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Endeweld, Marc

journaliste d'investigation, auteur de L'Ambigu Monsieur Macron, Le Grand Manipulateur et L'Emprise, la France sous influence, fondateur d'une newsletter sur Substack

CHAOS ET MANIPULATION : MACRON et ses RÉSEAUX ont mis la France sous EMPRISE - Marc Endeweld

Elucid · Oct 18, 2025

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Core ideas

Endeweld analyse la crise gouvernementale ayant vu la nomination éphémère de Sébastien Lecornu comme une manœuvre où Macron, qui aurait initialement souhaité rappeler Jean Castex, a placé son Premier ministre en situation d'échec programmé avant de se retrouver isolé face aux caméras. Il développe sa thèse centrale selon laquelle Macron « joue le chaos » depuis plusieurs mois comme stratégie de banquier d'affaires pour gagner du temps et se maintenir au pouvoir, plutôt que de démissionner — un scénario qu'il juge peu probable compte tenu du rapport quasi obsessionnel du président au pouvoir, moteur plus puissant chez lui que l'argent ou le statut social, allant jusqu'à évoquer une lecture littérale et maximaliste de la Constitution de la Ve République, y compris la piste d'un gouvernement technique ou d'un recours informel à l'article 16 déjà sondé auprès du Conseil constitutionnel.

Il retrace la généalogie du pouvoir macroniste à partir de ses propres enquêtes antérieures : un projet présidentiel ancien, préparé dès 2013-2015 lors de réunions secrètes à l'Élysée en présence de Brigitte Macron (dont le rôle de conseillère politique et personnelle a été déterminant), et une ascension reposant sur trois mentors representatifs des réseaux occultes de financement de la Ve République théorisés par le journaliste Pierre Péan sous le nom de « réseaux transversaux » : l'industriel de la grande distribution Henri Hermand, rencontré lors d'un stage préfectoral dans l'Oise ; une relation nouée à Sciences Po liée aux canaux historiques de financement du Parti communiste français ; et Michel Charasse, ancien ministre du Budget de François Mitterrand proche de Charles Pasqua, qui lui aurait transmis les codes du fonctionnement régalien de l'État (renseignement, ministère de l'Intérieur). Il souligne que Macron a été en réalité peu soutenu par le monde économique installé en 2017 (celui-ci ayant privilégié François Fillon), ce qui expliquerait selon lui son recours à des réseaux plus anciens et parfois concurrents, à l'origine de déconvenues comme l'affaire Benalla.

Il développe un parallèle entre la condamnation de Nicolas Sarkozy à cinq ans de prison ferme et l'affaire Alexandre Djouhri, intermédiaire condamné pour corruption active dans le financement libyen présumé de la campagne de 2007, dont il relie les réseaux (via des figures comme Thierry Solère, décrit comme un « héritier des réseaux Pasqua-Charasse » et intermédiaire informel avec Djouhri à Genève) à l'affaire Benalla de 2018. Il inscrit ce constat dans une réflexion plus large sur la corruption comme facteur de compromission de la décision démocratique — citant un policier anticorruption limité par un « plafond de verre » politique — et sur l'affaiblissement des contre-pouvoirs sous la Macronie, illustré par l'absence de commission d'enquête sur l'affaire d'espionnage Pegasus (dont Macron aurait lui-même été une cible potentielle) et l'échec de la commission d'enquête sur le scandale Nestlé Waters à faire auditionner l'ancien secrétaire général de l'Élysée Alexis Kohler.

Il documente l'hypothèse, qu'il dit avoir formulée dès octobre 2022, d'une ambition de troisième mandat non consécutif visant un retour en 2032, qui expliquerait selon lui la « guerre » personnelle et institutionnelle menée par Macron contre ses successeurs potentiels, notamment Édouard Philippe et Gabriel Attal — ce dernier ayant, par le soutien que lui a accordé Brigitte Macron, contribué à une dégradation durable des relations conjugales et politiques du couple présidentiel. Il relie l'instabilité récente du pouvoir élyséen au départ d'Alexis Kohler au printemps, qui aurait rompu l'équilibre historique entre deux pôles d'influence internes (le réseau Kohler et celui de Brigitte Macron), laissant le président dans un isolement politique croissant, aggravé par des méthodes de gouvernance jugées personnellement violentes envers ses propres collaborateurs.

