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Podcasts/Elucid/[Not Set]

[Not Set]

Compilation — réponses de plusieurs invités passés d'Elucid (économistes, historiens, philosophes, sociologues, géopolitologues) à une question récurrente de fin d'entretien

Qu'est-ce qui est connu de peu de personnes, mais mériterait d'être connu de tous ?

Elucid · Dec 21, 2024

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Core ideas

L'épisode compile une série de courtes interventions, chacune apportant un savoir ou une conviction jugée insuffisamment connue par son auteur. Un premier intervenant, se présentant comme ancien trader reconverti à l'étude de la pensée scolastique médiévale (Thomas d'Aquin), défend l'idée — tirée du livre La Bourse et la Vie de Jacques Le Goff — que la finance moderne n'est qu'une forme d'usure, définie par les théologiens du Moyen Âge comme un « commerce du temps » : prêter à intérêt reviendrait à vendre un temps qui n'appartient qu'à Dieu, une intuition qu'il relie à la question contemporaine de la retraite et du temps de vie que chacun peut ou non se réapproprier. Un intervenant ultérieur relie une anecdote d'ethnologie (un os fracturé puis soigné comme marqueur de la naissance de la civilisation) à une inquiétude sur l'avenir des solidarités humaines, et cite Ivan Illich et l'histoire de Nebrija — le conseiller qui, en 1492, aurait suggéré à Isabelle de Castille qu'imposer une langue unique valait toutes les armées pour soumettre un peuple — pour illustrer la thèse que l'uniformisation linguistique (aujourd'hui, selon lui, la domination de l'anglais algorithmique) est un instrument de pouvoir.

Un géopolitologue avance que la déstructuration du cadre atlantique dominant depuis le XVIIIe siècle et le basculement économique vers l'Asie (Chine, Inde, Indonésie, Malaisie) constituent une bascule majeure trop peu débattue dans la presse française et européenne, qui continuerait selon lui à raisonner comme si l'Europe demeurait le centre du monde. Un philosophe développe une thèse sur la « passion de ne pas savoir » comme ressort commun de plusieurs régimes politiques (le nazisme niant une humanité commune, le stalinisme niant l'individu, le néolibéralisme niant, selon lui, tout ce qui n'est pas pulsionnel et marchand), estimant que chacun de ces systèmes finit par se « fracasser » sur ce qu'il refusait de voir — pour le néolibéralisme, la persistance des cultures humaines diverses face au dérèglement climatique, qu'il préfère qualifier de « capitalocène » plutôt que d'« anthropocène » pour en désigner la cause systémique plutôt que l'espèce humaine en général.

Une sociologue défend l'existence du site Sci-Hub comme un accès gratuit et libre à la recherche scientifique, qu'elle juge injustement payante alors que produite par des chercheurs publics, et appelle à la circulation du savoir contre l'homogénéisation des points de vue. Un autre intervenant loue la curiosité comme vertu plutôt que défaut, citant un entretien de Jacques Brel à Radioscopie (1974). Une autrice affirme, en s'appuyant sur des travaux de recherche menés par l'OTAN avec des universités américaines, que la « guerre cognitive » — la manipulation de l'opinion via les réseaux sociaux et les neurosciences — constitue déjà la guerre du futur, et appelle à cultiver l'esprit critique et la diversité des sources d'information face à ce risque. Un chercheur cite des statistiques énergétiques chinoises (115 à 120 millions de tonnes de carburants synthétiques produits à partir du charbon, contre 40 millions de tonnes de consommation d'essence en France) pour avancer que la voiture électrique — dont la moitié du parc mondial roule en Chine, pays où l'électricité est produite à 80 % à partir du charbon — relève moins d'une décarbonation réelle que d'une stratégie chinoise de souveraineté énergétique, et que sa fabrication (acier, ciment routier) reste elle-même fortement carbonée.

Un chercheur en sciences cognitives présente une expérience selon laquelle des groupes en désaccord parviennent statistiquement à de meilleures réponses collectives sur des tâches de raisonnement trompeuses que des individus isolés laissés à une longue réflexion solitaire, ces derniers ayant tendance à se figer dans leur intuition initiale erronée. Un autre invité consacre son intervention aux Variations Goldberg de Bach, soulignant leur paradoxe musical (l'absence apparente de thème reconnaissable jusqu'à sa réapparition explicite à la trentième variation) comme une méditation sur l'identité et la transformation. Un intervenant appelle à mieux connaître l'histoire longue de la mortalité infantile et la figure oubliée du médecin Ignace Semmelweis, pionnier du lavage des mains en obstétrique mort méprisé peu avant les découvertes de Pasteur, comme antidote à l'occultation contemporaine de la mort et comme figure que le mouvement féministe, selon cet intervenant, aurait tort d'ignorer dans sa critique de la médecine.

