PFAS. Pour Buéno, ce sont des contre-performances, et la transition exigera justement une performance redéfinie en internalisant les coûts environnementaux. Le désaccord devient en partie sémantique, mais Hamant tient au mot « robustesse » pour obliger à « dérailler ».

Sur les OGM, Buéno refuse toute limite a priori au progrès, n'admettant que des limites a posteriori (ne pas utiliser la bombe). Il rend hommage à Norman Borlaug et au procédé Haber-Bosch, dont dépend la moitié de l'humanité. Hamant juge le problème non dans l'OGM mais dans l'usage : une plante très performante pousse à la monoculture, et le palmier à huile illustre l'effet rebond de Jevons. Il plaide pour des mélanges variétaux au rendement stable plutôt que maximal. Il va jusqu'à souhaiter l'échec du projet ITER : une énergie abondante, selon une logique proche de la « part maudite » de Bataille, se dissipe en guerre. Buéno rejette ce déterminisme et invoque Pinker. Ils s'accordent pourtant sur la nécessité pour les scientifiques de sortir des laboratoires, sans gouverner. Ils jugent que les récits d'anticipation, de Black Mirror à Don't Look Up, parlent surtout du présent, et qu'il faut inventer des fictions désirables. Ils divergent enfin sur le monde qui vient. Hamant le voit plus joyeux, fait d'agroécologie et d'une « abondance d'interactions », nourri des pays du Sud. Buéno défend une croissance verdie et note que la jeunesse mondiale aspire surtout au modèle occidental.

Excerpts

Olivier Hamant sur le paradoxe de la robustesse du vivant :

“Comment font les êtres vivants pour être robustes ? C'est là où c'est extraordinaire. Les êtres vivants sont robustes parce qu'ils ne sont pas performants. Ils ne sont pas efficaces, ils ne sont pas efficients. [...] Et donc nous euh société humaine là du du 21e siècle ce qui est remarquable c'est que nous faisons l'inverse. Nous sommes performants avant d'être robuste. Et donc c'est pour ça que dans nos systèmes suroptimisés ça craque de tous les côtés.”

Antoine Buéno sur l'état du monde vu sur le temps long :

“Euh vous vous rendez compte du monde hallucinant et extraordinaire dans lequel on vit. [...] Là pour le coup, je le verrai à 99 % plein quand même hein. Euh l'espérance de vie de l'humanité euh n'a jamais été aussi haute. Euh on a gagné en deux siècles des décennies d'espérance de vie moyenne. [...] La part de la population mondiale dans l'extrême pauvreté est passée d'un chiffre effrayant à 10 % de la population mondiale aujourd'hui. Ça ça ne s'est jamais produit.”

Olivier Hamant sur le monde de la robustesse :

“le monde qu'on quitte, c'est le monde de l'autoroute. Le monde de l'autoroute, c'est on est tout seul dans sa voiture et le but, c'est d'arriver le plus vite à destination. C'est d'une tristesse incroyable. Alors que euh le monde de la robustesse, c'est euh beaucoup plus arborcent. Il y a plus de chemins, euh plus de plan B. Euh voilà, on peut faire plein de choses, on rencontre plein de monde sur la route et on est par contre on n'est pas sûr d'arriver à destination”