Pote, Bon
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Bon Pote retrace d'abord la solidité du consensus scientifique sur le réchauffement climatique d'origine humaine : concentration de CO2 à son plus haut niveau depuis 800 000 ans (environ 425 ppm), mécanisme physique du forçage radiatif qui invalide l'argument sceptique de la vapeur d'eau, et hausse continue des émissions mondiales malgré l'Accord de Paris. Il défend la fiabilité des modèles climatiques et la méthodologie du GIEC contre les accusations d'idéologie ou de manque de fiabilité, en soulignant son fonctionnement transparent, son budget modeste (5 à 8 millions d'euros par an) et le travail bénévole de ses auteurs, tout en retraçant l'histoire du doute manufacturé par l'industrie fossile (Total savait dès 1971, travaux de Naomi Oreskes sur les « marchands de doute », profits considérables de Saudi Aramco et des majors pétrolières) qui explique selon lui le décalage entre quasi-unanimité scientifique et adhésion publique déclinante en France (70 % à 63 %).
Il détaille ensuite plusieurs conséquences déjà mesurables ou projetées : l'année 2022 la plus chaude jamais enregistrée en France, les inondations de 2021 en Allemagne/Belgique/Luxembourg, une mortalité routière liée à la chaleur estimée entre 3 000 et 11 000 morts en France en 2022, la fonte de l'Antarctique (l'effondrement du seul secteur ouest représenterait 5 mètres de hausse du niveau des mers, la fonte totale 55 à 60 mètres), la possible disparition de la banquise arctique en septembre dès les années 2030 avec son effet d'amplification par l'albédo, et le concept de « thermomètre mouillé » (température ressentie combinant chaleur et humidité) qui pourrait rendre certaines régions d'Inde et de Chine périodiquement invivables d'ici 2100. Il explique aussi pourquoi la France se réchauffe plus vite que la moyenne mondiale (+1,7°C déjà contre +1,1-1,2°C au niveau global), pouvant atteindre +3 à +4°C domestiques d'ici les années 2040 pour un scénario mondial à +2°C, la létalité des canicules doublant environ tous les 2°C.
Une large partie de l'entretien porte sur la déconstruction d'arguments récurrents retardant l'action climatique : le technosolutionnisme (promotion de la croissance verte et de solutions techniques - capture carbone, carburants de synthèse - jugées très loin d'être déployées à l'échelle nécessaire), l'argument du « passager clandestin » (freerider) contré par les nombreux co-bénéfices de la baisse des émissions (santé publique, indépendance géopolitique vis-à-vis des énergies fossiles importées), l'accusation d'écologie punitive (retournée en soulignant l'atteinte aux libertés que représenteraient des canicules à 52°C), le greenwashing des entreprises cotées (aucune, selon lui, y compris au CAC 40, n'a de plan de décarbonation compatible avec la neutralité carbone), et la « politique des petits gestes » incarnée par des éléments du gouvernement français, jugée dérisoire face à l'absence de changement structurel (refus de réguler les jets privés, développement d'un terminal gazier au Havre après la crise énergétique de 2022).
Il insiste sur la dimension de justice sociale et de justice climatique : les catégories les plus aisées émettent en moyenne davantage de CO2 et devraient donc davantage contribuer à l'effort, la décroissance se distinguant de la récession par sa capacité à répartir cet effort équitablement plutôt que de le faire porter sur les plus démunis (référence aux gilets jaunes et à la taxe carbone). Il rappelle la distinction entre émissions territoriales et empreinte carbone (incluant les importations, environ 10 tonnes de CO2 par Français) et le débat sur l'équité internationale dans la répartition du budget carbone mondial (la France étant le 8e émetteur historique), citant les travaux d'un chercheur montrant que l'objectif français devrait être de -62 % plutôt que les -55 % actuellement visés. Il conclut sur l'ampleur de l'effort nécessaire (diviser par cinq l'empreinte carbone moyenne d'ici 2050, de 10 à environ 2 tonnes par personne) et sur la nécessité de changements structurels (transports en commun, rénovation thermique) qui rendent possibles les changements individuels, plutôt que l'inverse, tout en rendant hommage au travail bénévole des scientifiques du GIEC.
Excerpts
Sur la défense de la fiabilité et de la transparence du GIEC face aux accusations d'idéologie :
“« Ces personnes-là, les deux ou trois dernières années j'en ai suivi certains, ils travaillent de façon bénévole, ils ne comptent pas leurs heures [...] pour certains il y a eu des photos sur Twitter qui ont dormi au bureau ou dans leur labo pour pouvoir sortir à temps les rapports du GIEC. »”
Sur le retournement de l'argument de « l'écologie punitive » :
“« Quelle liberté vous aurez avec des étés à 52 degrés ? Qu'est-ce que vous faites à 52 degrés à Paris ? [...] soit tu as la climatisation, ce que je n'ai pas, ce que les millions de Français n'ont pas d'ailleurs, tu peux plus travailler, tu peux plus faire de sport, tu peux plus sortir entre amis [...] c'est ça une vraie atteinte à la liberté. »”
Sur l'ampleur de l'effort nécessaire et l'exemple des jets privés :
“« On voit ici les émissions en France sur l'empreinte carbone qui est d'à peu près 10 tonnes [...] il faut passer de 10 tonnes à 2 tonnes [...] on voit que l'effort est énorme et on se dit ils sont toujours pas arrivés à interdire les jets privés, interdire les SUV et compagnie. »”