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Framont, Nicolas

sociologue, directeur du magazine Frustration, auteur de Parasites : comment les riches ont ruiné l'économie

DE MACRON AU RN : les PARASITES sont prêts à TOUT pour maintenir leurs INTÉRÊTS - Nicolas Framont

Elucid · Jun 29, 2024

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Core ideas

Framont défend la pertinence contemporaine du concept marxiste de lutte des classes, qu'il juge non seulement toujours opérant mais plus radical qu'au XIXe siècle puisque le capitalisme s'est désormais étendu à l'ensemble de la planète. Il rejette la théorie de la « classe moyenne tampon », qu'il qualifie de mirage idéologique des années 1980 ayant accompagné la conversion au capitalisme d'une partie de la gauche, arguant que le sentiment d'appartenance à la classe moyenne décline avec l'expérience croissante de l'exploitation et de l'insatisfaction des besoins de base, y compris en France. Il soutient par ailleurs qu'il existe bel et bien une conscience de classe croissante en France (plus forte selon les sondages qu'en 1968), mais qu'elle ne s'exprime plus dans le registre révolutionnaire classique : elle se traduit davantage par un affect de défiance et de repli identitaire (se distinguer de ceux perçus comme plus bas dans l'échelle sociale) que par une volonté de renversement collectif de la classe dominante. Il conteste également la thèse d'Emmanuel Todd faisant de la France une « classe de consommateurs » vivant sur le dos de pays producteurs, rappelant que la majorité des actifs français restent ouvriers et employés subissant une exploitation réelle dans le secteur des services.

Sur la dissolution de 2024, il avance deux hypothèses pour expliquer le geste de Macron : soit un pari raté sur la reconduction du « barrage républicain », déjoué par l'union rapide des gauches ; soit l'absence de tout problème de principe de Macron à voir le RN gouverner, celui-ci étant selon lui un réactionnaire assumé pour qui l'extrême droite offre précisément la restauration de l'ordre et de l'autorité que la bourgeoisie recherche face aux avancées sociétales (féminisme, droits LGBTQI) qu'elle juge menaçantes malgré vingt ans de gouvernements de droite. Il analyse le « macronisme » de 2017 (libéralisme économique et sociétal, promesse d'ubérisation généralisée) comme une coquille idéologique vide n'ayant jamais eu de contenu réel au-delà de la défense des intérêts des classes supérieures — ce qu'il baptise le « bourgeoisisme », distinct du libéralisme théorique puisqu'il consiste non pas à dérégler l'économie mais à multiplier les aides publiques aux entreprises (160 milliards d'euros par an selon lui, plus que le budget de l'Éducation nationale), notamment via les exonérations de cotisations patronales dont il affirme, études à l'appui, qu'elles n'ont aucun effet positif démontré sur l'emploi et créent même des effets pervers de rente.

Framont documente en détail le renversement du « barrage républicain » : la peur du RN, longtemps instrumentalisée pour légitimer les partis bourgeois successifs (Macron en dernier lieu), se retourne désormais contre la gauche à mesure que le RN devient à son tour le nouveau parti candidat de la bourgeoisie, ayant multiplié les gages de respectabilité économique (discours de Bardella devant le Medef, abandon des mesures de pouvoir d'achat, fin annoncée du collège unique pour favoriser l'apprentissage précoce dès 11 ans — qu'il qualifie de retour au travail des enfants). Il affirme que le RN n'est plus un parti « anti-système » — statut qu'il n'a brièvement occupé qu'à l'époque de son positionnement eurosceptique porté par Florian Philippot — mais la simple « radicalisation de ce que toute une partie de la bourgeoisie pense déjà », notamment sur l'immigration, devenue selon lui la nouvelle pensée unique consensuelle plutôt qu'une position transgressive. Il analyse la différence entre Macron et le RN comme une différence de degré et non de nature sur les libertés publiques (déjà largement entamées sous Macron selon lui, notamment en Nouvelle-Calédonie et dans les quartiers populaires, qu'il compare à des situations de « régime autoritaire » déjà existantes), mais comme une différence de nature sur le racisme et le sexisme, le RN visant selon lui à institutionnaliser et constitutionnaliser des discriminations déjà systémiques plutôt qu'à simplement les tolérer.

