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Nicolino, Fabrice

journaliste d'investigation, auteur de Le Grand Sabotage climatique : révélations sur un système corrompu — ONU, multinationales, gouvernements

ONU, GIEC, COP : HYPOCRISIE ET GRAND SABOTAGE CLIMATIQUE ! - Fabrice Nicolino

Elucid · Jun 1, 2024

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Core ideas

Nicolino rappelle que la compréhension scientifique de l'effet de serre et du réchauffement lié au CO2 est documentée depuis environ 120-130 ans, contredisant l'idée reçue d'une prise de conscience récente : il cite le programme électoral de René Dumont à la présidentielle de 1974, le rapport du Club de Rome (Halte à la croissance ?, 1972) et surtout le témoignage retentissant du climatologue James Hansen devant le Congrès américain en 1988. Il retrace la création du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) après la Conférence de Stockholm de 1972, née selon lui d'une réaction précipitée de l'ONU face à l'émergence du mouvement écologiste américain (10 % de la population aurait défilé lors du premier « Jour de la Terre » le 22 avril 1970) — soulignant, à titre d'exemple du peu de sérieux initial de l'institution, que l'ONU n'aurait consacré que 100 000 dollars à cette conférence, une somme dérisoire comparée aux centaines de millions dépensés simultanément par les États-Unis pour la guerre du Vietnam.

Il développe une thèse centrale sur le choix, selon lui inexpliqué et suspect, de Maurice Strong — homme d'affaires canadien sans expertise environnementale, mais actif de longue date dans l'industrie pétrolière et gazière — comme premier directeur du PNUE puis organisateur des sommets de la Terre de Stockholm (1972) et de Rio (1992), et cocréateur du GIEC. Nicolino documente que Strong possédait, au moment même où il dirigeait ces institutions climatiques, des sociétés pétrolières et un ranch de 40 000 à 60 000 hectares dans le Colorado pour lequel il avait proposé de forer la nappe phréatique afin de vendre l'eau à des villes de l'Ouest américain — projet finalement bloqué par une coalition de pêcheurs, agriculteurs et populations autochtones. Il relate également la carrière de Stephan Schmidheiny, bras droit de Strong pour le Sommet de Rio et fondateur du Conseil mondial des entreprises pour le développement durable (WBCSD), condamné en Italie à 18 ans de prison pour la mort d'environ 3 000 ouvriers exposés à l'amiante dans son entreprise Eternit — condamnation devenue caduque pour prescription avant qu'il ne puisse être incarcéré. Nicolino se dit personnellement partagé entre l'hypothèse d'une sincérité authentique mais compromise chez Strong et celle d'une mission délibérée de neutralisation du mouvement climatique de l'intérieur, sans trancher définitivement.

Sur le vocabulaire, il analyse l'expression « développement durable », popularisée par le rapport Brundtland de 1987 (dont Strong aurait été un artisan central), comme une « novlangue » stratégiquement floue : il retrace la généalogie problématique du mot « développement » lui-même jusqu'au discours de Truman de 1949 inventant la catégorie de « pays sous-développés » sur le modèle américain, et souligne que la traduction française de « sustainable » (soutenable, notion écologique de capacité de charge des écosystèmes) par « durable » (appelé à durer indéfiniment) constituerait une « supercherie langagière » ayant permis aux plus grands pollueurs mondiaux (Bayer, Monsanto, groupes pétroliers) d'adhérer massivement au concept sans jamais changer de pratiques — un exemple selon lui typique du « greenwashing ».

