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Boulo, François

avocat spécialisé en droit du travail, ancien porte-parole du mouvement des Gilets jaunes, auteur de Prends le pouvoir, fondateur de la chaîne YouTube Praxis

CETTE CASTE D’INCOMPÉTENTS IGNORE LA COLÈRE ET MULTIPLIE LES INJUSTICES ! - François Boulo

Elucid · Apr 8, 2023

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Core ideas

Boulo situe la réforme des retraites de 2023 dans une séquence longue de crises sociales françaises récurrentes depuis 2016 (loi El Khomri, Gilets jaunes, première réforme des retraites), qu'il relie à la dégradation des indicateurs économiques depuis la crise des subprimes de 2008 et à une polarisation politique croissante (les scores cumulés de Sarkozy et Hollande en 2012 contre la montée des partis de rupture en 2017 et 2022). Il juge la réforme injuste et inutile : reporter l'âge légal plutôt que d'augmenter la durée de cotisation pénaliserait spécifiquement les non-diplômés aux métiers pénibles tout en épargnant l'électorat de Macron (cadres et classes moyennes supérieures ayant fait des études longues), et le déficit annoncé de 13 milliards d'euros lui paraît dérisoire comparé aux 150 milliards d'allégements fiscaux et sociaux accordés chaque année aux entreprises — révélant selon lui non une contrainte budgétaire mais un choix politique délibéré de gérer l'appauvrissement du pays plutôt que de construire une stratégie industrielle, la mission qu'il estime être celle, non remplie, de la haute fonction publique.

Il documente ce qu'il présente comme une dérive répressive de l'État macroniste : usage de l'article 49-3 qu'il juge détourné de son objet gaullien, refus de recourir au référendum malgré son inscription constitutionnelle, mutilations lors des mobilisations (plus de 30 mutilés chez les Gilets jaunes, aucune poursuite judiciaire de policiers), arrestations arbitraires de non-manifestants, et un rôle qu'il attribue à l'IGPN de « lessiveuse » enterrant les dossiers. Il propose, comme piste concrète, l'accompagnement des manifestations par des huissiers de justice pour objectiver les violences et identifier les policiers ne portant pas leur numéro RIO. Sur les stratégies de mobilisation, il juge les manifestations de masse structurellement insuffisantes pour faire reculer le pouvoir et défend la grève ciblée sur les secteurs stratégiques de l'économie (plutôt que le comptage de manifestants), tout en reconnaissant que les scènes de désordre urbain pendant les Gilets jaunes ont été, selon lui, le levier le plus efficace ayant obtenu une concession (17 milliards d'euros), le message envoyé par le pouvoir étant qu'il ne cède qu'à la peur, non à la mobilisation pacifique.

Il attribue la faible pluralité de l'information française à trois causes : la concentration de 90% des médias mainstream entre les mains de 9 ou 10 milliardaires y voyant un instrument de propagande plutôt qu'un investissement rentable ; l'alignement idéologique spontané d'une classe journalistique de classe moyenne supérieure bénéficiaire du statu quo ; et une incompétence et inculture politique qu'il illustre par une anecdote personnelle (une journaliste ignorant l'origine du terme « néolibéralisme »). Il développe une critique structurelle de la construction européenne : l'euro serait selon lui inviable en l'absence de solidarité budgétaire réelle entre États (contrairement aux transferts internes aux États-Unis), l'Allemagne refusant systématiquement cette solidarité malgré les concessions autéritaires déjà consenties par la France depuis 2017 ; le marché unique aurait mis la France en concurrence directe avec des pays à bas coût salarial (Pologne, Roumanie), provoquant délocalisations et désindustrialisation, sans que la France utilise les marges de manœuvre disponibles (dérogation espagnole/portugaise sur le marché de l'électricité, taxation des surprofits pratiquée par des pays voisins).

Sur la dette publique, il relativise l'argument de la dette « insoutenable » en la resituant dans une tendance occidentale generale née de la sortie unilatérale des accords de Bretton Woods par Nixon en 1971, et propose de privilégier la détention de la dette française par des résidents français (passée de 75% à 50% de détention étrangère avant d'être partiellement inversée par le quantitative easing de la BCE) pour préserver la souveraineté budgétaire face aux marchés financiers. Il dénonce l'explosion parallèle des inégalités (nouvelles catégories de pauvres recourant à l'aide alimentaire depuis 2020 face à l'envolée simultanée du patrimoine des milliardaires et des dividendes versés), qu'il relie directement aux choix fiscaux macronistes (suppression de l'ISF, flat tax, suppression de l'exit tax), rapports d'évaluation officiels à l'appui montrant l'inefficacité de ces allégements sur l'investissement réel. Il conclut sur une proposition programmatique centrale — plafonner les revenus à un rapport de 1 à 20 (soit un maximum d'environ 30 000 euros mensuels si le SMIC est à 1 500 euros) — qu'il présente comme condition nécessaire à l'existence même d'une démocratie, affirmant, en écho à Montesquieu sur l'abus de pouvoir, que la coexistence de milliardaires et de démocratie est structurellement impossible puisque l'argent permet toujours de capter le processus électoral et médiatique.

Excerpts

Sur l'incompétence de la haute fonction publique face à la gestion de l'appauvrissement :

“« On leur a fait faire les plus grandes écoles du pays, on leur donne des privilèges incroyables [...] leur travail c'est de construire une stratégie économique, une stratégie industrielle [...] c'est pas pour gérer l'appauvrissement, ce qui nécessite de faire des opérations mathématiques de niveau CE2. »”

Sur le message envoyé par le pouvoir aux mobilisations sociales :

“« Le message que le pouvoir politique a envoyé aux gens, c'est : tant qu'il y a pas de violence et tant que vous ne me faites pas peur, je ne céderai rien [...] et s'il y a de la violence, j'ai l'impression que là je suis prêt à lâcher. »”

Sur l'incompatibilité structurelle entre démocratie et existence de milliardaires :

“« Il ne peut pas y avoir de démocratie quand il y a des milliardaires, parce que ces gens ont tellement d'argent, tellement de pouvoir, qu'ils sont en capacité de capter le processus électoral, d'acheter la démocratie [...] c'est une fable, quand vous avez des milliardaires vous vivez nécessairement en oligarchie. »”