Sur le vote populaire en faveur du RN, il l'attribue à un défaut de conscience de classe « positive » plutôt qu'à un racisme généralisé : un choix de défiance envers les institutions collectives, nourri par le sentiment (entretenu médiatiquement) que la menace vient d'en bas (les migrants) plutôt que d'en haut (la captation des richesses par la bourgeoisie). Il se montre pessimiste sur la solidité du Nouveau Front populaire, qu'il juge être une alliance de circonstances entre forces idéologiquement incompatibles — une « gauche bourgeoise » incarnée par le Parti socialiste, historiquement compromise depuis 1983, et une France insoumise plus proche d'une logique de rupture — soulignant que les contraintes du cadre européen rendent selon lui structurellement impossible tout programme réellement redistributif, comparant la situation à vouloir démarrer une voiture dont l'antivol (l'Union européenne) empêche tout mouvement.

Il consacre une large partie de l'entretien à déconstruire le mythe du « grand entrepreneur héroïque » à partir de son travail sur les cent plus grandes fortunes françaises, prenant l'exemple de Rodolphe Saadé (CMA CGM), héritier d'une entreprise elle-même renflouée par l'État avant d'être vendue à bas prix, et documentant l'explosion des marges du transport maritime après la crise du Covid (jusqu'à 1000 % de hausse tarifaire). Il présente des données chiffrées sur l'explosion des dividendes du CAC 40 depuis 2003, la stagnation relative des salaires (+17 % en brut entre 2012 et 2021, hors inflation) contre un doublement des rémunérations patronales sur la même période, et une hausse de 400 % du patrimoine des milliardaires français entre 2009 et 2020, la plus forte parmi les grandes économies comparées. Il qualifie de « gaslighting » collectif le discours dominant faisant porter aux classes populaires la responsabilité du coût du travail, et développe une critique du management par la psychologie positive et du développement personnel comme dispositifs idéologiques individualisant des problèmes structurels (violence managériale, surengagement non rémunéré), en écho aux thèses de David Graeber sur les « bullshit jobs » et à des expériences historiques (l'anthropologie de David Graeber et David Wengrow) montrant que la hiérarchie n'a rien de naturel dans l'histoire humaine. Il conclut en rattachant les origines du capitalisme contemporain à la traite négrière et au commerce triangulaire, présentés comme la source de l'accumulation primitive du capital et de certaines techniques de gestion industrielle (comptabilité, discipline du travail), afin de démontrer que le système actuel n'a rien d'un aboutissement naturel de l'histoire humaine.

Excerpts

Sur le retournement cynique du barrage républicain :

“« Quand la peur du rassemblement national permettait à son poulain Macron de se faire élire, c'était une peur qu'elle activait, et maintenant qu'elle a besoin du rassemblement national pour continuer son régime d'accumulation et de parasitisme, elle tourne la rhétorique du barrage contre la gauche. »”

Sur le « gaslighting » collectif de la classe dominante envers la population :

“« J'ai vraiment l'impression qu'on subit un gaslighting, un détournement cognitif de la part de notre classe dominante [...] qui nous font toujours croire que nous sommes le problème, que nous sommes le poids, que nous sommes les parasites, que c'est nous qui coûtons trop cher, alors qu'on voit en réalité que le coût du capital nous écrase. »”

Sur les origines du capitalisme dans la traite négrière :

“« Si la bourgeoisie a pu devenir la classe dominante en Europe, c'est parce qu'elle a obtenu un coup de boost financier obtenu grâce à la traite, au commerce triangulaire, c'est-à-dire à l'esclavage [...] ce crime contre l'humanité a donné naissance au capitalisme contemporain. »”