Boniface, Pascal
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Boniface retrace l'effondrement du processus de paix d'Oslo (assassinat de Rabin, attentats du Hamas de l'époque ayant affaibli le camp israélien de la paix) jusqu'à la situation actuelle de colonisation en Cisjordanie et de blocus de Gaza, et explique la stratégie de Netanyahou consistant à avoir sciemment renforcé le Hamas au détriment de l'Autorité palestinienne pour affaiblir toute perspective d'État palestinien. Il qualifie les attentats du 7 octobre de condamnables sans réserve tout en insistant, en citant le député Jean-Louis Bourlanges, sur la distinction entre « sans excuse » et « sans cause » : contextualiser n'équivaut pas à excuser, de même qu'expliquer une épidémie ne revient pas à l'excuser.
Il développe une analyse de la fracture géopolitique mondiale entre l'Occident et le reste du monde (« the West versus the rest »), déjà identifiée selon lui à propos de la guerre en Ukraine, et l'illustre par un exercice consistant à intervertir les termes de deux communiqués du G20 sur l'Ukraine et sur Israël-Palestine pour révéler un « deux poids deux mesures » flagrant (condamnation ferme de l'annexion russe de la Crimée mais silence sur l'annexion de Jérusalem-Est, appel à une trêve humanitaire seulement pour Gaza). Il distingue les pays instrumentalisant ce double standard (Russie, Chine) de ceux sincèrement choqués en raison de leur propre passé colonial ou d'apartheid (Afrique du Sud, Brésil, Indonésie, Malaisie).
Il analyse le rôle des États-Unis comme le seul acteur ayant historiquement une influence réelle sur Israël, rappelant que George H. W. Bush fut le dernier président à avoir exercé une pression concrète (lors de la guerre du Golfe de 1991, menant aux accords de Madrid puis d'Oslo), tandis qu'Obama et Biden n'ont jamais traduit leurs déclarations critiques de la colonisation en actes — citant l'anecdote de l'annonce de nouvelles colonies par Netanyahou au moment même où l'avion du vice-président Biden décollait d'Israël, et la formule de l'éditorialiste Thomas Friedman comparant Netanyahou à un ami ivre au volant auquel il faudrait retirer les clés. Il documente l'affaiblissement de l'influence européenne (Allemagne s'interdisant toute critique pour raisons historiques, France se rangeant de plus en plus dans le rang occidental) et la relativisation de l'influence américaine dans le reste du monde (refus saoudien d'augmenter sa production pétrolière malgré la demande de Biden, réconciliation Iran-Arabie saoudite sous l'égide chinoise).
Il critique le concept israélien de « légitime défense préventive » comme juridiquement intenable (« une défense préventive devient une agression ») et affirme qu'un large consensus (agences onusiennes, ONG, juristes) juge la riposte israélienne disproportionnée même dans le cadre d'une légitime défense reconnue face au Hamas. Il développe une critique de l'autocensure occidentale sur la question israélienne, illustrée par l'échec de la criminalisation française du mouvement BDS (finalement condamnée par la CEDH) et par le silence français après le bombardement partiel de l'Institut français de Gaza. Il analyse la montée des soutiens chrétiens évangélistes sionistes comme paradoxalement antisémites (attendant la disparition des Juifs après le retour du Messie) et développe une distinction entre antisémitisme, antisionisme et critique politique légitime d'un gouvernement, citant des personnalités juives antisionistes (Chomsky, Rony Brauman) et des sionistes du camp de la paix (Avraham Burg, Amos Oz).
Il conclut en partageant son expérience personnelle de vingt-deux ans de campagnes hostiles à son encontre depuis une note de 2001 comparant le traitement médiatique du conflit israélo-palestinien à celui du Kosovo, mentionnant des attaques déformant ses propos (photo montée avec Alain Soral, faux tweet ayant donné lieu à un procès gagné en appel) et son exclusion de certains médias, qu'il attribue à une règle tacite du monde médiatique interdisant de critiquer ses propres pairs. Il souligne enfin l'ampleur, selon lui plus grave que la censure elle-même, de l'autocensure pratiquée par de nombreux experts et chercheurs craignant les conséquences professionnelles d'une opinion dissidente sur ce sujet.
Excerpts
Sur le double standard entre l'Ukraine et la Palestine dans le discours occidental :
“« Vous condamnez l'acquisition de territoire par la force par la Russie, mais quand c'est Israël, non seulement vous ne condamnez pas, mais en fait vous soutenez [...] c'est ce double discours qui est de plus en plus insupportable pour les pays du Sud. »”
Sur l'échec structurel de la pression occidentale sur Israël :
“« Les pays occidentaux s'interdisent toute pression sur Israël et Israël le sait, donc pourquoi Israël irait-il satisfaire les demandes occidentales, puisqu'elle sait qu'elles sont purement platoniques ? [...] s'il ne cède pas, il ne se passe rien. »”
Sur le « rayon paralysant » de l'accusation d'antisémitisme et l'autocensure qui en résulte :
“« On confond l'opposition à un État, l'opposition à un peuple et la critique politique d'un gouvernement [...] l'autocensure est beaucoup plus importante que la censure ; beaucoup de gens ont un discours public différent de leur discours privé. »”