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Porcher, Thomas

économiste, professeur d'économie, membre des Économistes atterrés, essayiste, co-auteur avec Frédéric Farah d'Introduction inquiète à la macroéconomie

MACRON FACE AU CHAOS DU MONDE : QUI VA TRINQUER ? - Thomas Porcher

Elucid · May 21, 2022

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Core ideas

Porcher situe le « vrai bilan » du premier quinquennat Macron avant la crise des gilets jaunes, jugeant que les mouvements sociaux et la crise sanitaire ont ensuite empêché la poursuite d'un programme initial résolument néolibéral : suppression de l'ISF (4 milliards d'euros au profit du 1% détenant 25% du patrimoine national), flat tax sur les revenus financiers, 20 milliards de baisses d'impôts sur les entreprises dès la première année, loi travail, et un projet de réforme des retraites par points directement inspiré du modèle suédois — dont il souligne que 90% des pensions, notamment celles des femmes, ont diminué après son application. Il conteste catégoriquement l'étiquette centriste ou « ni de gauche ni de droite » accolée à Macron, le situant plus à droite que Sarkozy ou Chirac (comparable selon lui à Reagan ou Thatcher), et attribue cette perception erronée à la trahison programmatique du Parti socialiste sous Hollande (baisse des dotations aux collectivités locales la plus forte de l'après-guerre, loi travail) qui aurait déjà déplacé le curseur du débat public vers la droite.

Il déplore l'absence quasi-totale de débat de fond lors des deux dernières campagnes présidentielles de Macron (aucun débat sur son programme économique en 2017, aucune discussion sur son bilan ou ses intentions réelles en 2022), remplacé selon lui par un « concours de beauté » médiatique fondé sur la petite phrase et la mise en scène plutôt que sur la substance des politiques proposées — un phénomène qu'il juge dangereux car nourrissant la défiance démocratique. Il démontre, données de la DARES à l'appui, l'absence de fondement empirique du projet de retraite à 65 ans : près de la moitié des personnes de 40 ans déclarent ne pas pouvoir tenir jusqu'à 60 ans dans leur emploi, le marché du travail exclut déjà largement les seniors dès 55 ans, et environ un quart des personnes les plus pauvres meurent avant l'âge de la retraite — la réforme visant, selon lui, non pas l'équité mais des économies budgétaires pures, avec un effet régressif accru par la corrélation entre l'espérance de vie et la catégorie socio-professionnelle (les cadres, où Macron surperforme électoralement, vivant significativement plus longtemps que les ouvriers).

Sur l'inflation, il relativise le risque d'emballement en l'absence de « surchauffe » économique (5 millions de chômeurs, 9 millions de pauvres) et plaide pour la revalorisation des bas salaires et des prestations sociales au niveau de l'inflation, rejetant l'argument de la boucle prix-salaires comme un « épouvantail » régulièrement agité (comme la dette ou les taux d'intérêt avant elle) pour justifier des politiques d'austérité, soulignant que la plupart des bas salaires concernent des métiers non exposés à la concurrence internationale (services à la personne, restauration). Il critique la Banque centrale européenne pour avoir injecté massivement des liquidités sans mécanisme de fléchage vers l'économie réelle, alimentant selon lui la spéculation financière plutôt que l'investissement productif — une conséquence structurelle, selon lui, du principe fondateur de libre circulation des capitaux au cœur du marché unique européen.

Il développe une critique approfondie de la désindustrialisation française (900 fermetures d'usines par an en moyenne depuis 2008), qu'il attribue à l'absence de véritable politique industrielle et de planification — contrairement à la période 1950-1980 marquée par des choix stratégiques assumés (nucléaire, rail) — et dénonce le retrait de l'État actionnaire vers une posture de « pantouflage » plutôt que de stratège, illustré par la SNCF se comportant comme une entreprise privée classique. Il critique la doctrine, y compris portée par une partie de la gauche économique, consistant à abandonner l'industrie manufacturière aux pays pauvres au profit des services à haute valeur ajoutée, jugée invalidée par l'incapacité française à produire des masques puis des composants stratégiques (batteries, panneaux solaires) pendant la crise du Covid. Il plaide pour un retour aux monopoles publics dans l'énergie (comparant favorablement l'ancien modèle EDF-GDF intégré à la mise en concurrence actuelle jugée absurde) et pour une politique de rénovation thermique massive des bâtiments (30 millions de logements à rénover sur 36 millions, source de 44% de la consommation énergétique nationale), créatrice d'emplois non délocalisables.

Sur la transition écologique, il défend une fiscalité écologique explicitement incitative plutôt que punitive, illustrée par sa proposition de réintroduire une « vignette automobile » modulée selon la puissance fiscale du véhicule et la région de résidence (plus élevée à Paris, où les alternatives de transport existent, plus faible en zone rurale dépendante de la voiture), et rappelle que les gilets jaunes ont précisément sanctionné une taxe carbone jugée punitive et non ciblée. Il insiste sur la nécessité de cibler les responsables réels des émissions de CO2 — les 10% les plus riches responsables de la moitié des émissions mondiales, les pays riches responsables de 75 à 80% des émissions cumulées du XXe siècle — plutôt que de diluer la responsabilité dans un discours indifférencié sur « les efforts à faire ». Il analyse enfin, via son expérience personnelle du mouvement « Nous sommes pour ! » aux élections européennes de 2019 (alliance ratée entre Cécile Duflot, Raphaël Glucksmann et d'autres figures), l'échec récurrent des tentatives d'union de la gauche comme la conséquence de rivalités de postes prenant systématiquement le pas sur le fond programmatique, et relie la déconnexion des élites politiques formées dans les mêmes grandes écoles (Sciences Po, ENA) à leur méconnaissance concrète du pays, illustrée par l'aveu de Bruno Le Maire découvrant sa circonscription rurale dans son propre livre.

Excerpts

Sur la nature réelle du macronisme masquée par une communication centriste :

“« On lisait : mais vous voyez, Macron il est quand même de gauche [...] mais dans ce volet social, l'offre de dignité chômage au démissionnaire était conditionnée à une économie de 10 milliards sur l'assurance chômage [...] pour moi on n'est pas centriste, on est encore plus à droite que la droite qu'on a connue au pouvoir en France. »”

Sur l'absence de fondement social de la réforme des retraites à 65 ans :

“« Quand vous lisez les études de la DARES, vous avez pratiquement 50% des gens de 40 ans qui vous disent qu'ils ne pourront pas tenir jusqu'à 60 ans [...] parmi les plus pauvres, il y en a à peu près 25% qui meurent avant même d'arriver à la retraite. »”

Sur la nécessité de cibler les responsables réels des émissions de CO2 :

“« Quand on dit "faites des efforts", ça ne veut rien dire — les émissions de CO2 sont dues à 50% aux 10% les plus riches, c'est sur eux qu'il faut concentrer les efforts en priorité [...] il y a 90% des gens sur Terre qui n'ont jamais pris l'avion. »”