Une intervention développe la thèse que la valeur économique est toujours une construction sociale plutôt qu'une propriété objective des choses ou du travail, illustrée par l'écart de valeur entre l'or et le platine (le platine étant plus rare et plus utile industriellement, mais moins valorisé) et par l'écart de rémunération entre un footballeur professionnel (cité à 6 millions d'euros mensuels) et une aide-soignante (environ 1700 euros mensuels), écart que l'intervenant juge collectivement décidé sans que personne n'en assume la responsabilité ni n'y adhère individuellement. Une autre intervention défend le kōdō japonais — l'art d'écouter les fragrances de bois aromatiques, apparu à l'époque Edo — comme métaphore de l'impermanence et de la beauté du passage, dans le prolongement d'une réflexion personnelle sur l'odorat comme sens dévalorisé.

Une universitaire distingue la « visibilité » (l'accès à une audience, structurée par le capital et les grands médias) de l'« accessibilité » (la capacité effective à comprendre et mobiliser un savoir spécialisé), illustrée par l'exemple de la géopolitique de l'Ukraine — analysée, selon elle, bien avant 2022 par des géopolitologues compétents mais peu accessibles au grand public faute de vulgarisation — et appelle chercheurs et citoyens à un effort réciproque de rendre le savoir critique accessible. Un historien conteste la vision misérabiliste du passé (y compris médiéval) véhiculée par le discours du progrès contemporain, citant l'historien E. P. Thompson sur la nécessité de « sauver le passé de l'immense condescendance de la postérité », et invite à reconnaître que des sociétés passées, notamment paysannes, ont pu vivre sobrement sans être nécessairement misérables.

L'épisode se conclut par deux interventions à teneur plus directement politique : l'une soutient que la démocratie a cessé d'exister en Europe entre le référendum français de 2005 (jugé trahi par Nicolas Sarkozy) et le référendum grec de 2015 (jugé trahi par Alexis Tsípras), la souveraineté populaire ne pouvant, selon cet intervenant, ni se partager ni se déléguer sans disparaître ; il défend, en citant Montesquieu sur la tendance de tout pouvoir à l'abus, la thèse qu'aucune démocratie n'est possible en présence de milliardaires (capables, selon lui, de capter le processus électoral via le contrôle des médias, le lobbying et le financement des partis), et propose l'instauration d'un rapport maximal de 1 à 20 entre revenu minimum et revenu maximum comme condition d'une démocratie réelle. L'épisode se termine sur une réflexion tirée d'une relecture de l'Iliade et de l'Odyssée, opposant la gloire guerrière d'Achille à la sagesse du voyage d'Ulysse, présentée comme l'enseignement le plus profond mais le moins retenu de la tradition homérique : la véritable épopée n'est pas le combat mais la capacité à traverser la durée sans perdre son humanité.

Excerpts

Sur la construction sociale arbitraire de la valeur économique :

“« Kylian Mbappé vaut 3500 fois plus que l'aide-soignante [...] il y a aucun élément objectif et naturel qui l'explique, c'est que nous qui l'avons décidé. »”

Sur l'incompatibilité affirmée entre démocratie et présence de milliardaires :

“« Il ne peut pas y avoir de démocratie quand il y a des milliardaires parce que ces gens ont tellement d'argent, ont tellement de pouvoir que par la force des choses ils sont en capacité de capter le processus électoral, d'acheter la démocratie [...] en achetant les médias, en faisant des opérations de lobbying, en finançant les partis politiques. »”

Sur la voiture électrique comme stratégie de souveraineté énergétique plutôt que de décarbonation :

“« La moitié des voitures électriques en ce moment roulent en Chine, et en Chine l'électricité est produite à 80 % à partir du charbon [...] ça permet de comprendre différemment la question de la voiture électrique : que c'est d'abord une technologie de souveraineté énergétique pour la Chine. »”