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Berruyer, Olivier

fondateur du média Elucid, blogueur économique depuis 2011 avec le site Les-Crises.fr

La PROPAGANDE au service de la GUERRE et d'une ÉCONOMIE détraquée - Olivier Berruyer

Elucid · May 11, 2024

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Core ideas

Berruyer distingue l'information de la propagande par l'intentionnalité plutôt que par le mensonge : une information dérange nécessairement quelqu'un et repose sur la confiance dans l'intelligence du spectateur, tandis que la propagande — pas nécessairement mensongère, et d'autant plus efficace qu'elle ne l'est pas — vise à faire penser une conclusion prédéterminée au public. Il cite l'exemple historique de la fausse déposition des couveuses du Koweït en 1990 (la « témoin » s'étant révélée être la fille de l'ambassadeur koweïtien) comme propagande grossière et mensongère, par opposition à la propagande contemporaine plus sophistiquée qui dissimule sélectivement une partie des faits plutôt que de mentir frontalement — illustrée selon lui par la pratique du « fact-checking » sélectif, qui choisirait ses cibles davantage pour décrédibiliser des porte-parole marginaux que pour traiter les enjeux structurels de fond. Il retrace sa propre trajectoire intellectuelle via la découverte de Noam Chomsky vers 25-26 ans et sa théorie de la « fabrication du consentement », reprenant la formule selon laquelle « la propagande est aux démocraties ce que la matraque est aux dictatures ».

Il développe une critique de la concentration des médias entre les mains de milliardaires (citant le programme du Conseil national de la Résistance qui visait explicitement à soustraire la presse à l'emprise des puissances d'argent), distinguant plusieurs niveaux de captation — la corruption d'affaires ordinaire, la vente d'armes, puis le cas de Vincent Bolloré qu'il juge qualitativement différent en ce qu'il mettrait son groupe de médias directement au service d'un projet politique, comparable selon lui aux dynamiques des années 1930. Il propose comme alternative un financement public dirigé par le citoyen (possibilité de flécher une partie de l'impôt vers des médias associatifs de son choix) plutôt que la publicité, qu'il compare à un « restaurant gratuit » structurellement poussé vers une offre d'information « addictive » plutôt que saine. Sur la vérification de l'information à l'ère de sa fragmentation, il recommande une méthode empirique de suivi dans la durée (comparer les prédictions passées d'une source à la réalité observée) plutôt qu'une recherche d'une vérité unique, et défend les commentateurs et analystes de terrain — y compris eux-mêmes accusés de « complotisme » — contre ce qu'il nomme, en référence à un article de Frédéric Lordon, le « complotisme des anticomplotistes » : l'accusation de complot (financement étranger non prouvé) portée contre des voix dissidentes constituant elle-même, selon cette thèse, un exercice de pensée complotiste symétrique.

Sur la géopolitique, Berruyer revendique une approche « réaliste » (dans la tradition de John Mearsheimer et Stephen Walt aux États-Unis) qu'il oppose à la « diplomatie des valeurs », jugée structurellement incapable de compromis et donc vouée à la guerre. Il affirme avoir anticipé dès 2014 l'invasion russe de l'Ukraine, s'appuyant sur les analyses de diplomates de la guerre froide (George Kennan, Jack Matlock, ainsi que Pierre Maillard et Gabriel Robin qu'il dit avoir personnellement rencontrés) mettant en garde contre l'élargissement de l'OTAN comme facteur structurel de danger, par analogie avec la crise des missiles de Cuba de 1962. Il caractérise le conflit ukrainien comme une fracture interne assimilable à une guerre civile entre deux composantes du pays aux orientations historiques opposées, et soutient que des négociations de paix engagées en Turquie environ un mois après l'invasion russe auraient pu aboutir avant d'être, selon lui, délaissées par les puissances occidentales — position qu'il présente sans juger de la légitimité de l'invasion russe elle-même, qu'il qualifie ailleurs explicitement d'illégale au regard du droit international.

