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Cypel, Sylvain

journaliste, ancien directeur de la rédaction de Courrier international, ancien correspondant du Monde ayant vécu 12 ans en Israël, auteur de L'État d'Israël contre les Juifs

ISRAËL MET (aussi) EN DANGER LES JUIFS : les conséquences d'une politique dévastatrice...

Elucid · May 25, 2024

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Core ideas

Cypel analyse la réponse israélienne à l'attaque du Hamas du 7 octobre comme dépourvue d'objectif stratégique clair une fois l'expulsion espérée de la population de Gaza — vers l'Égypte, refusée par le maréchal Sissi malgré les tentatives américaines — devenue impossible : à défaut de plan de rechange, l'objectif se serait replié sur l'anéantissement du Hamas en tant qu'appareil politico-administratif, objectif qu'il juge structurellement inatteignable (comparable selon lui à la débaassification ratée de l'Irak) puisque le mouvement irriguait l'ensemble de la fonction publique gazaouie. Il cite des déclarations répétées de Netanyahou selon lesquelles le maintien du Hamas au pouvoir à Gaza servirait précisément à écarter toute perspective d'État palestinien, présentant cette configuration comme délibérément entretenue plutôt que simplement subie.

Il retrace l'évolution de la société israélienne depuis la guerre de 1967, moment selon lui charnière où la population palestinienne sous contrôle israélien passe de 10 % à environ 50 % du territoire total entre la Méditerranée et le Jourdain, puis l'échec des négociations de Camp David en 2000 et le déclenchement de la Seconde Intifada, qu'il présente comme le point de bascule ayant fait passer la société du déni de la Nakba à une adhésion de plus en plus assumée à des politiques qu'il qualifie de racistes et coloniales — illustrée par la montée d'une extrême droite qu'il juge plus radicale que celle portée en France par Éric Zemmour, et par des ministres (il cite Itamar Ben-Gvir) appelant publiquement à l'expulsion des Palestiniens. Il documente, à partir de son livre écrit avant la guerre à Gaza, la réalité quotidienne de l'occupation en Cisjordanie : coupures d'eau et d'électricité arbitraires, incursions nocturnes systématiques dans les foyers palestiniens décrites comme un entraînement délibéré des jeunes soldats à la déshumanisation de la population, plus de 500 morts palestiniens depuis le 7 octobre selon lui majoritairement tués par des colons armés en toute impunité, et une politique de confiscation progressive des terres (illustrée par la croissance de la ville de Yatta) visant à pousser les populations vers des enclaves urbaines périphériques.

Il qualifie le système en vigueur en Cisjordanie et en Israël d'« apartheid », citant notamment la loi fondamentale de 2018 sur « l'État-nation du peuple juif » (réservant le droit à l'autodétermination aux seuls citoyens juifs), l'existence de routes, d'accès à l'eau et de droits de construction différenciés selon l'appartenance ethnique, l'application d'un régime civil pour les citoyens israéliens et d'un régime militaire pour la population palestinienne des territoires occupés, et l'absence de droit de vote de cette dernière — comparant explicitement, tout en soulignant une différence démographique majeure (la population dominée n'y est pas minoritaire), cette configuration à celle de l'Afrique du Sud sous l'apartheid. Il relate des exemples de discrimination communale en Israël même (interdictions municipales de vente immobilière aux citoyens arabes israéliens, jugées illégales par la Cour suprême sans être appliquées), et l'existence d'une justice qu'il présente comme structurellement inégale, citant le cas d'un soldat israélien condamné à 100 jours de travaux pour un meurtre et celui d'une adolescente palestinienne de 16 ans condamnée à une peine équivalente pour avoir giflé un officier.

