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Robert, Denis

journaliste depuis 30 ans, révélateur de l'affaire Clearstream, ancien de Libération, auteur d'une vingtaine de livres, fondateur et directeur de la rédaction du média coopératif Blast

CENSURE, PROPAGANDE ET MÉDIAS INDÉPENDANTS : informer correctement est un combat - Denis Robert

Elucid · Jul 27, 2024

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Core ideas

Robert explique la genèse de Blast (lancé en 2021, autofinancé sous forme de coopérative) par son indignation face au traitement médiatique des Gilets jaunes, qu'il juge avoir été systématiquement caricaturé (assimilé à l'extrême droite) par l'ensemble de la presse, y compris de gauche, alors qu'il y voyait un mouvement social révélateur d'une détresse réelle. Il retrace l'influence décisive de sa rencontre avec Noam Chomsky (dont il fut l'un des premiers en France à publier un livre d'entretiens, refusé par plusieurs grandes maisons d'édition et publié finalement aux Arènes) sur sa compréhension de la « fabrique du consentement » et des présupposés cachés du métier journalistique.

Il développe une critique de la propagande « à la française », qu'il distingue du modèle américain décrit par Chomsky : la plupart des grands médias français appartiennent à un service public jugé inféodé au pouvoir ou à quatre ou cinq milliardaires (Arnault, Bolloré, Niel, Drahi, Dassault) pour qui l'information servirait de moyen de trafic d'influence plutôt que de source de profit — configuration qu'il juge spécifique à la France par comparaison avec l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ou les États-Unis. Il cite en exemple les chaînes d'info en continu (CNews en particulier, et des figures comme Pascal Praud) comme vecteurs de fabrication de polémiques et de « narratifs » plutôt que d'information, et développe un parallèle historique appuyé, tout en le nuançant lui-même, entre la stratégie médiatique du groupe Bolloré et celle du magnat de presse allemand Alfred Hugenberg dans les années 1920-1930, dont l'influence culturelle graduelle (journaux, cinéma via les studios UFA) aurait préparé le terrain à l'arrivée au pouvoir d'Hitler, malgré les réserves conservatrices d'Hugenberg lui-même envers le nazisme.

Il analyse en détail un exemple précis de fabrication concertée du discours médiatique et politique : la reprise quasi simultanée, par Netanyahou, Joe Biden, le CRIF, Stéphane Séjourné, LR, Marine Le Pen puis de nombreux sénateurs américains, du terme d'« équivalence » pour contester la démarche du procureur de la Cour pénale internationale ayant requis des mandats d'arrêt tant contre des dirigeants du Hamas que contre Netanyahou — démontrant selon lui la circulation d'éléments de langage préfabriqués relayés sans recul critique par les journalistes. Il défend la thèse que les véritables « pyromanes » de la résurgence de l'antisémitisme sont les propagandistes israéliens eux-mêmes et une partie de la classe politico-médiatique française (citant Manuel Valls, le Printemps républicain, Caroline Fourest), qui instrumentaliseraient la lutte contre l'antisémitisme pour disqualifier toute critique de la politique israélienne — position qu'il développe en s'appuyant sur un entretien avec Sylvain Cypel évoquant une possible « israélisation » des démocraties occidentales.

Il détaille les pressions personnelles considérables subies pendant l'affaire Clearstream (dix ans de procédures, une soixantaine de poursuites judiciaires, tentatives de corruption chiffrées jusqu'à plusieurs dizaines de millions d'euros, mise en examen très médiatisée, perquisitions), et explique sa résilience par un rapport détaché à l'argent et à la reconnaissance sociale plutôt que par un courage particulier. Il critique la formation dans les écoles de journalisme (CFJ notamment), jugées trop formatées et peu critiques envers le système médiatique dominant, en opposant des figures issues d'autres parcours (Fakir de François Ruffin) à la reproduction d'un journalisme institutionnel.

Il décrit le modèle économique fragile de Blast (coopérative sans versement de dividendes, environ 2000 sociétaires, financement par abonnement YouTube à 5 euros/mois complété par des dons défiscalisés), tributaire de l'algorithme opaque de YouTube — il cite l'exemple d'une vidéo avec le général Vincent Desportes, brutalement déclassée après trois jours pour avoir abordé la guerre en Ukraine, ainsi que la nécessité d'autocensurer ou biper certains mots pour éviter une classification restrictive. Il évoque également le repli de Facebook sur la dépolitisation de ses contenus (annoncé en 2024) comme une nouvelle contrainte pesant sur la diffusion des médias indépendants, tout en défendant une confiance relative dans la persistance d'un écosystème de journalisme indépendant face à la censure croissante.

Il identifie les sujets les plus systématiquement réprimés dans le débat public français : les paradis fiscaux et les chambres de compensation financière (sujet de l'affaire Clearstream elle-même), la fraude fiscale des grandes entreprises (comparée cyniquement, selon lui, à la fraude sociale par le discours politique dominant), le commerce des armes et le nucléaire, ainsi que le crime organisé — domaine où il confie avoir personnellement reculé face à des menaces réelles (l'affaire de Marie Laforêt et un mari mafieux), estimant que la frontière entre le monde bancaire officiel et les réseaux criminels transnationaux constitue une zone grise dangereuse à investiguer.

Il conclut sur une dénonciation de la corruption structurelle du système politique français, incarnée selon lui par des figures comme Gabriel Attal ou Emmanuel Macron (ancien de Rothschild), et sur le poids disproportionné de BlackRock — plus gros fonds d'investissement mondial, présent selon lui dans la quasi-totalité des entreprises du CAC 40, principal financeur de la Réserve fédérale américaine et premier visiteur officiel de Macron après son élection en 2017 — qu'il présente comme disposant d'un pouvoir supérieur à celui des gouvernements élus tout en pratiquant un greenwashing manifeste (investissements simultanés dans les énergies fossiles). Il rend hommage, en clôture, au juge Renaud Van Ruymbeke, récemment décédé, dont un discours de 1999 devant la Commission européenne sur les paradis fiscaux resterait selon lui d'une actualité frappante.

Excerpts

Sur la spécificité française de la propriété médiatique :

“« Tous les gros médias appartiennent au service public qui est très inféodé au pouvoir et à 4 ou 5 milliardaires pour qui l'information est un trafic d'influence [...] en Allemagne on n'a pas ça, en Italie on n'a pas ça, en Espagne on n'a pas ça, aux États-Unis on n'a pas ça. »”

Sur la circulation coordonnée d'un élément de langage après l'annonce de la CPI contre Netanyahou :

“« On voit que tout le monde a répété [le mot équivalence] [...] on voit aussi comment fonctionne cette propagande, et on voit que les journalistes n'ont pas pointé cette simultanéité dont on voit qu'elle n'est pas naturelle à l'évidence. »”

Sur le pouvoir de BlackRock supérieur à celui du pouvoir politique :

“« Aujourd'hui BlackRock et Larry Fink ont plus de pouvoir que Macron [...] le premier invité de Macron quand il a été élu président, début juin, c'est Larry Fink qui est venu le visiter — ça donne le ton, c'est quelqu'un de très important. »”