Sur le conflit à Gaza, il exprime un constat d'étonnement face à ce qu'il perçoit comme une réaction disproportionnée par rapport à d'autres conflits (comparant le traitement médiatique et politique réservé à la Russie à celui, plus clément selon lui, réservé aux États-Unis au Vietnam, en Irak et en Afghanistan ou à Israël), et qualifie explicitement le système israélien d'« apartheid » sur la base de l'absence de droit de vote des populations de Gaza et de Cisjordanie aux élections israéliennes, tout en reconnaissant l'absence de sanctions économiques occidentales comparables à celles imposées à la Russie. Il présente cette différence de traitement comme relevant, selon lui, d'un héritage colonial occidental non soldé.

Sur l'économie, Berruyer situe le début de la crise financière de 2008 comme un processus non résolu et toujours en cours, les États ayant selon lui repoussé l'échéance par un accroissement de la dette publique et une baisse des taux d'intérêt jusqu'à leur plancher plutôt que de traiter les causes structurelles du surendettement. Il critique l'indépendance de la Banque centrale européenne comme une soustraction délibérée de décisions politiques majeures (fixation des taux d'intérêt) au contrôle démocratique, héritée selon lui de la philosophie fondatrice de la construction européenne (méfiance envers le suffrage universel au profit d'un « gouvernement des experts »). Il développe une critique originale de la dette publique, distincte à la fois du discours de droite (austérité tout en s'endettant massivement, les gouvernements de droite ayant selon les graphiques qu'il présente le plus contribué à l'augmentation de la dette française) et du discours d'une partie de la gauche (indifférence à la dette au nom de la relance) : citant une lettre de Marx de 1867 sur la dette publique comme mécanisme structurel d'enrichissement de la grande bourgeoisie, il analyse le refus de taxer les plus riches comme la cause du recours à l'emprunt auprès de ces mêmes contribuables fortunés, rémunérés en retour par des intérêts payés collectivement — un « système de cavalerie » qu'il juge à la fois appauvrissant pour la collectivité et générateur d'une dépendance dangereuse aux marchés financiers, rejoignant ainsi une critique de gauche par un raisonnement classiquement associé à la prudence budgétaire.

Il conclut sur l'euro et l'Union européenne, qu'il juge être un succès du point de vue de l'installation du néolibéralisme et de la dépossession démocratique plutôt qu'un échec, citant l'abandon des grands projets industriels européens portés par les États (Airbus, Ariane) une fois la Communauté transformée en Union et le marché unique sacralisé au détriment de nouveaux projets publics équivalents. Il propose, plutôt qu'une sortie unilatérale de l'Union, un retour aux traités antérieurs à Lisbonne (rejeté par référendum en 2005 selon lui puis réintroduit sans nouvelle consultation) comme base de renégociation d'une coopération plutôt que d'une intégration approfondie. Il termine sur une anecdote méthodologique — le « théorème de Pasqua » (créer une affaire dans l'affaire pour noyer un débat gênant) — qu'il applique à une controverse récente autour des mains rouges de manifestants pro-palestiniens à Sciences Po, détournées selon lui en accusation d'antisémitisme par association avec un lynchage de 2000 à Ramallah, pour illustrer les mécanismes de diversion du débat public qu'il dénonce tout au long de l'entretien.

Excerpts

Sur la différence entre information et propagande :

“« L'information, ça consiste à présenter des faits dont la publication dérange quelqu'un [...] la propagande, elle n'est pas forcément mensongère. Comment tu fais pour faire de la propagande très efficace sans mentir ? Ça c'est un métier, c'est vraiment très difficile, et ils sont très forts là-dedans. »”

Sur le parallèle entre l'expansion de l'OTAN et les alliances militaires ayant précédé les deux guerres mondiales :

“« La Première Guerre mondiale, ça démarre par un système d'alliance militaire. La Deuxième Guerre mondiale, ça démarre par un système d'alliance militaire et de garantie. Et là, les types sont en train d'élargir un système d'alliance militaire. »”

Sur le mécanisme de la dette publique comme transfert de richesse vers les plus riches :

“« Vous refusez d'appeler 10 d'impôt sur la fortune, donc vous avez un trou de 10, et après vous dites aux gens qui payent l'impôt sur la fortune : pouvez-vous nous prêter 10 ? [...] c'est un système de cavalerie permanent qui enrichit déjà les plus riches et appauvrit la collectivité. »”