Un axe important de l'entretien porte sur l'effondrement de la diplomatie française sous Macron : démantèlement du corps professionnel des diplomates du Quai d'Orsay, nominations d'ambassadeurs hors cursus traditionnel, concentration du pouvoir diplomatique à l'Élysée via des « canaux parallèles » mêlant renseignement, complexe militaro-industriel et intérêts économiques étrangers (Émirats arabes unis notamment) — illustrée dès 2017 par la conférence de Celle-Saint-Cloud sur la Libye, organisée en contournant le Quai d'Orsay. Il relativise l'image d'un Macron progressiste proche d'Obama, documentant des affinités organiques plus fortes avec les réseaux Trump et Netanyahu dès 2017 (première visite de Netanyahu à Paris, proposition de partenariat en Afrique et en cybersécurité), et souligne l'ambiguïté de sa politique récente sur Gaza, oscillant entre reconnaissance de l'État palestinien à l'ONU et satisfecit accordé au plan Trump quelques jours plus tard.

Il développe une analyse détaillée de la dégradation des relations franco-israéliennes depuis 2023, qu'il qualifie d'« exécrables » en coulisses, marquées par une défiance mutuelle des services de renseignement (le logiciel espion Pegasus, développé par la société israélienne NSO liée à l'unité 8200, ayant potentiellement visé Macron lui-même) et par des tentatives de déstabilisation médiatique de l'initiative française à l'ONU imputées à l'entourage de Netanyahu — tout en notant la persistance de canaux personnels informels (échanges par SMS avec des proches de Netanyahu comme Meyer Habib). Sur la dissuasion nucléaire, il retrace l'idée ancienne, relancée par Macron dès février 2020 puis accélérée par l'imprévisibilité de Trump, d'une « européanisation » du parapluie nucléaire français vers l'Allemagne puis le Danemark — projet qu'il juge en réalité incompatible avec la doctrine française historique de « juste suffisance » (l'arsenal étant passé d'environ 600 têtes nucléaires à la fin des années 1990 à moins de 300 aujourd'hui) et nécessitant, selon les spécialistes qu'il a consultés, un réarmement nucléaire dont le débat démocratique est totalement absent en France, tous partis confondus.

Il élargit le diagnostic à l'affaiblissement structurel et ancien de l'autonomie stratégique française, antérieur à Macron : désindustrialisation liée à la défiance historique des élites patronales françaises envers le dialogue social depuis les années 1980-1990, politique de l'offre héritée de François Hollande jugée sans contrepartie (France 2030), fractures énergétiques non résolues avec l'Allemagne, et absence de rapprochement stratégique avec l'Espagne ou l'Italie pour des raisons idéologiques. Il documente l'usage de l'extraterritorialité du droit américain comme arme de guerre économique contre les intérêts européens, intensifiée sous Clinton puis Obama après 2008 avant sa théâtralisation sous Trump, ainsi que la stratégie chinoise de captation technologique via des contrats commerciaux (dont la vente de réacteurs nucléaires français), concluant que l'Europe est devenue la « périphérie du monde » alors que la véritable tension de dissuasion nucléaire contemporaine s'est déplacée vers l'axe Chine-États-Unis en Asie.

Il termine sur le rôle antidémocratique de la concentration médiatique française, jugée plus problématique qu'ailleurs en Europe du fait de la coïncidence entre concentration du pouvoir exécutif et emprise d'une dizaine d'oligarques sur les médias (illustrée par le contrôle indirect de Bolloré sur certaines productions de France Télévisions), notant que les grands propriétaires de médias font aujourd'hui davantage pression sur Macron qu'ils ne le soutiennent, par crainte d'une alternative de gauche. Il conclut sur sa propre marginalisation des plateaux de télévision, qu'il attribue à un travail factuel peu propice à la polémique spectacle recherchée par les chaînes d'information, se situant selon lui entre les communicants du CAC 40 et de la Macronie d'un côté, et des sphères complotistes souvent instrumentalisées par des intérêts tiers de l'autre — configuration qu'il juge poser un problème démocratique fondamental d'accès à une information fiable.

Excerpts

Sur la stratégie du chaos comme instrument de préservation du pouvoir :

“« Macron s'en délecte parce qu'une partie de son pouvoir, une partie du temps qu'il gagne au pouvoir, c'est d'instaurer le chaos. Et il continue, il ne cesse d'instaurer le chaos petit à petit. Mais à force d'instaurer le chaos sur les conditions politiques de son pouvoir, il s'est rendu extrêmement solitaire. »”

Sur l'avidité de pouvoir comme moteur central du personnage, expliquant la guerre contre ses successeurs :

“« Une chose est sûre, c'est qu'Emmanuel Macron a une avidité du pouvoir. C'est son moteur, ce n'est pas l'argent, ce n'est pas sa position sociale, c'est avant tout le pouvoir. L'idée du troisième mandat, il l'a eue vraiment et il l'a toujours vraiment. »”

Sur l'aveuglement européen face au statut de proie du continent dans la rivalité sino-américaine :

“« Le maillon faible là-dedans, c'est l'Europe. L'Europe est vue comme une proie dans ce contexte-là [...] ce que la plupart des sociétés européennes ne veulent pas comprendre, c'est que le monde ne tourne plus autour de l'Europe. »”