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Sterdyniak, Henri

économiste, membre actif des Économistes atterrés, spécialiste de macroéconomie et d'économie monétaire

INFLATION, DETTE, EUROPE : À QUEL POINT SOMMES-NOUS DANS LA PANADE ? - Henri Sterdyniak

Elucid · Sep 23, 2023

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Core ideas

Sterdyniak explique le retour de l'inflation (6 % sur un an, 11 % sur l'alimentaire) par une succession de chocs exogènes sur les matières premières et l'énergie (perturbations post-Covid des chaînes d'approvisionnement, mauvaises récoltes climatiques, invasion de l'Ukraine), estimant le prélèvement subi par l'économie française à environ deux points de PIB. Il souligne une singularité de cet épisode par rapport aux chocs pétroliers précédents : plutôt que de voir leurs marges absorber le choc, les entreprises les ont maintenues, voire accentuées (taux de marge historiquement élevé au deuxième trimestre 2023), faisant porter l'essentiel de l'ajustement sur les salariés (perte de pouvoir d'achat d'environ 2 %, hors SMIC) et sur le déficit public. Il regrette l'absence de taxation des superprofits (énergie, agroalimentaire, laboratoires pharmaceutiques) malgré l'appel de Bruno Le Maire aux entreprises à ne pas « se goinfrer », et plaide pour la restauration d'un contrôle des prix abandonné depuis Raymond Barre, jugeant la seule concurrence insuffisante à empêcher des hausses de prix generalisées.

Il analyse la politique de taux bas de la BCE depuis 2015 comme une réponse à un déficit structurel mondial de la demande (le capital l'ayant emporté sur le travail dans la compétition internationale pour l'attractivité), dont un effet pervers majeur et rarement débattu à gauche serait l'inflation du prix de l'immobilier (près d'un tiers d'augmentation depuis 2015), qu'il souhaite voir corriger par un « crack immobilier » d'au moins 30 %, un programme massif de logement social, et une taxation des loyers implicites perçus par les propriétaires occupants au nom de la justice fiscale intergénérationnelle.

Il défend une position nuancée sur la dette publique (dépassant 3 000 milliards d'euros, 110 % du PIB) : phénomène commun à l'ensemble des pays de l'OCDE plutôt que spécifiquement français, justifié macroéconomiquement tant que le taux d'intérêt reste inférieur au taux de croissance nominal (situation actuelle), mais potentiellement mortifère si les taux remontaient durablement au-dessus de ce seuil. Il démontre, chiffres à l'appui, que l'annulation de la dette détenue par la BCE via la Banque de France serait une opération purement comptable et fictive sans effet réel sur l'endettement public consolidé, la Banque de France se retrouvant simplement avec un passif équivalent envers les banques commerciales. Il développe une analyse politique du verrou démocratique que constitue la zone euro : toute tentative de politique expansionniste de gauche (Mélenchon) ou de rupture (Le Pen) se heurterait selon lui à la menace implicite d'un arrêt du refinancement par la BCE, comme cela s'est produit pour la Grèce — un mécanisme qu'il juge non pas économiquement inévitable mais politiquement construit et « pas génial du point de vue démocratique ».

Il commente une citation de Marx de 1850 sur la dette publique comme instrument d'enrichissement de la bourgeoisie pour la nuancer empiriquement : la dette française n'est pas détenue par les plus riches (qui privilégient l'investissement productif et l'immobilier) mais par les classes moyennes supérieures épargnant par peur de l'avenir (via l'assurance-vie), ce qui explique selon lui l'absence de discours de gauche réclamant son annulation pure. Il qualifie la politique économique de Macron de néolibérale cohérente mais freinée dans son exécution par deux contraintes (limite démocratique face à une contestation sociale trop brutale, contrainte budgétaire empêchant de financer simultanément la baisse des impôts et les subventions aux entreprises), la caractérisant de « communisme pour les entreprises » par l'ampleur des aides publiques peu conditionnées qu'elle leur octroie.

Il conclut en défendant une impossibilité structurelle de mener une politique économique de gauche cohérente dans le cadre actuel de l'Union européenne (citant la franchise d'Alain Madelin en 1992 présentant Maastricht comme une « assurance-vie contre le retour d'une expérience socialiste façon 1981 »), tout en rejetant la sortie de l'UE (jugée risquée, citant l'exemple britannique) au profit d'un rapport de force à construire pour bloquer les nouvelles avancées fédérales et sanctuariser certains secteurs stratégiques (énergie, EDF) comme « non négociables ». Il développe enfin une vision de la transition écologique articulée en quatre piliers indissociables — décroissance matérielle limitée (jugée seule non crédible politiquement), lutte contre les inégalités, progrès technique, et remise en cause des objectifs de profit des entreprises au profit d'une planification socialiste des besoins — concluant que le capitalisme néolibéral est structurellement incapable de porter cette bascule.

Excerpts

Sur l'inflation absorbée par les salariés plutôt que par les marges des entreprises :

“« Normalement ce genre de choc doit se traduire par une baisse des marges des entreprises [...] tandis qu'ici les entreprises ont maintenu, même accentué, leur taux de marge [...] cette inflation, jusqu'à présent, c'est supporté en grande partie par les salariés. »”

Sur la contrainte démocratique imposée par la zone euro à un gouvernement de rupture :

“« Un gouvernement de gauche qui arrive avec une politique expansionniste va se heurter à la coalition des marchés et de la BCE [...] c'est ce qui s'est passé récemment pour la Grèce [...] le gouvernement devra choisir entre se soumettre ou quitter la zone euro. »”

Sur l'incompatibilité entre capitalisme et transition écologique :

“« Le capitalisme en tant que tel n'est pas capable de prendre le tournant écologique [...] il faut repenser les objectifs des entreprises [...] et ça suppose que ce soit socialement décidé, ce qui n'est pas compatible avec l'idée que chaque entreprise doit faire le maximum de profit. »”