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Guaino, Henri

économiste, ancien Commissaire au Plan, ancien député, ancien conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, proche de Philippe Séguin, artisan de la campagne du « non » au référendum de Maastricht en 1992, auteur de À la 7e fois, les murailles tombèrent

FOLIES DIPLOMATIQUES et FAIBLESSE POLITIQUE : l'effondrement de notre société - Henri Guaino

Elucid · May 4, 2024

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Core ideas

Guaino définit le gaullisme non comme un catéchisme mais comme une histoire ayant un sens pour ceux qui y adhèrent — reprenant la formule d'André Malraux selon laquelle le nom du 18 juin fait écho à celui de Jeanne d'Arc et d'Antigone — et le caractérise comme la conception de la politique en tant qu'expression de la volonté humaine dans l'histoire contre les déterminismes. Il dresse un bilan personnel amer de trente ans de vie politique, estimant que les grandes figures de conviction (de Gaulle, Debré, Séguin) ont été progressivement submergées par un conformisme « moderniste » dépolitisant l'économie et la société, chaque génération politique perdant en gravité à mesure qu'elle s'éloignait des épreuves collectives majeures (guerre, résistance).

Il développe une distinction centrale entre souveraineté et indépendance : la souveraineté, définie comme le droit imprescriptible de dire non (y compris au prix du risque), serait un absolu inaliénable qu'aucun peuple ne peut perdre tant qu'il existe, tandis que l'indépendance — le degré de dépendance choisi vis-à-vis des autres — serait relative et négociable. Sur cette base, il conteste l'idée que la France aurait « perdu sa souveraineté » au profit de l'Union européenne, affirmant que rien n'empêche formellement un État de refuser d'appliquer une jurisprudence ou une norme européenne, sinon l'absence de volonté politique de le faire — la véritable crise étant selon lui celle de la responsabilité politique et de la légitimité, non de la souveraineté au sens strict. Il illustre cette perte de responsabilité par l'exemple de la privatisation d'EDF et d'Elf-Sanofi, entreprises publiques performantes démantelées sous la pression d'une idéologie anti-étatique devenue hégémonique sans véritable débat contradictoire.

Sur la légitimité démocratique, il analyse un basculement historique documenté depuis l'arrêt Costa contre ENEL de 1964 (jamais inscrit dans aucun traité ratifié, y compris après le rejet référendaire du projet de Constitution européenne en 2005) : le passage d'un système où le droit procède de la démocratie vers un système où la démocratie procède du droit, celui-ci devenant auto-légitimant par l'interprétation jurisprudentielle plutôt que par le vote populaire. Il conteste l'existence d'une « oligarchie libérale » au sens d'une soumission généralisée des responsables politiques aux intérêts financiers, citant sa propre expérience des G20 sous la présidence Sarkozy (débats sur la régulation des paradis fiscaux) pour illustrer sa thèse, inspirée de Keynes, selon laquelle « le monde est davantage guidé par les idées que par les intérêts » — les décideurs agissant selon un cadre mental façonné par leur trajectoire de sélection plutôt que par une soumission calculée à des lobbies.

Il développe une réflexion sur le rapport contemporain à l'histoire, qu'il juge dévalorisé par un excès d'utilitarisme réduisant son enseignement à un ornement culturel plutôt qu'à un savoir essentiel sur la nature humaine — en particulier sur le rapport structurel de l'humanité à la violence, qu'il présente (en se réclamant de René Girard) comme mimétique et auto-entretenue, contenue seulement par des « digues » civilisationnelles (éducation, droit, institutions) qui, une fois négligées, laissent la violence resurgir — l'Allemagne nazie illustrant selon lui qu'un haut niveau d'éducation ne constitue pas une garantie absolue contre cette résurgence.

