MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Hopliteia/Salem, Jean

Salem, Jean

spécialiste de l'atomisme antique et de Marx

Figures d’Epicure 1/4 : Epicure par lui-même

Hopliteia · Jun 15, 2015 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ cinquante minutes ; sous-titres YouTube automatiques en français, avec quelques déformations de noms et de termes grecs)

Core ideas

Un hédonisme d'apaisement, non de jouissance. Salem distingue deux hédonismes : celui d'Anacréon et d'Horace (« cueille le jour », mêlé d'angoisse de la mort) et celui d'Épicure, qui se veut une philosophie « fébrifuge » destinée à calmer l'âme dans une époque de crise (l'effondrement de l'empire d'Alexandre). Tout plaisir est un bien, toute douleur un mal, mais le sage calcule : certains plaisirs sont suivis de douleurs plus intenses ou plus longues et doivent être évités, d'où l'idée d'un calcul d'équilibre plutôt que d'une quête du plaisir pour lui-même. L'émission rappelle que presque rien de l'œuvre d'Épicure ne subsiste (trois lettres, quarante maximes, quatre-vingt-une sentences du Vatican) sur les cent vingt livres qu'il aurait écrits selon l'émission, et que Lucrèce, son disciple, sert à combler les lacunes.

Une physique matérialiste qui libère. L'éthique d'Épicure repose sur une physique de l'atome et du vide, héritée de Démocrite à « 95 % » selon Salem : univers infini, mondes innombrables nés d'agrégations d'atomes, dieux faits d'atomes qui vivent dans les intermondes et ne s'occupent pas des hommes, âme matérielle située dans la poitrine, mort assimilée à un sommeil éternel. Salem insiste sur la démonstration « par l'absurde » (le vide existe, sinon le mouvement serait inexplicable) et sur le fait que ce matérialisme est libérateur parce qu'il est vrai, non l'inverse. Il cite aussi le passage de Paul Nizan sur l'homme « enfin solitaire et libre » et rappelle la thèse de doctorat de Marx sur Épicure ; la déclinaison (clinamen), moquée par Cicéron, Leibniz et Bergson, est la part de spontanéité des atomes.

Liberté, âme et mort. À côté de la nécessité naturelle et du hasard, Épicure admet une troisième cause, « ce qui dépend de nous » ; Salem suppose que la décision se transmet par contact entre atomes de l'âme, de la partie rationnelle (poitrine) à la partie irrationnelle disséminée dans le corps, le tempérament individuel étant fait de proportions de chaleur ou d'air, que la philosophie permet de corriger pour atteindre une vie « digne des dieux ». Il commente enfin la Lettre à Ménécée : la crainte de la mort, plus que la mort elle-même, gâche les joies de la vie, et l'argument « la mort n'est rien pour nous » a une dimension utilitariste, nominaliste et sensualiste, que Salem juge cependant moins consolante pour qui tient à sa persévérance dans l'être. En seconde partie, Rouan défend le « regard » contre l'image jugée violente et spectaculaire.

Excerpts

“« l'hédonisme épicurien vous invite plutôt à l'apaisement »”

“« à côté de la nécessité à côté du hasard il y a une troisième possibilité de cause qui est ce qui dépend de nous ce qui est de notre ressort »”

“« prends l'habitude de penser que la mort n'est rien pour nous car tout bien et tout mal réside dans la sensation »”