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Mouze, Létitia & Sloterdijk, Peter

Mouze, Létitia: maîtresse de conférences à l'université de Toulouse, traductrice et commentatrice du Phèdre au Livre de Poche

Sloterdijk, Peter: philosophe, auteur de la trilogie Sphères, invité du journal d'Adèle Van Reeth

L'émission est animée par Raphaël Enthoven, qui ne se nomme pas à l'antenne. Des extraits du Phèdre sont lus par Georges Claisse, et un extrait de l'opéra Phaéton est diffusé.

Platon, un amour de philosophe 1/5 – Le Phèdre

Hopliteia · Mar 12, 2015 · partial coverage

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Coverage note: full - transcription automatique de qualité moyenne.

Core ideas

La semaine, dont les cinq émissions ont été enregistrées en une seule journée, s'ouvre sur le Phèdre, que l'animateur tient pour le plus beau des dialogues. Létitia Mouze souligne que la beauté littéraire de Platon n'est pas indifférente au contenu : le dialogue est tissé de mythes, et Platon y récuse le faux savoir de ceux qui dénigrent la parole mythique. Le décor, un lieu consacré aux nymphes sous un platane, met Socrate dans un état d'inspiration. Il ne parle jamais en son nom propre : il rapporte, ou parle sous l'effet d'une mania divine, d'un « enthousiasme » au sens littéral. Plutôt qu'une vérité construite par questions et réponses, comme dans les dialogues aporétiques, le Phèdre offre une vérité reçue. Le dialogue s'organise en trois discours sur l'amour. Le discours écrit de Lysias, que Phèdre cache sous son manteau dans la main gauche, conseille de céder à celui qui n'aime pas, c'est-à-dire la sexualité sans l'amour. Socrate le redouble, la tête voilée, puis prononce une palinodie qui fait de l'amour la source des plus grands biens et lui oppose, à peu près, l'amour sans la sexualité.

L'animateur rapproche le discours écrit d'un « enfant mort-né », opposé à l'enfant vivant de la maïeutique, ce qui annonce le mythe de Theuth contre l'écriture à la fin du dialogue. Mouze rappelle la lecture de Derrida, La Pharmacie de Platon : tout le Phèdre fonctionne par couples ambivalents, du côté gauche et mortifère ou du côté droit et vivant (amour, discours, rhétorique), à l'image du pharmakon, remède et poison. Elle nuance le jeu de mots sôma-sêma : le corps est tombeau de l'âme, mais aussi signe qui y renvoie. Il n'y a pas de dénigrement du sensible, puisque l'expérience amoureuse est le pont vers l'intelligible. Les passages sur le désir et l'amour de Zeus pour Ganymède montrent, selon les deux interlocuteurs, une érotisation de la philosophie plutôt qu'un mépris de la vie. Mouze voit d'ailleurs en Nietzsche un adversaire à la hauteur de Platon, qui l'admire. L'amour est une réminiscence : la beauté sensible réveille le souvenir du beau en soi contemplé par l'âme avant son incarnation, et l'aimé, loin d'être un simple marchepied, est entraîné et éduqué.

La réminiscence relie les dialogues aporétiques et les autres. Dans le Ménon, l'aporie de l'esclave, qui reconnaît ne pas savoir, ouvre le désir de savoir, et son « oui, Socrate » marque une compréhension, sur le modèle du déclic ou du coup de foudre. L'enseignement, selon Mouze, ne peut être de masse : c'est une relation individuelle, érotique, qui éveille un désir. Le Phèdre met en scène le passage de Phèdre des bras de Lysias, le faux sage de la lettre morte, à ceux de Socrate. Le mythe de l'attelage ailé, un cocher et deux chevaux, l'un bon et l'autre rétif, que l'animateur rapproche de Phaéton, est un mythe forgé par Platon. Pour Mouze, on ne peut parler de l'intelligible, invisible, que par des images sensibles. Elle souligne la métaphore omniprésente de la nourriture et l'image de l'embouteillage des âmes qui, faute de voir le réel, se nourrissent d'opinion. Platon, dit-elle, est avant tout un écrivain : l'écrit ne donne pas le savoir mais permet de se remémorer, et écrire des dialogues est un acte d'amour et de commémoration envers Socrate. Les tensions du texte se résolvent, selon elle, dans un rapport retrouvé entre les hommes et les dieux. Dans le journal, Peter Sloterdijk présente sa trilogie Sphères : la philosophie naît de la défaite de la cité, quand on « déménage » de la polis vers le cosmos, conçu comme un système immunitaire d'ordre supérieur.

Excerpts

Létitia Mouze sur Socrate inspiré :

“Socrate dans les dialogues en général et donc dans le fedre en particulier lorsqu'il énonce quelque chose quelque chose qui pourrait paraître de l'ordre d'une doctrine Socrate jamais ne parle en son nom propre mais toujours dit rapporter quelque chose qu'il a entendu ou parler sous le coup d'une inspiration”

Létitia Mouze sur l'amour et la philosophie :

“toute la première partie du fait tout au moins consiste à montrer que le l'expérience amoureuse est par excellence l'expérience philosophique parce que tous deux procèdent de la même chose à savoir d'une remémoration l'amour c'est quoi et bien c'est un c'est un désir éveillé un rouvenir voilà un un désir éveillé par une beauté”

Létitia Mouze sur le sens des dialogues écrits :

“il s'agit donc pas d'enseigner la philosophie il s'agit seulement de se donner le plaisir de se rappeler se rappeler le philosophe Socrate euh et d'une certaine manière l'acte d'écrire est un acte d'amour envers le maître”