Il détaille la naissance du GIEC en 1988, initialement conçu comme une structure scientifique indépendante, mais dont Margaret Thatcher et Ronald Reagan auraient exigé, via un sommet du G7, qu'elle intègre des représentants d'États dans la rédaction des résumés destinés aux décideurs — transformant selon lui l'organisme en espace de négociation diplomatique édulcorant les conclusions scientifiques les plus alarmantes. Il compare les stratégies de désinformation de l'industrie fossile (dont il affirme qu'elle connaissait la réalité du réchauffement climatique depuis au moins 50 ans, citant des projections d'Exxon conformes à la réalité observée depuis) aux méthodes documentées de l'industrie du tabac (réunion secrète de 1953 à New York) et des pesticides (congrès parisien de 1970 confié à un communicant spécialisé dans la désinformation), consistant à financer des études contradictoires pour semer le doute plutôt qu'à nier frontalement.

Il qualifie les COP, et en particulier la COP21 de Paris (2015), d'opérations de communication politique sans portée contraignante réelle, rappelant avoir publiquement prédit son échec dans une tribune au Monde avant l'événement, et citant l'écart entre l'engagement de la COP3 de Kyoto (réduction de 5 % des émissions des pays développés d'ici 2021) et la réalité observée (hausse de 40 %). Il attribue cet échec structurel à l'absence de remise en cause du commerce mondial et de l'Organisation mondiale du commerce, et dénonce les mécanismes de compensation carbone (plantations forestières compensatoires) comme des dispositifs largement inefficaces selon des enquêtes du Guardian et du Süddeutsche Zeitung, servant surtout à entretenir l'illusion qu'on peut continuer à polluer sans conséquence. Il développe une critique symétrique de la géo-ingénierie (miroirs spatiaux, captation du carbone), qu'il juge relever de la même « pensée magique » technologique permettant d'éviter toute remise en cause du mode de consommation, insistant sur le fait qu'aucune de ces solutions techniques n'existe à une échelle opérationnelle pertinente aujourd'hui.

Il analyse enfin le rôle des médias et de figures climato-sceptiques françaises, en particulier Claude Allègre (chroniqueur influent au Point puis à L'Express, ministre de l'Éducation de Lionel Jospin), qu'il accuse d'avoir « triché » avec des données scientifiques dans son livre L'Imposture climatique. Il relie l'inaction politique généralisée à l'irresponsabilité générationnelle des dirigeants (« les politiciens ne seront pas là pour payer la note »), cite l'étude The Lancet sur l'« éco-anxiété » (près de 70 % des jeunes de moins de 25 ans jugeant l'avenir « effrayant » dans dix pays étudiés) et conclut, de façon plus prospective et personnelle, que seule une rupture de nature historique comparable à 1789 — une authentique refondation démocratique permettant au peuple de reprendre prise sur son destin — pourrait selon lui débloquer une situation qu'il juge sans précédent dans l'histoire humaine, les partis politiques existants ayant tous été formés dans un cadre désormais caduc face à l'ampleur inédite de la crise climatique.

Excerpts

Sur le paradoxe de Maurice Strong, dirigeant pétrolier devenu premier organisateur des sommets climatiques de l'ONU :

“« Cet homme-là qui dirige des sociétés pétrolières, qui détruit plein de choses, au moment où il crée le GIEC, au moment où il vend du pétrole [...] présentez-moi ce scénariste qui a inventé une histoire aussi folle, à laquelle personne ne peut croire — c'est tellement énorme que personne ne peut y croire. C'est la vérité. »”

Sur l'inaction délibérée des dirigeants politiques face à la crise climatique :

“« Les politiciens ne seront pas là pour payer la note, donc ils s'en foutent. Monsieur Macron il s'en cogne, monsieur Attal il s'en fout, tous ces gens-là sont contre-foutent. La politique, c'est l'irresponsabilité érigée en principe de base, dans l'idée d'agir sans agir. »”

Sur la géo-ingénierie comme nouvelle forme de pensée magique :

“« Quand vous voyez un charlatan se pointer pour vous vanter la géo-ingénierie, rappelez-vous de la chose la plus importante : c'est que ça n'a pas commencé. [...] Elles sont où, vos solutions techniques ? Elles sont où ? »”