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Podcasts/Fadi Akil (Untimely Thoughts)/Jünger, Ernst & Hervier, Julien & Wallmann, Walter

Jünger, Ernst & Hervier, Julien & Wallmann, Walter

Jünger, Ernst: écrivain, 1895-1998

Hervier, Julien: professeur de littérature français et connaisseur de Jünger, qui l'interroge pour son 90e anniversaire

Wallmann, Walter: maire de Francfort, dans un extrait de laudatio pour le prix Goethe 1982

Parlent aussi un commentateur anonyme et plusieurs interviewers anonymes d'entretiens d'archives (notamment un entretien de 1978, rendu dans les sous-titres par « Walter Bittermann », un nom qu'on ne peut pas restituer avec certitude). Hervier est déformé dans les sous-titres en « Julia erwieer » et reconstitué à partir du contexte (connaisseur et ami français de Jünger). Sont lus des extraits du Combat comme expérience intérieure et du journal de Jünger (30 octobre 1984), ainsi que des citations de Rolf Hochhuth et du discours de Wallmann pour le prix Goethe.

Neunzig Verweht | der Schriftsteller Ernst Jünger (1985)

Fadi Akil (Untimely Thoughts) · Nov 25, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (environ 27 Ko de transcription ; sous-titres allemands automatiques, par endroits déformés)

Core ideas

Observation, digression, métaphysique – le journal au cœur. Jünger lit un « échantillon » de son journal du 30 octobre 1984 : de l'observation concrète de ses tortues, qui « agitent » la tête quand on les caresse, le regard glisse vers une digression sur le psaume 65 et le « sacrifice de l'agitation » (Nombres 18) – le mouvement comme fonds pré-cultuel des religions, le droit naturel et les lieux sacrés, la définition augustinienne du droit divin. C'est pour lui le trajet typique de son regard du concret au métaphysique. Le commentaire place le journal (d'Orages d'acier à Rayonnements jusqu'à Soixante-dix s'efface) au centre de l'œuvre, comme genre littéraire autonome et comme « cinquième roue du carrosse » qui tient peut-être plus longtemps parce qu'elle saisit l'esprit du temps. Suivent la journée à Wilflingen (bain froid, courrier de France et d'Allemagne, pas de déjeuner, lecture), sa lecture jusque dans la tranchée (« presque plus vécu dans les livres que dans le monde réel ») et la relation aux paysans qui auraient « encore un rapport à la grammaire ».

Biographie jusqu'en 1923. Heidelberg 1895, enfance à Hanovre, aîné de sept enfants, lien étroit avec son frère Friedrich Georg, Légion étrangère à 18 ans (le père obtient la libération par télégramme et par ses relations à Paris, ce qui lui évite une peine pour insoumission), volontaire de guerre en 1914, Pour le Mérite, officier de la Reichswehr jusqu'en 1923. Orages d'acier (1920) est décrit comme un livre culte d'une génération de guerre ; des passages lus du Combat comme expérience intérieure (« volupté du sang », « éros ») servent au commentaire de preuve de la glorification de la guerre et d'une rêverie métaphysique sans vision politique, raison pour laquelle les livres seront plus tard étiquetés « livres du nationalisme ».

Weimar, nazis, Falaises de marbre. Dès le milieu des années 20, Jünger serait « national-révolutionnaire » avec des contacts par-delà tous les camps (Brecht, Mühsam, Schlichter, Kubin, Niekisch), éditeur de revues nationalistes qui voulaient détruire le parlementarisme démocratique ; le NSDAP voulait le gagner, il refusa le mandat au Reichstag, la radio et la collaboration au Völkischer Beobachter. À la question de savoir s'il s'était replié sur l'esthétique, il répond qu'il a connu ces gens personnellement et ne voulait rien avoir à faire avec les « prolétaires » ; une citation de critique reproche au Travailleur de s'avancer « dans la zone des balles dans la tête ». Sur les falaises de marbre (1939), il le comprend comme un signal de résistance, perçu comme tel ; Hitler, raconte-t-il, aurait eu « un faible » pour lui et écarté les demandes d'interdiction. En même temps, il souligne que le livre vise la tyrannie en général : Staline pourrait tout aussi bien être visé.

Guerre, Paris, Manifeste de la paix, après-guerre. Capitaine, Jünger participe en 1940 à la campagne de France, la décrit dans Jardins et routes et devient à partir de 1941 officier d'occupation à l'état-major de Stülpnagel, censeur postal, lecteur (deux fois la Bible) et hôte des cercles littéraires et artistiques parisiens (notamment Céline, Braque, Picasso). Il est sceptique face aux projets d'attentat ; sa contribution est La Paix (1943), un manifeste antinationaliste pour une Europe unie aux patries plus marquées, qui circule dès 1944 comme littérature clandestine. Il refuse la dénazification (interdiction de publier), s'installe en 1950 à Wilflingen, reste distant envers la République fédérale. En 1982 (prix Goethe), le maire de Francfort Wallmann défend la distinction contre les Verts et le SPD, qui voient en lui un précurseur du fascisme.

L'anarque, l'optimisme, la postérité. Dans l'entretien avec Julien Hervier, Jünger définit l'anarque par opposition à l'anarchiste, qui a des intentions (tuer le tsar) : l'anarque est consolidé en lui-même, l'état anarchique est propre à chaque homme, seulement corrigé par les résistances ; il serait pragmatique, non idéaliste, pourrait même accueillir le régime avec bienveillance et jugerait la participation politique nuisible à l'auteur. La beauté serait « un ultrapolitique » auquel on peut le moins résister. Il a connu l'Empire, Weimar, le IIIe Reich et la République fédérale, ne s'est « jamais senti particulièrement conforme », est « finalement optimiste » en pensant à l'Edda et aux prophètes (les Titans contre les dieux, les dieux reviennent) et tient la postérité due à une espèce de coléoptère portant son nom pour plus durable que la postérité littéraire – comme la queue incandescente d'une comète ; au bout du compte compte l'« instant productif » hors du temps.

Excerpts

“« L'anarchiste est un homme qui a pour l'essentiel des intentions, par exemple de tuer le tsar ou autre chose, alors que l'anarque est moins concerné par cela ; l'anarque est plutôt consolidé en lui-même, et l'état anarchique est en fait l'état que chaque homme porte en lui. »”

“« Ceux, Mesdames et Messieurs, qui croient devoir mesurer aujourd'hui une grande œuvre littéraire à l'aune politique devraient se demander s'ils feraient eux-mêmes preuve, sous une dictature, du même courage qu'Ernst Jünger à l'époque du national-socialisme. »”

“« La vue de l'adversaire apporte, avec l'ultime horreur, la délivrance d'une pression lourde et insupportable : c'est la volupté du sang qui pèse sur la guerre comme une voile de tempête rouge sur une galère noire. »”