Pont, Emmanuel
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Pont déconstruit d'abord l'idée d'une « explosion démographique » : si la population mondiale croît d'un milliard tous les douze ans environ depuis les années 1960, ce n'est pas une exponentielle mais le résultat d'une transition démographique — passage d'un régime à forte mortalité et forte natalité (jusqu'à 50 % des enfants mourant avant 15 ans avant le XVIIIe siècle) à un régime à faible mortalité et faible natalité — dont le taux de croissance mondial a déjà été divisé par deux depuis les années 1960 et devrait continuer à décroître. Environ 70 % de la population mondiale vit déjà dans des pays sous le seuil de deux enfants par femme ; seule l'Afrique intertropicale, où la population devrait tripler d'ici 2100 selon l'ONU, connaît encore une forte natalité, un phénomène qu'il relie à la pauvreté et à la ruralité plutôt qu'à un choix culturel figé (la natalité chute nettement avec l'urbanisation, y compris dans les bidonvilles). Il relativise la fiabilité de ces projections à long terme (l'exemple absurde du Niger projeté à 150 millions d'habitants) tout en notant que les erreurs passées de l'ONU se sont compensées au niveau mondial malgré de fortes divergences par pays.
Il conteste frontalement le cadrage « surpopulation-catastrophe environnementale », soulignant que la faim dans le monde est un problème de répartition politique et non de production (la moitié des céréales mondiales nourrissant du bétail avec un facteur de perte d'environ 10 en calories, 30 % de la production alimentaire gaspillée), et que l'Afrique, dont la population va le plus croître, pollue aujourd'hui à peine (environ 1 tonne de CO2 par habitant contre 8 pour l'Union européenne et 20 pour l'Amérique du Nord). Il développe un argument central de justice climatique : les émissions cumulées historiques, qui déterminent le réchauffement actuel, sont extrêmement concentrées en Amérique du Nord et en Europe, rendant selon lui absurde et injuste toute demande d'effort prioritaire adressée aux pays pauvres à forte natalité, alors que ce sont eux les principales victimes actuelles et futures de la crise climatique qu'ils n'ont pas causée.
Il propose plusieurs calculs pour évaluer l'impact réel d'une réduction drastique de la natalité (« expérience de pensée » de l'enfant unique appliquée à la France) : compte tenu de la démographie déjà engagée, l'effet sur les émissions cumulées mondiales à l'horizon 2100 resterait de l'ordre de -3 à -11 %, un résultat qu'il juge dérisoire comparé, par exemple, au remplacement des centrales à charbon européennes (-25 %). Il introduit le concept d'« effet Thanos » (en référence au film Avengers) pour désigner le mécanisme par lequel une réduction de population entraînerait un effet rebond massif — offre et demande de combustibles fossiles s'ajustant, mode de vie consumériste inchangé — qui absorberait la majorité des gains théoriques, de la même manière que l'isolation d'un logement ne réduit souvent que partiellement la facture de chauffage parce que les occupants augmentent le thermostat. Il déconstruit également le chiffre viral des « 60 tonnes de CO2 économisées par enfant en moins », montrant qu'il repose sur une hypothèse absurde (émissions par personne constantes jusqu'à la fin des temps, natalité maintenue à 9 enfants par femme) sans rapport avec une analyse de cycle de vie réelle, et propose son propre contre-calcul aboutissant à environ 1 tonne par an pour un enfant élevé dans une trajectoire de réduction conforme à l'Accord de Paris — un ordre de grandeur sans commune mesure avec le chiffre popularisé, qu'il juge de plus philosophiquement problématique (la procréation n'étant pas assimilable à un choix de consommation comme prendre l'avion).
Il conclut que les véritables obstacles à l'action climatique sont d'ordre politique et distributif plutôt que démographique : la répartition des efforts et des bénéfices écologiques est aussi une répartition du pouvoir, que les plus riches ne souhaitent pas céder — illustré par l'abandon des propositions de la Convention citoyenne pour le climat malgré un processus démocratique jugé exemplaire, ou par le détournement des approvisionnements en gaz vers l'Europe au détriment du Pakistan lors de la crise énergétique. Il réfute l'idée qu'un régime autoritaire serait plus efficace pour l'écologie (la « dictature verte » étant selon lui une chimère, les régimes autoritaires défendant structurellement les intérêts de court terme de la minorité au pouvoir), et insiste sur le fait que l'acceptabilité des mesures coercitives dépend moins de leur sévérité que de leur perception comme justes, démocratiquement décidées et équitablement partagées. Il termine en relativisant les inquiétudes sur le vieillissement français (ratio actifs/retraités jugé gérable comparé à l'ampleur du défi climatique) et en dénonçant l'individualisation de la responsabilité climatique via la question de la natalité, qui masque selon lui des enjeux collectifs de politique publique (urbanisme, transports, services publics).
Excerpts
Sur l'injustice de la répartition historique des émissions et le fardeau imposé aux pays pauvres :
“« Historiquement, c'est les pays riches qui ont causé le réchauffement, aujourd'hui c'est encore à eux qu'on dit qu'il faut d'abord que ce soit aux pays pauvres de faire des efforts [...] il n'y a pas de raison qu'un Français ait plus de part du gâteau de la planète qu'un Africain — aujourd'hui il en a 10 à 100 fois plus. »”
Sur l'effet Thanos et l'illusion d'une réduction démographique comme solution écologique :
“« Il se peut, il est même probable, que si on est deux fois moins il y ait un effet rebond gigantesque qui mangera la majorité des gains de la réduction de la population [...] c'est exactement le même mécanisme fondamental qui fait que l'effet rebond mange la majorité des gains technologiques. »”
Sur le mythe des « 60 tonnes de CO2 par enfant » :
“« Ce chiffre, c'est la somme de toutes les émissions futures de votre descendance jusqu'à la fin des temps [...] les auteurs eux-mêmes ont dit dans des interviews : n'en tenez pas compte, c'est un calcul théorique, c'est OK de faire des enfants, ce n'est pas ça le problème. »”