Sur la guerre en Ukraine, il affirme avoir été surpris par l'invasion russe de 2022, qu'il juge avoir été un calcul irrationnel et probablement voué à l'échec pour Moscou, tout en estimant que la question de savoir qui a commencé ou si la décision était rationnelle n'est plus le problème central : la question actuelle serait celle du degré d'escalade que l'Occident souhaite assumer. Il développe une critique du « manichéisme » diplomatique (« le bien ne négocie pas avec le mal ») qu'il juge incompatible avec toute diplomatie réelle, reprenant la formule de Milan Kundera selon laquelle « Hitler nous a spoliés du tragique » — chaque adversaire contemporain étant systématiquement assimilé à Hitler pour justifier l'absence de négociation. Il rappelle que l'escalade de la violence a toujours été historiquement contenue par la rationalité des deux camps pendant la guerre froide (citant la crise des missiles de Cuba), et juge les sanctions économiques contre la Russie structurellement inefficaces compte tenu de sa richesse en matières premières lui permettant de contourner l'exclusion des marchés financiers occidentaux par le troc, comme le faisait le bloc soviétique pendant la guerre froide.

Sur le conflit israélo-palestinien, il qualifie l'attaque du 7 octobre d'« abomination délibérée » du Hamas visant selon son interprétation personnelle à provoquer une vengeance disproportionnée, mais désigne le conflit israélo-palestinien plus large comme une « tragédie » au sens propre — un conflit de deux légitimités irréconciliables — refusant explicitement de choisir entre le chagrin d'une mère israélienne et celui d'une mère palestinienne, et estimant qu'un État ne peut s'exonérer moralement des morts causés par ses bombardements sur une population civile dense, tout en défendant la solution à deux États comme seule issue non catastrophique. Il analyse le traitement différencié des conflits ukrainien et israélo-palestinien par l'Occident comme un symptôme d'une crise plus profonde de la civilisation occidentale, née de l'illusion de la « fin de l'histoire » proclamée en 1991 face à un monde redevenu multipolaire, l'Europe étant selon lui la première victime potentielle de la fracture croissante entre l'Occident et le reste du monde du fait de sa dépendance structurelle.

Enfin, sur l'Union européenne, il dresse un bilan d'échec total du projet issu de Maastricht (ni prospérité, ni paix garantie, ni progrès des libertés), tout en jugeant qu'une sortie brutale de l'euro serait aujourd'hui trop risquée pour le système financier mondial. Il propose, comme seule voie de sortie institutionnelle réaliste, de modifier l'article 55 de la Constitution française pour rétablir la primauté de la loi postérieure sur les traités internationaux (état du droit en vigueur avant les revirements jurisprudentiels du Conseil d'État en 1989 et de la Cour de cassation en 1975), par la voie du référendum de l'article 11 plutôt que celle, plus verrouillée, de l'article 89 — sur le modèle du recours par le général de Gaulle au référendum de 1962 contre l'opposition de la classe politique traditionnelle. Il conclut sur une réflexion morale distinguant le « tragique » (le déchirement de conscience face à des choix également nécessaires) du manichéisme de la « bonne conscience », illustrée par l'anecdote du poète René Char refusant, en tant que résistant, de donner l'ordre de tirer sur des SS pour épargner un camarade au prix d'un massacre de représailles sur un village entier.

Excerpts

Sur la distinction entre souveraineté (absolue) et indépendance (relative) :

“« La souveraineté, c'est le droit imprescriptible pour une personne ou pour un peuple de dire non [...] la souveraineté est un absolu, l'indépendance n'est pas un absolu, l'indépendance est relative. »”

Sur l'impossibilité de la diplomatie dans un cadre manichéen :

“« Il ne peut pas y avoir de diplomatie si vous êtes dans le combat du bien contre le mal [...] on ne va pas négocier avec l'agresseur, on ne va pas négocier avec le mal — le bien ne négocie pas avec le mal, et en fait on en revient toujours à ça. »”

Sur le tragique opposé au manichéisme, à travers l'anecdote de René Char :

“« Nous aurions tué les SS, nous aurions sauvé notre camarade, et les Allemands seraient revenus et auraient massacré le village [...] la morale, la vraie, c'est le cas de conscience, ce n'est pas la bonne conscience. »”