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Montebourg, Arnaud

entrepreneur, ancien député pendant 15 ans, ancien ministre du Redressement productif puis de l'Économie de 2012 à 2014

TRAHISON DE NOS « ÉLITES » : UNE FRANCE VASSALISÉE PEUT-ELLE SURVIVRE ? - Arnaud Montebourg

Elucid · Jun 3, 2023

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Core ideas

Montebourg dresse un constat économique alarmant de la France, qu'il juge en « urgence pressante » : un déficit commercial passé d'environ 55-60 milliards d'euros à son départ de Bercy à 156 milliards aujourd'hui, un déficit chronique sur 6 500 des 9 000 produits consommés, et une désindustrialisation continue depuis la crise de 2008-2009 (la production industrielle française reste inférieure à son niveau de 2000, l'emploi industriel étant passé de près de 6 millions à environ 3 millions). Il attribue cet appauvrissement à l'incapacité de la France à produire ce qu'elle consomme, ce qui la contraint à « se vendre » — via l'endettement et le rachat d'actifs (entreprises, immobilier, terres agricoles) par des capitaux étrangers — pour compenser ce déficit, alors que des pays comparables (Allemagne, Italie, même la Grèce ou la Roumanie) ont amélioré leur position.

Il attribue une large part de cette trajectoire à la « trahison » d'une élite qu'il décrit comme un cercle homogène (mêmes formations, Sciences Po/ENA, mêmes corps d'État) incapable de pensée hétérodoxe, illustrée par les cessions de fleurons industriels (Pechiney, Arcelor, Alstom) où des dirigeants ont accepté de vendre — parfois sous la contrainte du droit extraterritorial américain, comme dans le cas de Patrick Kron et l'emprisonnement de Frédéric Pierucci — en échange de primes personnelles considérables (10 à 15 millions d'euros selon lui pour plusieurs dirigeants cités). Il revient longuement sur son expérience ministérielle au Redressement productif, où il défend une approche interventionniste (blocage d'investissements étrangers via un décret qu'il avait fait créer, sauvetage d'usines, tentative de conserver le contrôle sur des co-entreprises issues d'Alstom) régulièrement contrariée, selon lui, par ses successeurs et par la décision présidentielle (François Hollande) de céder Alstom à General Electric.

Il développe une critique de la construction européenne comme facteur structurel de cette désindustrialisation : le démantèlement du monopole d'EDF sous pression de la Commission européenne (qu'il juge non négociable et à renverser), la privatisation partielle du marché de l'électricité ayant permis à des traders de capter la rente sans investir, et la contrainte budgétaire (déficits, dette) qu'il présente comme largement suspendue depuis le Covid mais politiquement instrumentalisée pour imposer des réformes — citant en exemple la réforme des retraites de 2023, qu'il affirme avoir été une contrepartie « maquillée en recommandation » du plan de relance européen. Il revendique à l'inverse une ligne souverainiste et protectionniste, s'appuyant sur les travaux de l'historienne Suzanne Berger pour soutenir que le protectionnisme est facteur de paix plutôt que de guerre, et cite l'exemple d'un plan de véhicule à 2 litres aux 100 km abandonné qui aurait pu, selon lui, éviter une dépendance stratégique à l'égard de la Chine sur le véhicule électrique.

Sur le plan géopolitique, il détaille les outils de ce qu'il appelle la guerre économique américaine contre la France : surveillance de la NSA révélée par Snowden (75 millions de communications françaises interceptées), extraterritorialité du droit américain (illustrée par l'affaire Alstom), le régime ITAR permettant aux États-Unis de bloquer l'exportation de tout produit contenant un composant américain, et le Patriot Act autorisant des investigations sans autorisation judiciaire dans des entreprises sous contrôle américain — un régime qu'il oppose à une relation jugée non menaçante avec le Canada. Il conclut sur une critique institutionnelle des pratiques du pouvoir exécutif français (usage du 49-3 et de procédures parlementaires jugées détournées pour faire adopter la réforme des retraites sans vote de l'Assemblée nationale sur son article central), qu'il qualifie de dégradation démocratique, et appelle à une réindustrialisation massive financée par la réorientation de l'épargne française (94 % actuellement dans l'immobilier) et à une réorganisation du débat public, tout en défendant la légitimité de la France à faire valoir unilatéralement son intérêt national face aux règles européennes.

Excerpts

Sur le fonctionnement homogène et non hétérodoxe de l'élite française :

“« Les élites, c'est qui ? C'est d'abord un cercle assez homogène de gens qui ont les mêmes formations, la même pensée [...] en fait tout le monde est d'accord, il n'y a pas de pensée hétérodoxe dans le cercle de l'oligarchie française. »”

Sur le prix payé aux dirigeants ayant accepté la vente de fleurons industriels :

“« Vous avez des dirigeants d'entreprise qui doivent tout à la France mais qui sont essuyés les pieds sur elle [...] c'est ça, c'est ça le prix de la trahison, à peu près [10 à 15 millions] [...] donc c'est la cupidité qui dirige, vous dites, la France ne compte pas. »”

Sur la nature réelle de la réforme des retraites imposée par l'Union européenne :

“« Il s'agissait d'une obligation qui était maquillée en recommandation [...] vous avez un texte qui est rejeté par 75 % des Français sur lequel le Parlement ne s'est jamais prononcé — ce qui est unique. »”