Testart, Jacques
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Testart affirme d'emblée que la France n'est pas en démocratie, le pouvoir exécutif contournant selon lui l'Assemblée (usage du 49.3) sans pour autant constituer une dictature, et plaide pour un dépassement du système représentatif classique — jugé inadapté à la fois par la taille des populations modernes et par la complexité technoscientifique que les élus, selon lui, ne maîtrisent pas. Il défend le mandat révocable comme réforme minimale, se montre réservé sur le tirage au sort intégral des élus (jugeant que le pouvoir corromprait de la même façon) et soutient le référendum d'initiative citoyenne à condition qu'il soit précédé d'une convention citoyenne informative.
Il détaille la méthode des conventions citoyennes qu'il a contribué à développer en France via l'association Sciences Citoyennes (fondée en 2002), inspirée des conférences de consensus danoises de 1990 : un petit groupe de citoyens tirés au sort (15-20 personnes selon lui, contre les groupes plus larges et coûteux privilégiés par les conventions macroniennes), purgé des personnes ayant un intérêt professionnel direct au sujet, formé selon un programme réellement contradictoire élaboré par un comité de pilotage composé d'experts en désaccord entre eux. Il critique vivement les conventions citoyennes organisées sous Macron (climat, fin de vie) pour leur absence de programme de formation rigoureux et de comité de pilotage structuré, les jugeant davantage conçues pour être « déformées » et récupérées politiquement que pour produire un avis réellement fiable, tout en reconnaissant leur mérite d'avoir démontré publiquement la capacité des citoyens ordinaires à s'emparer de sujets complexes.
Il introduit le concept personnel d'« humanitude », qu'il définit comme une qualité collective (intelligence collective doublée d'empathie envers les plus démunis et les générations futures) observée selon lui systématiquement dans les conventions citoyennes bien menées, et regrette l'absence d'études scientifiques rigoureuses documentant ce phénomène. Il développe une critique du néolibéralisme comme système rendant les individus « serviles et corvéables », citant la répression croissante des mouvements sociaux (Gilets jaunes, retraites) et l'acquisition de véhicules blindés par la gendarmerie comme signes d'une anticipation gouvernementale de futures contestations.
Il consacre une large partie de l'entretien à une critique de l'eugénisme contemporain, qu'il distingue soigneusement de la médecine réparatrice légitime (dont il défend la fécondation in vitro classique, technique qu'il a contribué à développer en France) : il dénonce le tri d'embryons en laboratoire sur la base de facteurs de risque génétiques plutôt que de maladies avérées, jugeant cette pratique irréversible et scientifiquement hasardeuse (un gène « à risque » pouvant protéger contre une autre pathologie), et critique le Comité national d'éthique pour avoir proscrit l'usage même du mot « eugénisme » plutôt que d'en examiner les pratiques sous-jacentes. Il retrace la généalogie de l'eugénisme comme une invention britannique du XIXe siècle (beau-frère de Darwin) bien antérieure et plus répandue que sous le nazisme, et critique le discours transhumaniste de Laurent Alexandre comme relevant d'une idéologie compétitive plutôt que scientifique (le risque « d'être dépassé par les Chinois »), tout en distinguant ce transhumanisme « d'augmentation » (dangereux à ses yeux) de la médecine réparatrice authentique.
Il développe enfin une critique systémique du monde académique, affirmant que la recherche n'est pas libre depuis la création des grands instituts d'après-guerre (INRA, CNRS), les chercheurs étant en pratique contraints de choisir parmi des thématiques déjà orientées vers la rentabilité commerciale — illustrant ce constat par sa propre expérience de recherche sur la fertilité bovine, abandonnée après avoir réalisé son inutilité sociale. Il dénonce une fraude scientifique devenue selon lui quasi systémique (manipulation de tests statistiques pour valoriser des publications dans un système de notation par citations), la domination de l'industrie pharmaceutique sur la recherche médicale, et qualifie le lobbying de « crime contre l'intérêt commun », proposant son interdiction pure et simple et dénonçant l'assimilation problématique entre lobbyistes industriels et associations sans but lucratif dans les registres de transparence.
Excerpts
Sur la méthode rigoureuse des conventions citoyennes contre leur version macronienne :
“« On pense qu'ils doivent recevoir non pas la vérité par les experts, mais les vérités d'experts qui ont des opinions différentes [...] il faut que les citoyens qui vont être tirés au sort reçoivent des informations variées [...] tout doit être préprogrammé de façon très très nette. »”
Sur le tri des embryons et ses conséquences pour l'espèce :
“« On peut prendre le meilleur, entre guillemets, des embryons et transférer celui-là [...] à partir du moment où on fait ça à toutes les générations, où la fécondation in vitro [...] on peut penser que ça va avoir un effet sur l'espèce elle-même [...] on joue avec l'espèce comme si c'était un objet. »”
Sur le lobbying qualifié de crime contre l'intérêt commun :
“« Il faut reconnaître que le lobby est criminel, il est criminel parce que s'il a besoin de faire sa propagande sur son produit c'est que ce n'est pas si clair, sinon le produit il marcherait tout seul [...] il faut assimiler le lobbyisme à un crime contre l'intérêt commun. »”