Salem, Jean
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Core ideas
Atomes, poussière, âme. Salem commence par l'image lucrétienne, empruntée à Démocrite, des grains de poussière dans un rayon de soleil, qui figure l'agitation invisible des atomes : corps insécables incolores, sans goût ni température, ne se distinguant que par leur forme et leur taille. L'âme est faite d'atomes très fins, ronds et mobiles (comme du vif-argent), et la distinction entre âme et corps tient à une juxtaposition de deux tissus matériels, à rapprocher des ondes alpha et bêta. Il distingue aussi les atomistes : chez Démocrite le mouvement vient d'un tourbillon originel et du choc, chez Épicure et Lucrèce d'un poids, des chocs et de la déclinaison ; pour tous, le mouvement est éternel : « rien n'a jamais commencé de ce mouvement brownien », et les mondes naissent par agrégation d'atomes puis se disloquent.
Le clinamen. Lucrèce expose deux arguments (livre II) : sans déviation, les atomes tomberaient comme la pluie en lignes parallèles, sans jamais se rencontrer, et la nature n'aurait rien créé (le vide ne retarde pas les corps lourds, qui ne rattrapent donc pas les légers) ; et sans déviation, rien ne serait « en notre pouvoir », car la nécessité règnerait. Salem retrace les critiques : Cicéron, qui n'aime pas l'épicurisme et ne nomme jamais Lucrèce (« une mise sous le boisseau pour pas dire une censure du matérialisme épicurien »), puis Leibniz, Bergson, Nizan, qui voient une faute logique. Pour lui, « il faut bien loger une certaine spontanéité dans les particules élémentaires » si l'on veut expliquer les rencontres éternelles et notre liberté, sans en faire un libre arbitre : l'angle est minimal, en accord avec le goût épicurien du minimum (parties minimales de l'atome). Lucrèce donne deux preuves étranges (les chevaux qui piaffent avant le départ, la foule qui pousse), et l'interprétation de Giussani et de Bailey (un « hasard conscient ») est rejetée ; Salem préfère l'hypothèse selon laquelle la déclinaison sert à former de nouveaux schémas atomiques quand une situation inattendue se présente, et approuve la lecture de Deleuze (Logique du sens) pour qui le clinamen est la détermination originelle de la direction, non un mouvement second.
Le sage qui dévie. Salem rappelle que Marx, dans sa thèse, voyait dans la déclinaison la clé de toute la philosophie épicurienne : les dieux déviants du monde, le plaisir comme exemption de douleur, le sage qui se tient hors du cirque politique et décline la crainte de la mort (« la mort n'est rien pour nous »). Il s'oppose à l'identification de tout matérialisme à Spinoza : une tradition matérialiste (Althusser tardif) veut sauver une marge d'indétermination. Géraldine Mosna-Savoye clôt l'émission par la chronique sur Baudrillard.
Excerpts
“« rien n'a jamais commencé de ce mouvement brownien »”
“« il faut bien loger une certaine spontanéité dans les particules élémentaires »”
“« une mise sous le boisseau pour pas dire une censure du matérialisme épicurien »”