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Podcasts/Fadi Akil (Untimely Thoughts)/Jünger, Ernst

Jünger, Ernst

écrivain, 1895-1998

Jünger répond, dans de longs passages sonores, aux questions d'un intervieweur non identifié ; s'y ajoute un commentateur également anonyme qui retrace la vie et l'œuvre. Les sous-titres sont automatiques et ne distinguent pas les locuteurs : l'attribution se déduit du contenu.

Ernst Jünger: “Ich widerspreche mir nicht” (3sat 1977)

Fadi Akil (Untimely Thoughts) · Nov 10, 2022 · partial coverage

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Coverage note: full (environ 31 Ko de transcription, sous-titres allemands automatiques en minuscules, avec des erreurs)

Core ideas

Le retiré à l'« armure tissée de fautes ». Le film montre l'homme de plus de quatre-vingts ans à Wilflingen, retiré, qui supporte toujours les critiques sévères : tous les dix ans, il aurait « un nouveau germaniste à ses trousses » pour lui démontrer ses erreurs ; avec un moraliste français, il pourrait répondre que son armure est entièrement tissée de fautes. Son image de lui-même est celle de quelqu'un qui ne rentre pas dans « les cases et les rayons existants », et en même temps d'un aventurier : plusieurs fois par an, il part pour le Liberia, pêche, collectionne, observe et note, le journal formant une continuité depuis la Première Guerre mondiale (des « miettes » que l'on rend plus tard « comestibles » avec de l'eau chaude).

Afrique, Légion étrangère, guerre. Le commentaire raconte la fuite du lycéen dans la Légion étrangère en 1913 comme la quête d'un continent de promesses et une épreuve de courage réussie ; la Première Guerre mondiale est décrite à travers le chef de troupe d'assaut, blessé 13 fois, au regard factuel et froid, sans débat moral, mais aussi sans chauvinisme et avec l'ennemi comme adversaire honorable. En 1977, Jünger ne voit plus la guerre comme « père de toutes choses » au sens ancien : le mot aurait changé moins vite que la réalité – comme « le soleil se lève » depuis Galilée –, le technicien aurait pris le dessus, et une guerre véritable serait plutôt comparable à de grands accidents dynamiques comme des catastrophes de la circulation. Le livre de guerre et l'essai Le Travailleur (1932) sont lus comme des descriptions de la figure du travailleur, qui traverse « indemne toutes les catastrophes ».

Distance envers le national-socialisme. Le commentaire reconstitue le tournant de Jünger vers 1930 : Le Travailleur aurait été accueilli sans amabilité par le NSDAP (Völkischer Beobachter), il aurait refusé un mandat de député au Reichstag, des interventions radiophoniques et, après 1933, se serait retiré de la politique ; en même temps, il ne se serait pas défendu assez nettement contre la récupération de ses livres de guerre. Jünger lui-même souligne que ces choses sont devenues « largement historiques ». Sur les falaises de marbre aurait été écrit « en jouant sa tête » ; il ne veut pas revendiquer le mot « résistance » (« quand le lion est mort, ce ne sont pas seulement les aigles qui viennent »). À Paris, ce qui l'aurait le plus repoussé, selon lui, c'est la Nuit de cristal et l'étoile jaune sur les Champs-Élysées ; le Manifeste de la paix circula par copies, et la mort de son fils en 1944 est vue comme une césure tragique.

Guerrier, travailleur, passeur du bois ; nature et vieillesse. Il décrit le chemin des trois figures – guerrier, travailleur et Waldgänger – comme une succession : le passage au bois serait une réalisation de l'esprit, possible aussi à son bureau, et il le préfère à la résistance ouverte, qui ne mènerait au suicide face à des puissances politiques surpuissantes. Sa pensée a évolué, sa vision élitiste du monde non ; « Je ne me contredis pas » reste l'une de ses formules, et le Jünger tardif fait plus confiance à la force des mots qu'à celle des actes. Au Liberia, il cherche des conditions sans technique, rejette le tourisme et l'aide au développement comme des ingérences, et voit « le péché originel rattrapé par morceaux » – le commentaire objecte que cette image de l'Afrique se brise sur la réalité. À la fin viennent les coléoptères, les papillons comme « éros cosmique » (la pollinisation comme « service d'amour »), la menace écologique qu'il prend plus au sérieux que les antagonismes politiques, et l'« amitié avec la mort » dans la vieillesse.

Excerpts

“« Nous sommes donc en retard avec nos mots sur la réalité – pour prendre un exemple : pour nous, le soleil se lève toujours, mais depuis Galilée, cela n'est plus vrai ; et de même on dit qu'on fait la guerre aujourd'hui, mais cela non plus n'est plus vrai, cela ne vaut que pour la réalité de la guerre classique, que nous avons depuis longtemps dépassée : le technicien a pris aujourd'hui le dessus. »”

“« Le passage au bois est lui aussi une réalisation de l'esprit : je peux en quelque sorte rester tout tranquillement assis ici à ma table et être pourtant un Waldgänger ; je préférerais même cette attitude à la résistance ouverte, parce que les grandes puissances politiques sont aujourd'hui si fortes qu'avec la résistance ouverte on n'obtient en fait rien de plus que son suicide. »”

“« Deuxièmement, l'étoile jaune, que j'ai vue à Paris en traversant les Champs-Élysées : j'y ai vu les premières silhouettes portant cette étoile, étrangement mi-riantes, mi-pas ; cela m'a en tout cas paru si répugnant… »”