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Delorme, Olivier

historien et romancier, spécialiste de la Grèce et des Balkans, auteur de 30 bonnes raisons de sortir de l'Europe

EN FINIR AVEC L’UNION EUROPÉENNE, CETTE OLIGARCHIE QUI NOUS MÈNE À LA RUINE - Olivier Delorme

Elucid · Nov 19, 2022

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Core ideas

Delorme part d'un parallèle qu'il juge éclairant entre l'actualité (le remplacement forcé du gaz russe par le gaz de schiste américain, plus cher et plus polluant) et la création de la Communauté européenne du charbon et de l'acier (CECA) en 1951, dont l'une des premières décisions fut de cesser d'acheter le charbon polonais, bon marché et de qualité, au profit du charbon américain, subventionné et de moindre qualité. Il en tire une thèse centrale : contrairement au récit d'une Europe pacificatrice née de la volonté des peuples, les premières institutions européennes (CECA, projet avorté de Communauté européenne de défense, puis Communauté économique européenne) sont des constructions de guerre froide voulues par les États-Unis pour organiser une « communauté atlantique » intégrée économiquement et militairement, avec un objectif de pénétration commerciale d'un marché européen unifié plus facile à percer que des marchés nationaux protégés. Il illustre cette influence américaine par la nomination, comme premier ambassadeur auprès de Jean Monnet à la CECA, de l'ancien chef de l'OSS (ancêtre de la CIA) en Europe, et rappelle que Monnet, bien que détenteur de la nationalité française, a selon lui servi directement les intérêts américains dès les années 1930 et jusqu'à Alger en 1942, préférant Giraud à de Gaulle.

Il retrace ensuite les biographies de plusieurs « pères fondateurs » pour en donner une lecture radicalement différente du récit scolaire : Robert Schuman, admirateur de Franco dès 1936, proche des maîtres de forge lorrains et du clergé catholique conservateur, membre du premier gouvernement Pétain avant d'être frappé d'indignité nationale puis réhabilité ; Adenauer, conservateur chrétien lié au patronat, qui recycle dans la nouvelle construction européenne d'anciens proches du régime nazi tout en interdisant le parti communiste ; Paul-Henri Spaak, secrétaire général de l'OTAN puis administrateur d'ITT au moment du coup d'État de Pinochet. Il souligne que l'idée européenne n'était pas propre aux résistants mais était également très présente dans les milieux collaborationnistes, citant un discours de Pierre Laval de 1942 appelant explicitement à une « Europe nouvelle » unie contre le bolchevisme — sans assimiler pour autant tous les européistes à des collaborateurs, mais pour montrer que « l'Europe » comme « la nation » peuvent être, selon le contexte historique, le meilleur ou le pire, et que toutes les violences de l'Occupation ont été commises au nom de l'Europe, non de la nation. Il précise à cet égard que le nazisme relève selon lui d'un racialisme et non d'un nationalisme, la hiérarchie raciale primant sur la supériorité nationale allemande.

Delorme développe une critique structurelle de la prise de décision à 27 : toute réaction à un événement international nécessite une négociation entre des pays aux histoires, intérêts et visions du monde différents, aboutissant nécessairement au plus petit dénominateur commun, ce qui prive selon lui la France de toute parole diplomatique originale, noyée dans un conglomérat sans position propre. Il retourne ainsi l'argument classique du « plus grand pour peser davantage », jugeant qu'aucun accord substantiel n'a jamais résulté de cette union à 27, hormis dans des projets de coopération volontaire entre États souverains (Agence spatiale européenne, Airbus) qu'il distingue nettement de l'intégration institutionnelle. Il insiste sur l'absence de peuple européen — condition selon lui nécessaire à toute démocratie, qui suppose un héritage, une représentation du monde et des intérêts communs — pour qualifier le projet d'« Union européenne » d'escroquerie intellectuelle et de résurrection d'une logique impériale, comparable structurellement aux logiques d'empire ayant conduit à la Première Guerre mondiale.

