MNEMOSYNEv0.1.2563

Podcasts/Hopliteia/Adrien

Adrien

jeune historien, université de Caen ; nom de famille mal restitué par les sous-titres

Le rire à Sparte : un culte et un interdit

Hopliteia · Jun 11, 2015 · partial coverage

▶ Watch on YouTube

Coverage note: full (environ dix-neuf minutes ; sous-titres YouTube automatiques sans ponctuation, avec des erreurs de reconnaissance sur les noms propres ; certaines références sont citées de mémoire et sans notes)

Core ideas

Un rire fortement encadré, plus encore à Sparte. Aristote fait de l'homme grec un animal politique doté du rire, mais la mesure et la tempérance l'emportent : le rire bruyant relève de l'hubris, l'apanage des enfants et des mal élevés, et un rire non régulé menace la cité. Les Spartiates auraient poussé la logique à l'extrême : Platon (Lois) fait dire à un Spartiate que leur législation bannit les plaisirs excessifs et punit celui qu'on surprend à mener joyeuse vie, ce qu'on rapporte à Lycurgue, figure semi-légendaire. L'orateur précise que cette image relève du « mirage spartiate », production historiographique qui idéalise ou diabolise la cité depuis l'Athènes classique, et qui se mêle à une religiosité réelle (une centaine de lieux de culte selon Pausanias, rois-prêtres, respect des présages et des fêtes, même en temps de guerre).

Un culte du Rire. Paradoxe : le panthéon spartiate compte un dieu Gélôs, le rire, parmi les Pathè kai mata, abstractions divinisées (Phobos la peur, Hypnos le sommeil, Thanatos la crainte de la mort, Érôs…) : états physiques et psychiques dont on craignait qu'ils détournent les citoyens de leur devoir, cultes qui auraient été mis en place après une défaite militaire et une révolte d'hilotes, pour ressouder la communauté. Les informations sont rares (petite statuette, pas de temple, une fête quelques jours après l'équinoxe de printemps). Le citoyen doit pratiquer l'enkrateia, l'empire sur son corps et son esprit : pour Hérodote (Démarate à Xerxès), les Spartiates sont libres mais ont un maître, la loi ; sacraliser l'émotion, c'est la circonscrire (Platon: sacraliser la loi pour dominer les passions).

Rire éducatif, hiérarchisant, débridé. Dans les repas communs (syssities), les jeunes apprennent l'art de la raillerie et de supporter la raillerie ; la moquerie punit ceux qui échouent à l'agôgè. Le rire se fait aussi aux dépens des hilotes, selon Plutarque, qu'on faisait boire jusqu'à l'ivresse pour montrer aux jeunes le ridicule de l'excès et réaffirmer la hiérarchie sociale (authenticité débattue). En contrepoint, des rites de fertilité, notamment dans le sanctuaire d'Artémis Orthia, permettent des danses obscènes et grotesques masquées (plus de 600 masques votifs en terre cuite retrouvés), mêlant rire, peur et mort mais dans un temps et un lieu précis, rituel d'inversion carnavalesque. Au banquet, des vases montrent des danseurs ivres et comiques, sous le patronage de Dionysos. Le conférencier cite Plutarque : Lycurgue aurait érigé une petite statue du Rire pour introduire l'enjouement dans les banquets, comme assaisonnement d'une vie austère, façon de « gélothérapie » qui sert la cohésion des citoyens. Il en conclut que Sparte était moins sclérosée et austère que ne le disent les sources littéraires.

Excerpts

“« le mirage spartiate en fait c'est le résultat d'une production historiographique empreinte de fantasmes idéalisant ou diabolisant »”

“« une divinité du rire dans une cité qui l'interdît »”

“« ce rire aux dépens des ilotes il aussi un but de rappel de la hiérarchie sociale »”