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Bourget, Jacques-Marie

grand reporter et écrivain depuis 55 ans, a travaillé pour Le Canard Enchaîné, L'Express, Paris Match, VSD

ÉCHAPPER À LA MORT ET RÉVÉLER LA VÉRITÉ : L’INCROYABLE HISTOIRE D’UN REPORTER DE GUERRE

Elucid · Nov 12, 2022

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Core ideas

Bourget retrace d'abord sa trajectoire atypique vers le journalisme : fils de paysan sans vocation particulière, poussé par sa famille vers des études qu'il n'aurait pas dû recevoir, il devient grand reporter à une époque, selon lui révolue, où le métier exigeait un vrai talent d'écriture et un engagement physique sur le terrain plutôt qu'un simple passage par une école de journalisme. Il oppose la génération des grands reporters d'avant-guerre (Malraux, Hemingway, Kessel) — des hommes de terrain à la fois engagés et capables d'analyse et d'écriture — à la sélection sociale actuelle de la profession, marquée selon lui par une origine de grande bourgeoisie quasi systématique, une endogamie médiatique héréditaire et une transformation statutaire (les journalistes classés « cadres supérieurs » depuis 1982), qui aurait produit une caste coupée du réel, sans honte ni doute, contrastant avec l'absence structurelle d'excuses dans la presse française (contrairement aux médias américains) lorsqu'une information s'avère fausse.

Il développe une critique sévère du journalisme contemporain : uniformité des lignes éditoriales masquée sous l'apparence d'une presse d'opinion plurielle, dérive du « journalisme d'investigation » vers le simple recopiage de procès-verbaux transmis illégalement par des juges ou avocats, et défiance à l'égard des grands consortiums internationaux de journalistes d'investigation (à propos des Panama Papers), qu'il soupçonne d'être influencés par leurs financements (Fondation Ford, George Soros) et de cibler sélectivement certains pays ou personnalités tout en épargnant systématiquement les intérêts américains. Il livre également une charge contre l'image favorable dont aurait bénéficié le Qatar en France dans les années 2000-2010 — pays qu'il décrit comme dépourvu de constitution, pratiquant les châtiments corporels et l'exploitation de travailleurs migrants — obtenue selon lui par une stratégie de corruption et d'influence (financement de personnalités politiques françaises, exemption fiscale votée à l'Assemblée nationale), et relie le Qatar au financement de groupes armés islamistes lors de la déstabilisation de la Libye et du Sahel après 2011.

Le cœur de l'entretien est consacré à ses reportages de guerre successifs : le Vietnam, où il documente la proximité vécue entre journalistes et soldats américains ; l'Iran post-révolutionnaire ; sa révélation, restée peu reprise, de ventes d'armes officielles du gouvernement américain à l'Iran pendant la crise des otages de l'ambassade de Téhéran ; quatre mois passés avec la guérilla marxiste au Salvador dans les années 1980 ; et surtout son témoignage de première main sur le massacre de Sabra et Chatila au Liban en septembre 1982, où il affirme être arrivé parmi les premiers sur les lieux et attribue l'exécution du massacre aux milices phalangistes chrétiennes libanaises, sous couvert et responsabilité de l'armée israélienne qui encerclait les camps — une lecture qu'il appuie sur un document retrouvé sur place détaillant un plan d'investissement des camps, et sur les travaux ultérieurs d'un chercheur américain. Il relate également sa révélation du rôle de la DGSE dans le sabordage du Rainbow Warrior de Greenpeace en 1985, avec une explication tardive et personnelle du mobile réel de l'opération (protéger la confidentialité d'essais de missiles plutôt que les essais nucléaires eux-mêmes).

Il revient sur son expérience du bombardement d'un abri civil à Bagdad en 1991 (l'abri d'Amiriyah), où 450 femmes et enfants furent tués par une frappe américaine visant supposément Saddam Hussein, épisode qu'il présente comme un exemple de deux poids deux mesures dans le traitement médiatique et judiciaire des victimes civiles occidentales et non occidentales ; sur sa publication d'une vidéo d'autopsie suggérant, selon des sources israéliennes qu'il ne peut vérifier de façon indépendante, que le magnat Robert Maxwell aurait été assassiné plutôt que noyé accidentellement ; et sur son expérience de la guerre du Kosovo en 1999, où il relativise fortement, sur la base de son observation directe, le bilan des victimes ayant circulé dans les médias occidentaux tout en documentant des frappes de l'OTAN ayant tué des civils dans des convois de tracteurs et un autobus. Il conclut sur l'épisode le plus dramatique de sa carrière : blessé par une balle de fusil M16 identifiée comme une munition israélienne lors d'un séjour à Ramallah en 2000, sauvé par des chirurgiens palestiniens après le refus initial des hôpitaux israéliens de le prendre en charge, rapatrié en urgence après l'intervention personnelle de Jacques Chirac auprès d'Ehud Barak, puis engagé dans une bataille judiciaire de 18 ans pour être reconnu comme victime du terrorisme en France — bataille qu'il interprète rétrospectivement comme une possible vengeance liée à son enquête sur l'affaire Maxwell.

Excerpts

Sur la transformation sociale et morale de la profession journalistique :

“« Les journalistes aujourd'hui mentent, c'est fou, il manque pas — ils imaginent même pas que la vérité puisse être ailleurs [...] ils sont chez eux dans la vérité, ils la transportent avec eux dans leur sac à dos, il y a aucun problème. Si en France un journal se trompe, il y a jamais d'excuses — ça n'existe pas. Aux États-Unis, il y a des excuses. »”

Sur sa découverte du massacre de Sabra et Chatila :

“« On est resté tout seul dans un camp où il y avait — les chiffres varient, 800 à 4000 morts, j'en sais rien — des tas de morts, des petits enfants empilés [...] les Israéliens avaient décidé de se débarrasser des terroristes [...] et ce sont les phalangistes qui ont fait cette boucherie, mais ce n'est pas de leur propre initiative — on a trouvé le lendemain le plan noir sur blanc, avec les flèches, dans un local occupé par les Israéliens. »”

Sur sa blessure par balle à Ramallah et le refus initial d'être soigné côté israélien :

“« Je tombe, c'est la balle au-dessus du cœur, l'artère sous-clavière, le haut du poumon [...] les Palestiniens ont appelé l'interface israélienne en disant : un journaliste français est dans un état très grave, ce serait mieux que vous vous en occupiez — les hôpitaux israéliens sont mieux équipés. Les Israéliens ont dit non, on va pas s'occuper de lui — ce qui était logique, il m'avait tiré dessus, pourquoi il voulait me soigner ? »”