Balaudé, Jean-François
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Core ideas
Un penseur « atopique ». Balaudé veut lire la position de Hadot dans le champ philosophique contemporain depuis le point de vue d'un antiquisant. Il le dit « atopique » (sans lieu assignable, insolite) : ni nietzschéen, ni bergsonien, ni phénoménologue, ni heideggérien, ni wittgensteinien, ni penseur chrétien en rupture ; il parle de stoïcisme et d'épicurisme comme si nos possibilités de vie en dépendaient. Sa tradition serait celle de l'histoire de la philosophie la plus rigoureuse, alliée à la philologie, qui crée à la fois la plus grande proximité et la plus grande distance, à la différence des relectures du passé à partir d'une philosophie de référence, souvent éphémères. Son interprétation est « inactuelle » (« extra-moderne ») et répond à des attentes de fond plus qu'à l'air du temps ; Foucault est venu chercher chez Hadot, non l'inverse.
La rétroaction. Hadot a reçu une éducation catholique complète (petit et grand séminaires, philosophie thomiste), et vécu le christianisme de l'intérieur, comme un moment religieux et non comme un moment de l'histoire de la culture ; ce passage, associé à des expériences « naturelles » (le « sentiment océanique » de Romain Rolland) et à une pratique d'historien, lui a permis une relecture critique de l'histoire de la philosophie. La clé : le rapport entre logos et forme de vie, la théoria comprise comme praxis : « l'activité philosophique vise la transformation de soi et des autres par le biais de l'exercice de la pensée », y compris par des exercices spirituels qui engagent le corps. Le christianisme, se présentant comme la vraie philosophie, a infléchi la philosophie en discipline purement spéculative, puis en servante de la théologie ; l'institutionnalisation et la fonctionnarisation ont achevé de la réduire à un savoir. Beaucoup de courants contemporains seraient les derniers avatars de cet infléchissement. D'où l'effet de rétroaction : en nous confrontant à la pratique antique, Hadot révèle l'impensé des philosophies spéculatives (la praxis, la transformation de soi), et « il n'est plus nécessaire d'être professeur de philosophie pour philosopher », sans pour autant réduire la philosophie à un art de vivre éclectique (il maîtrise la logique conceptuelle de Marc Aurèle ou de Plotin). Des résurgences périodiques de la philosophie comme discipline vécue : Montaigne, Descartes, Pascal, Kant, Goethe, Schopenhauer, Nietzsche, Bergson, Wittgenstein, Merleau-Ponty.
Foucault, questions de la salle. Contrairement à Foucault pour qui le travail sur soi n'est plus spécifiquement philosophique et s'accomplit dans l'esthétique de l'existence, Hadot parle en faveur de la philosophie ; mais sa problématique a rendu possible celle de Foucault. Il n'y a pas de restauration à viser : il s'agit de construire nos vies avec cohérence, plaisir maîtrisé et accord avec les autres, et la question reste ouverte (« la rétroaction philosophique nous maintient dans l'horizon de la philosophie »). Dans la discussion : le corps (Shusterman), plus présent chez les épicuriens que chez Hadot ; une question inspirée de Kierkegaard sur la transformation de soi vécue plutôt que théorisée, à laquelle Balaudé répond par le « sentiment océanique », l'étonnement et la sérénité de Hadot, proche de celle des sages de Diogène Laërce ; l'aspect thérapeutique, transversal à l'âme et au corps (Carnevali).
Excerpts
“« l'activité philosophique vise la transformation de soi et des autres par le biais de l'exercice de la pensée »”
“« il n'est plus nécessaire d'être professeur de philosophie pour philosopher »”
“« la rétroaction philosophique nous maintient dans l'horizon de la philosophie »”