Il consacre une large part de l'entretien à l'analogie avec l'oligarchie décrite par Hérodote — le régime de « ceux qui savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux » — qu'il applique à l'Union européenne à travers l'exemple du référendum de Maastricht et plus généralement de tout référendum rejeté (France et Pays-Bas 2005, Grèce 2015), toujours suivis d'un maintien de facto de la politique refusée. Il analyse le terme « réforme » comme un habillage rhétorique recouvrant la démolition progressive des services publics et de l'État social construit en 1945, un agenda selon lui inacceptable politiquement s'il n'était pas présenté comme une exigence européenne inévitable, citant les « grandes orientations de politiques économiques » (GOPE) bisannuelles élaborées à Bruxelles sans contrôle démocratique, ainsi que le traitement infligé à la Grèce et à Chypre pour non-conformité budgétaire. Il illustre la porosité entre institutions européennes et intérêts privés par le cas de l'ancienne commissaire européenne à la concurrence Neelie Kroes, entrée au conseil d'administration d'Uber six mois après avoir quitté ses fonctions, ainsi que par la proximité sociale et scolaire entre lobbyistes et fonctionnaires européens à Bruxelles.

La dernière partie de l'entretien porte sur les guerres yougoslaves, présentées comme la preuve que l'Europe n'a pas empêché mais accéléré les conflits liés à l'effondrement de l'ordre né de la guerre froide : Delorme attribue le déclenchement du conflit à la reconnaissance prématurée par l'Allemagne de l'indépendance slovène et croate contre l'avis du Conseil européen, et développe longuement le cas du Kosovo — la province, historiquement liée à la Serbie, aurait connu des politiques discriminatoires mais non génocidaires sous Milošević ; la conférence de Rambouillet aurait été torpillée par Madeleine Albright avec des exigences délibérément inacceptables pour les Serbes ; l'incident de Racak aurait été présenté comme un massacre civil alors qu'il s'agissait, selon lui, de combattants tués et rhabillés en civils. Il détaille le parcours de Hashim Thaçi, présenté par Joe Biden en 2010 comme le « George Washington du Kosovo » avant d'être visé par un rapport du Conseil de l'Europe (Dick Marty) l'accusant de trafic d'organes, puis inculpé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité par la Cour pénale internationale — un parcours que Delorme utilise pour dénoncer l'hypocrisie du discours occidental sur les « valeurs européennes », soulignant que la France l'a néanmoins reçu et honoré publiquement à plusieurs reprises. Il conclut sur la comparaison entre le référendum français de 2005, selon lui « trahi » par Nicolas Sarkozy, et le référendum grec de 2015, « trahi » par Alexis Tsipras, comme marquant un basculement où, à ses yeux, la démocratie — définie comme souveraineté populaire non partageable ni délégable — a cessé d'exister en Europe.

Excerpts

Sur la nature réelle du projet européen selon lui, dès son ouverture :

“« C'est exactement la répétition de ce qui s'est passé avec la Communauté européenne du charbon et de l'acier [...] toutes les violences n'ont pas été faites au nom de la nation, elles ont été faites au nom de l'Europe [...] l'oligarchie c'est le régime des meilleurs qui savent mieux que les peuples ce qui est bon pour eux, et ben l'Union européenne c'est exactement ça : si vous voulez changer de politique, on vous écrase. »”

Sur le mécanisme rhétorique consistant à invoquer l'Europe pour faire accepter des réformes impopulaires :

“« On fait passer au nom de l'Europe des réformes [...] la destruction progressive des services publics et de l'État social construit en 1945 [...] cet agenda-là, on n'aurait jamais pu le faire passer si on n'avait pas dit : c'est l'Europe qui [le demande] [...] l'Europe c'est à la fois le moteur et le paravent. »”

Sur le décalage entre le discours des « valeurs européennes » et le traitement réservé à Hashim Thaçi :

“« On a mis au pouvoir Luchéka [l'UÇK], qui est une organisation clanique mafieuse qui contrôle tous les trafics de la région [...] puis on leur a donné l'indépendance [...] Macron, quand il reçoit Thaçi à l'Élysée à plusieurs reprises, ne peut pas ignorer les soupçons qui pèsent sur ce type [...] si tu veux me parler après de valeurs européennes, je dis : vous vous fichez de notre figure. »”