Sur les origines idéologiques de cette évolution, Cypel distingue deux piliers historiques du sionisme — un pilier émancipateur visant à mettre fin à l'antisémitisme européen, et un pilier colonial présent dès l'origine — estimant qu'une fois l'État établi et la question de l'émancipation juive « réglée », seul le second pilier, le colonialisme vis-à-vis de la population autochtone, aurait subsisté comme matrice idéologique dominante. Il développe une analyse personnelle du rapport israélien à la Shoah, distinguant la mémoire historique de son instrumentalisation politique : il évoque le rôle central du musée Yad Vashem dans la diplomatie israélienne, cite Netanyahou comme ayant, selon des historiens qu'il mentionne, cherché à attribuer un rôle central au mufti Amin al-Husseini dans la conception de la Shoah, et avance que la jeunesse israélienne, faute d'enseignement approfondi sur les origines historiques du nazisme, ne le connaîtrait essentiellement qu'à travers son aboutissement — ce qui, selon son interprétation, faciliterait une identification exclusive à la position de victime.

Il aborde la question de l'instrumentalisation de l'accusation d'antisémitisme, rapportant une anecdote personnelle où un conseiller politique israélien lui aurait dit spontanément assimiler Ariel Sharon à Hitler avant de démentir ses propres propos, et développe une critique des alliances internationales de Netanyahou avec des dirigeants d'extrême droite parfois eux-mêmes visés par des accusations d'antisémitisme (il cite Viktor Orbán et la réhabilitation de l'amiral Horthy en Hongrie), qu'il explique par une proximité idéologique assumée plutôt qu'un simple calcul, citant un texte de l'ancien ambassadeur Ron Dermer présentant les évangélistes américains et non les juifs américains comme les véritables alliés naturels d'Israël en raison d'une affinité idéologique d'extrême droite. Il établit un parallèle entre la légitimation de tout racisme communautaire (identifiant les musulmans comme figure exclusive de l'antisémitisme, par exemple) et sa capacité à déborder ensuite vers d'autres cibles, citant l'attentat de Pittsburgh de 2018 comme exemple où l'auteur suprémaciste blanc reprenait des thèmes issus de Mein Kampf.

Il documente enfin une fracture croissante au sein du judaïsme, notamment américain, entre une minorité rejetant Israël pour son caractère colonial et une frange plus large de juifs américains qui ne se reconnaissent simplement plus dans le pays (illustrée par la croissance du magazine progressiste Jewish Currents, passé de 30 000 à 330 000 abonnés en six mois selon lui), qu'il juge toutes deux structurellement menaçantes pour l'ambition sioniste de représenter l'ensemble du peuple juif. Il conteste enfin la représentativité du CRIF, qu'il estime ne représenter directement qu'une fraction minoritaire des Juifs de France tout en agissant comme lobby pro-israélien assumé, et relève une différence de rapport historique à la citoyenneté entre les Juifs ashkénazes de France (pour qui l'accès à la citoyenneté républicaine aurait constitué l'horizon central) et les Juifs séfarades d'Afrique du Nord, dont la position intermédiaire au sein du système colonial français les aurait, selon lui, familiarisés davantage avec une logique de hiérarchie ethnique plutôt que de citoyenneté égalitaire.

Excerpts

Sur l'utilité stratégique du Hamas pour Netanyahou selon ses propres déclarations rapportées :

“« Netanyahou était convaincu, il l'a répété : le Hamas est l'ennemi idéal — tant qu'il y aura le Hamas à Gaza, il ne pourra pas y avoir d'État palestinien. C'est formidable. »”

Sur la nature ethnique plutôt que civique de la citoyenneté selon la loi de 2018 :

“« Ce qui compte en Israël, ce n'est pas être israélien, c'est être juif. Ce qui compte, c'est qui est juif et qui ne l'est pas — ce n'est pas qui est citoyen et qui ne l'est pas. »”

Sur l'ignorance de la jeunesse israélienne quant aux origines historiques du nazisme :

“« Un jeune Israélien ne sait pas ce que c'est que le nazisme. Il ne sait qu'une seule chose : c'est l'acmé du mal fait aux Juifs. Comment ça émerge, pourquoi le nazisme l'emporte politiquement en Allemagne — tout ça est totalement ignoré. »”