Zaki, Myret
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Zaki définit la désinformation économique comme l'ensemble des stratégies consistant à dire une partie seulement de la vérité statistique — exagérer certains chiffres flatteurs, sous-estimer d'autres, mettre en avant des publications préliminaires plus favorables que les révisions ultérieures — une pratique qu'elle documente comme répandue dans les économies développées et non propre aux pays émergents. Elle détaille les biais méthodologiques du calcul de l'inflation : pondération insuffisante de l'immobilier et de l'énergie dans le panier de consommation, traitement biaisé des améliorations de produits comme s'il s'agissait de désinflation, principe de substitution qui masque la hausse réelle des prix d'un bien donné — des méthodes qui, selon elle, aboutissent à des taux officiels environ deux fois inférieurs à ce que donneraient les anciennes méthodes de calcul. Elle souligne le conflit d'intérêt structurel des États, qui doivent à la fois présenter une dette de bonne qualité aux investisseurs internationaux et refléter honnêtement une inflation qui impliquerait d'ajuster salaires et prestations sociales, citant l'intervention documentée de banquiers (BNP Paribas) et de responsables politiques dans le choix des méthodes de calcul.
Elle développe longuement l'angle mort majeur des indices d'inflation officiels — l'exclusion de la hausse des prix des actifs (immobilier, actions) du calcul du coût de la vie réel, alors que l'immobilier parisien aurait été multiplié par quatre depuis les années 1970 — ce qui crée selon elle une fracture de pouvoir d'achat invisible entre ceux qui détiennent des actifs financiers (compensés par la hausse artificielle de la Bourse alimentée par les politiques monétaires des banques centrales) et les simples salariés qui ne la compensent pas. Elle relie l'explosion de la masse monétaire française depuis 2015 (dette publique rachetée par la BCE) à la dévaluation structurelle des monnaies du G7 mesurée en once d'or (environ -70 % pour l'euro et le dollar depuis 2006), se positionnant du côté de l'école autrichienne sur le lien entre création monétaire et inflation, tout en nuançant que le prix de l'or lui-même a fait l'objet de manipulations documentées par la justice.
Elle documente plusieurs autres indicateurs jugés trompeurs : la minimisation systématique du taux de pauvreté (15-20 % réel contre moins de 10 % affiché en Europe selon les méthodes des organisations internationales), la mise en retrait des risques financiers dans les rapports internationaux sur la « finance de l'ombre » (rebaptisée « finance basée sur le marché » sous l'influence du secteur bancaire dans la rédaction du rapport) alors que la dette privée non régulée post-2008 atteindrait environ 80 000 milliards de dollars, et surtout l'écart massif entre le taux de chômage officiel français (7,5 %, catégorie A) et des mesures plus larges incluant le halo du chômage et le sous-emploi (jusqu'à 20 % de la population active privée), un décalage qu'elle illustre par sa propre expérience de vérification des chiffres pour l'émission. Elle relie ces choix statistiques à la montée des inégalités depuis 1980 — salaires des 90 % les plus modestes n'ayant augmenté que d'environ 30 % en quarante ans contre une multiplication par cinq des revenus des plus riches, largement due à la financiarisation des rémunérations dirigeantes — et cite le cas du taux d'imposition effectif des 400 familles les plus riches américaines devenu inférieur à celui des 50 % les plus pauvres.
Elle étend son analyse à la « désinformation par le marketing » des entreprises : opacification croissante des rapports annuels (comparaison entre un rapport associatif d'il y a un siècle, lisible en quelques lignes, et les rapports actuels de centaines de pages noyant l'information essentielle sous la communication RSE), absence documentée d'informations sur les risques financiers majeurs dans des rapports comme celui de Goldman Sachs, et capture de l'agenda médiatique par les intérêts des plus fortunés via le financement de recherche universitaire, la philanthropie et la publicité — citant l'ancien rédacteur en chef du Guardian sur ce phénomène. Elle développe une critique des médias eux-mêmes, structurellement attirés vers les sujets qui intéressent les annonceurs (suppléments luxe) plutôt que les préoccupations du plus grand nombre, et vers la complaisance envers les pouvoirs en place — illustrée par le contraste entre la critique du Qatar sur les droits humains lors de la Coupe du monde et le silence sur le rôle de la France dans son organisation ou dans la vente d'armes au pays — et affirme préférer voir le journalisme jouer un rôle de rempart critique face à la communication institutionnelle plutôt que de la relayer telle quelle, tout en distinguant précisément l'information (qui sert l'intérêt général) de la propagande, de la publicité et du militantisme (qui servent un intérêt particulier).
Elle conclut en recommandant, pour se prémunir de cette désinformation venue d'en haut, de croiser les rapports d'ONG spécialisées (Tax Justice Network, Corporate Europe Observatory) et de confronter délibérément plusieurs sources internationales, y compris des médias étrangers dont le point de vue diffère du narratif occidental dominant, et alerte sur les recherches menées par l'OTAN avec des universités américaines sur la « guerre cognitive » — la manipulation de l'opinion via les réseaux sociaux et les neurosciences — comme enjeu géopolitique majeur du futur.
Excerpts
Sur l'angle mort de l'immobilier et de la Bourse dans le calcul de l'inflation :
“« Un indice d'inflation doit être un indice de coût de la vie [...] les prix de l'immobilier ont augmenté, les jeunes couples aujourd'hui n'ont plus du tout la même opportunité d'accéder à l'immobilier que les générations passées, et tout ça n'est pas reflété dans l'inflation. »”
Sur l'écart entre le chômage officiel et sa mesure élargie :
“« Le chiffre du chômage en France, il est vraiment de 11 %, enfin 17 % maintenant au sens large, et non pas le 7 et demi qu'on nous chante dans les médias [...] c'est presque un actif sur quatre du privé qui est au chômage ou en très mauvaise situation d'emploi. »”
Sur la distinction entre information et propagande, et la capture des médias par les intérêts privés :
“« L'information, c'est autre chose, tu la diffuses pour défendre l'intérêt général [...] quand tu possèdes un média, il ne va pas enquêter sur toi [...] il y a une phrase célèbre de Xavier Niel qui a dit : un poisson, quand un média m'emmerde, bon, j'achète une participation au capital et puis il me laisse tranquille. »”