Godart, Elsa
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Core ideas
Frédéric Lenoir veut dépasser le sens courant de « stoïque », supporter la douleur, pour retrouver une philosophie enracinée dans une métaphysique et redécouverte depuis une vingtaine d'années. Elsa Godart rappelle que l'école naît vers 300 avant notre ère avec Zénon de Kition, prend son nom du Portique (stoa) et s'étend sur près de six siècles, grecs puis latins. Elle insiste sur une sagesse pratique, ancrée dans le vécu, et sur la connaissance de soi, non pas narcissique mais éthique, pour mieux vivre avec soi et avec les autres. La nature y joue un rôle central : il s'agit de découvrir sa véritable nature, en accord avec l'ordre du cosmos et le logos, cette raison universelle à laquelle la raison humaine participe. Ce qui est « bien », au sens aristotélicien, c'est que chaque chose soit à sa place et accomplisse ce pour quoi elle est faite. Godart distingue cette idée du bien moral et de la Providence chrétienne : il s'agit plutôt d'une nécessité, d'un destin, et donc d'une acceptation du monde tel qu'il est.
Épictète, esclave devenu philosophe, incarne une « thérapie du jugement » née de l'expérience : distinguer ce qui dépend de nous (jugements, désirs, refus) de ce qui n'en dépend pas (santé, richesse, opinion d'autrui), agir sur l'un et accepter l'autre. Godart préfère parler de « souci de soi », avec Foucault, plutôt que d'introspection, notion moderne. Elle évoque les exercices spirituels décrits par Pierre Hadot, la lecture et la méditation, et leurs échos dans la Philocalie. Leili Anvar souligne la rigueur sans complaisance de cette philosophie, qui la rend dure pour notre époque. Pour Godart, être libre, c'est choisir et assumer son choix jusqu'au bout : la raison droite discerne, la volonté exécute, mais les passions et l'ignorance s'interposent. Elle oppose plaisir et bonheur en citant les trois formes de bonheur de l'Éthique à Nicomaque, et développe sa notion d'« intérêts de vie » : retrouver ce qui fait sens et s'arrêter pour s'interroger, plutôt que de « philosopher plus tard ». Marc Aurèle, empereur occupé qui se parle à lui-même, réunit dans un même volume avec l'esclave Épictète une même idée de la liberté.
Leili Anvar fait remarquer que l'exergue du livre coupe la mention des dieux, alors que Marc Aurèle relie tout travail sur soi à une transcendance. Godart parle plutôt de transcendance que de métaphysique, d'un Deus sive natura proche de Spinoza, et d'une « morale intentionnelle » : l'important est de tendre vers la sagesse, puisque le sage parfait n'existe pas. Elle juge que depuis les Lumières, la transcendance est devenue la « toute-puissance de l'ego », qu'elle appelle « ego-narcissisme », et prône en retour l'humilité et l'émerveillement. Un texte taoïste lu par Anvar montre une même harmonie universelle. Godart rappelle que le stoïcisme ne consiste pas à ne rien ressentir mais à mettre une juste distance avec les émotions, se gouverner soi-même et cultiver le lien, la « sympathie universelle ». Lenoir rapproche le travail sur le désir du bouddhisme et cite saint Augustin : le bonheur, c'est de continuer à désirer ce qu'on possède. Godart distingue les désirs, envies passagères, du désir, moteur de la conscience selon Spinoza, qu'on ne peut supprimer mais qu'il faut orienter. L'émission se clôt sur l'agenda, avec un festival de chant grégorien au Thoronet et le dossier du Monde des religions sur les Templiers.
Excerpts
Elsa Godart sur la connaissance de soi stoïcienne :
“le stoïcisme conserve quelque chose de fondamental dans l'Antiquité grecque notamment c'est la connaissance de soi mais une connaissance de soi qui ne renvoie pas à quelque chose d'égoïste de de de narcissique comme on pourrait l'entendre aujourd'hui mais une connaissance de soi d'un point de vue éthique c'est-à-dire chercher à se connaître à se comprendre pour pouvoir mieux vivre avec soi-même et avec les autres”
Elsa Godart sur la liberté et la responsabilité :
“être li c'est être capable de faire des choix puis d'en choisir un une fois qu'on a fait un choix c'est pas se contenter de faire un choix mais c'est aussi être capable de l'assumer autrement dit d'en être responsable et d'y tenir jusqu'au bout d'aller jusqu'au bout de ce choix”
Elsa Godart sur le stoïcisme et les émotions :
“le stoïcisme n'est pas cette capacité à ne pas ressentir d'émotions mais c'est cette capacité justement être capable de mettre une juste distance avec des émotions qui pourraient nous faire souffrir et c'est là une nuance très importante il s'agit aussi d'être d'être en un mot maître de soi-même pour ne pas pâtir de ces émotions”