MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Collège des Bernardins/Meyer, Charlotte & Rey, Olivier

Meyer, Charlotte & Rey, Olivier

Meyer, Charlotte: journaliste et essayiste, directrice de la revue Combat, autrice des Enfants de l'apocalypse. Faire des mômes n'empêche pas d'être écolo

Rey, Olivier: philosophe, mathématicien et romancier, auteur d'un tract Gallimard sur la dénatalité et d'Une question de taille

Le débat est animé par un intervieweur non nommé dans la transcription.

Pourquoi fait-on si peu d'enfants ? avec Charlotte Meyer et Olivier Rey

Collège des Bernardins · May 21, 2026

▶ Watch on YouTube

Core ideas

Le débat part d'un constat : en 2025, pour la première fois depuis 1945, la France a compté plus de décès que de naissances. Charlotte Meyer raconte qu'elle avait renoncé à la maternité par peur du monde à venir. Enceinte par accident, elle avait pris rendez-vous pour une IVG avant de garder l'enfant, sa fille Octavia, née en 2022. Olivier Rey dit avoir eu deux enfants « comme la rose, sans pourquoi ». Il rappelle l'analyse de Marcel Gauchet dans « L'enfant du désir » : un désir inconscient d'enfant entre en conflit avec des décisions conscientes, ce qui expliquerait la persistance d'un nombre élevé d'avortements malgré une contraception efficace. Meyer énumère les freins matériels : le logement (25 m² de moins dans les grandes villes, l'équivalent de deux chambres d'enfant), le manque de places en crèche, le poids de la garde sur les femmes. Elle insiste toutefois sur la question plus profonde du monde dans lequel naîtrait l'enfant.

Rey juge le raisonnement financier révélateur d'une inversion. Selon Hegel, une fois les besoins élémentaires satisfaits, le désir humain est désir de reconnaissance. Celle-ci passait autrefois par le mariage et la famille, elle passe aujourd'hui par le statut socio-économique, ce qui fait des enfants des « boulets ». Il cite Péguy sur une époque où l'on ne gagnait rien mais où l'on élevait des enfants « sans compter ». Il ajoute que l'enfant « du désir » fragilise l'autorité parentale dans une société horizontale, au sens de Tocqueville. Meyer décrit les injonctions contradictoires : wagons et lieux « no kids », éducation positive, violences éducatives ordinaires, conseils confus des réseaux sociaux. Sur la baisse de la sexualité, Rey inverse la corrélation. En séparant sexualité et procréation, la libération des années 1960-1970 aurait fini par réduire la sexualité à un divertissement parmi d'autres, en concurrence avec Netflix ou la pornographie. Il cite Houellebecq.

Sur l'éco-anxiété, Meyer reprend une phrase de son livre : un avortement subi par peur de l'avenir ou pour ne pas alourdir son bilan carbone est-il encore un choix libre ? Elle cite des femmes qui se font ligaturer les trompes contre leur désir. Elle comprend celles et ceux qui renoncent, saturés d'informations anxiogènes (un enfant né dans les années 2020 connaîtra sept fois plus de vagues de chaleur qu'un enfant né en 1960). Rey répond que l'incertitude a toujours été la condition humaine. Ce n'est que la promesse moderne de maîtrise du monde, aujourd'hui démentie, qui transforme l'incertitude en panique morale. Il juge « perverse » l'idée qu'on ne pourrait faire des enfants qu'en garantissant leur bonheur, puisqu'un être libre ne peut se voir promettre le bonheur. Un monde plus dur pourrait même mieux exprimer nos facultés naturelles, comme dans La Route de Cormac McCarthy. Pour Meyer, l'enfant incarne le temps long, que nos politiques ignorent. Elle cite Hannah Arendt et la ville « à hauteur d'enfant » de Francesco Tonucci.

Rey distingue décroissance démographique modérée et effondrement, une « euthanasie populationnelle » comme en Corée du Sud (0,7 enfant par femme). Il voit dans la dissolution des communautés de vie, villages et familles élargies, une cause majeure : un couple isolé en métropole vit l'arrivée d'un enfant comme un bouleversement total. Meyer reprend le proverbe « il faut tout un village pour élever un enfant ». Elle refuse l'expression « réarmement démographique », qu'elle juge injonctive et contre-productive, et rappelle que les injonctions visent toujours les femmes. Sur l'infertilité, elle met en avant les causes environnementales (endométriose, SOPK, particules fines). Rey insiste sur les perturbateurs endocriniens, mais aussi sur des blocages psychiques nourris par une éducation sexuelle centrée sur la contraception et par l'image d'une grossesse « maladie », proche de l'imaginaire d'Alien. Meyer raconte au contraire comment la vue d'une femme enceinte l'a aidée à sortir de l'anorexie. Comme pistes, Meyer propose des lois qui protègent la santé environnementale des enfants. Rey propose le congé parental, une reconnaissance sociale du rôle de parent et des lieux d'accueil ouverts aux parents. Il conclut avec Péguy : les pères et mères de famille sont les « derniers grands aventuriers modernes ».

Excerpts

Olivier Rey sur l'incertitude comme condition humaine :

“si nos aïeux s'était poser la question du monde tel qu'il serait de des assurances qu'il pourraient avoir de la bienveillance de ce monde pour les enfants qu'il mettaient au monde, nous serions pas là aujourd'hui pour pour en parler. En fait, ce qui s'est produit avec assez récemment à l'échelle historique avec l'avènement de la modernité, c'est que a grandi l'idée que avec les progrès de la science, de la technique [...] nous allions sortir d'un monde d'incertitude pour rentrer dans un monde d'ù dont nous maîtriserions la marche.”

Charlotte Meyer sur l'avortement dicté par la peur de l'avenir :

“c'est quand même fou qu'on ait inventé ou qu'on est en tout cas qu'on ait légalisé l'avortement pour les femmes qui ne voulaient pas avoir d'enfant ou qui ne le pouvaient pas pour des raisons qui leur étaient propre et que moi je me retrouve dans cette situation où financièrement je le peux, où je le veux mais où je ne le fais pas parce que je n'arrive pas à m'imaginer dans un monde où je pourrais élever cet enfant-là.”

Olivier Rey sur la disparition des communautés de vie :

“quand vous avez un enfant qui arrive au sein dans un tel cadre communautaire, cette arrivée est très aisément digéré par la communauté. Ça n'est que une personne supplémentaire à l'intérieur de la communauté. Et la responsabilité des parents, elle est évidemment très grande, mais elle est quand même aussi partagée avec beaucoup de monde autour. Alors que aujourd'hui quand vous prenez un couple qui vit dans une grande métropole qui est isolé dans son appartement, l'arrivée d'un enfant est un véritable bouleversement.”