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Sibony, Michèle

militante pacifiste, porte-parole de l'UJFP — Union Juive Française pour la Paix, ancienne vice-présidente, coautrice de l'anthologie Antisionisme, une histoire juive

LA POLITIQUE CRIMINELLE D'ISRAËL EN PALESTINE NUIT AUSSI AUX JUIFS ! - Michèle Sibony

Elucid · Dec 16, 2023

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Core ideas

Sibony décrit sa réaction au 7 octobre 2023 comme un moment de sidération complexe, en tant que juive ayant de la famille et des amis en Israël, immédiatement suivi selon elle d'un « matraquage médiatique » en France empêchant toute réflexion autonome. Elle qualifie la riposte israélienne de « barbarie » disproportionnée plutôt que de légitime défense — rappelant qu'une puissance occupante ne peut juridiquement se prévaloir de ce droit — et dénonce le silence médiatique sur les conséquences du blocus (privation d'eau, d'électricité, de médicaments) par rapport à la couverture des bombardements eux-mêmes, ainsi que le nombre inégalé de journalistes tués à Gaza (plus d'une soixantaine, un record selon elle).

Elle analyse le statut particulier accordé à Israël par les puissances occidentales comme relevant à la fois d'une revendication d'exceptionnalité historique et d'une alliance stratégique renforcée depuis le 11-Septembre, comparant cette dynamique à une posture coloniale héritée du XIXe siècle (citant la formule de Herzl sur Israël comme « avant-poste de la civilisation » face à la « barbarie »). Elle qualifie le gouvernement israélien actuel de rupture par rapport aux gouvernements précédents (dont elle rappelle que la gauche travailliste, elle aussi, porte la responsabilité historique de la Nakba) : alors que les gouvernements antérieurs cherchaient à gérer la question démographique par la séparation et l'apartheid, le gouvernement actuel viserait selon elle une annexion totale.

Elle évoque, en citant les historiens israéliens Raz Segal et Omer Bartov, le risque de qualification génocidaire de la campagne militaire, révélant que le projet d'expulsion de la population de Gaza vers le Sinaï égyptien daterait de 2007 et aurait été discuté avec les États-Unis, et critique la Cour pénale internationale pour ne pas s'être autosaisie malgré son mandat préventif. Elle conteste vigoureusement l'usage médiatique du terme « pogrom » pour qualifier les événements du 7 octobre, argumentant que ce terme historique désigne un mécanisme de détournement populaire orchestré par le pouvoir contre une minorité, sans rapport avec la situation coloniale en cause. Elle défend l'usage du terme « apartheid » comme catégorie juridique précise, citant le recensement par le centre juridique Adalah de plus de 65 lois israéliennes discriminatoires envers les citoyens palestiniens d'Israël, ainsi que la loi fondamentale de 2018 réservant l'autodétermination nationale aux seuls Juifs.

Elle commente des sondages contemporains montrant une opinion israélienne majoritairement favorable à une intensification de l'offensive (57 % jugeant l'armée pas assez dure), tout en notant une radicalisation similaire côté palestinien après la riposte (effondrement du soutien à une solution à deux États, hausse du soutien au Hamas), qu'elle attribue directement à l'ampleur de la destruction plutôt qu'à une adhésion préexistante. Elle qualifie la situation d'« impasse » totale, chaque option (État palestinien indépendant, État binational, annexion, statu quo) étant rejetée par une majorité israélienne selon les sondages qu'elle présente.

Elle développe une critique approfondie de l'assimilation entre antisionisme et antisémitisme en France, rappelant que l'antisionisme fut historiquement une idéologie majoritairement portée par les Juifs eux-mêmes jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, et dénonce cette assimilation comme un outil de l'« alliance » israélo-occidentale visant à faire taire toute critique d'Israël — citant la déclaration de Macron au Vélodrome d'Hiver en 2017, une proposition de loi sénatoriale d'octobre 2023 visant à pénaliser l'antisionisme, et l'interdiction par la mairie de Paris d'un événement associant Judith Butler. Elle relève le paradoxe de soutiens à Israël issus de mouvances historiquement antisémites (Rassemblement national, Viktor Orbán, Donald Trump), citant les propos d'Avigdor Lieberman appelant les Juifs français à émigrer comme illustration d'une convergence ancienne entre projet sioniste et antisémitisme (référence à Karl Kraus). Elle documente également, en citant Haaretz et le Wall Street Journal, une stratégie attribuée à Netanyahu consistant à financer indirectement le Hamas via le Qatar pour diviser durablement les Palestiniens et empêcher une solution à deux États.

Elle conclut sur l'absence de perspective de paix spontanée, jugeant qu'une intervention imposée par les États-Unis serait la seule voie réaliste, et sur la nécessité, développée dans son ouvrage collectif Antisionisme, une histoire juive, de retrouver des textes juifs antisionistes historiques cherchant depuis un siècle une coexistence entre Juifs et Palestiniens sur un même territoire, seule alternative selon elle à une nouvelle Nakba ou à un scénario génocidaire.

Excerpts

Sur l'antisionisme comme idéologie historiquement juive détournée en accusation :

“« L'antisionisme, c'est une idéologie juive dans son histoire [...] le sionisme est une idéologie proposée aux Juifs et les Juifs ont été les premiers antisionistes, et massivement, jusqu'à la Seconde Guerre mondiale [...] antisionisme égale antisémitisme, ce qui est purement scandaleux. »”

Sur l'apartheid comme catégorie juridique précise appliquée à Israël :

“« Le centre juridique Adalah [...] a listé plus de 65 lois israéliennes qui discriminent la population palestinienne d'Israël [...] ça s'appelle apartheid, il n'y a pas d'autre nom possible [...] et le crime d'apartheid est aussi un crime contre l'humanité, imprescriptible. »”

Sur l'impasse structurelle révélée par les sondages croisés israéliens et palestiniens :

“« Rien ne convient : un État palestinien indépendant à côté d'eux, pas question ; un État binational, pas question ; annexion [...] ; statut quo, ça ne marche pas non plus [...] comment on sort de cet impasse autrement que par le cimetière ? »”